Un peu de cute dans ce monde de brutes

Là, c’est sur, on va tous crever. Si c’est pas en 2012 avec l’apocalypse inca-sarkozyste, ce sera plus tard à cause de la pollution / troisième guerre mondiale / invasion extraterrestre. En plus comme c’est la crise, on va passer nos vacances sur le parking du Lidl en pensant aux prochaines 70 années qu’il nous reste à cotiser (si on ne crève pas avant). Bref, les temps sont durs et les occasions de sourire plutôt rares (et comme tout ce qui est rare est cher, on ne peut pas se les offrir). Heureusement, il nous reste un rempart imparable contre la morosité ambiante : le cute (prononcez kioute).

Mais qu’est-ce donc que le cute ? En anglais dans le texte c’est le ‘mignon’. Mais plus qu’un adjectif, c’est devenu un concept. La plupart du temps, ce sont les enfants ou les animaux qui entrent dans cette catégorie surreprésentée sur le net. Personnellement, les gamins me font plus peur qu’autre chose, donc je ne mettrai pas de vidéos du test du marshmallow ou d’une petite fille un peu givrée, ni même l’hilarante défonce d’un môme de 7 ans, z’avez qu’à cliquer ! Par contre, les bébés animaux, ça fait vibrer ma corde sensible. Point de cynisme possible, juste un grand sourire un peu niais assorti du ‘oooooooooooh’ de rigueur…Trois, deux, un…Souriez bêtement !

Trucs que j’aime mais que j’assume pas trop

1: Le Catch

Il ya quelques temps, j’étais sur Twitter (pour changer) et j’annonçais le menu de ma soirée de rêve en amoureux : pizza, bière et catch à la télé. Quelle ne fut pas ma surprise devant le déluge de « LOL » incrédules que je reçus en réponse. Ben quoi ?
C’est la pizza qui vous choque? Non? La bière alors? Non plus… Apparemment, le problème, c’était le catch. Pourtant moi, je nourris une passion dévorante depuis des années pour ce sport ( oui oui c’est du sport, j’te jure) où les hommes sont épilés, huilés, ridiculement musclés dans leur moule-bites chamarrés et se cognent dessus (pour de faux)

Car c’est l’un des attraits du truc, selon moi: regarder ces mastodontes se lancer de la troisième corde pour s’abattre avec un coup de coude vengeur sur l’abdoment rutilant de leur malheureux adversaire, avoir mal pour lui tout en se rassurant (mais non, ils ne tapent pas pour de vrai sinon le combat durerait 3 minutes et ils se tueraient, soyons sérieux.)

Il ya deux autres aspects qui m’attirent vers ce spectacle dont certains ont l’outrecuidance de dire « Cay nul! ». J’aime la façon qu’ont ces personnages de s’interpeller comme des acteurs de Série Z, en montrant tantôt un biceps tantôt une canine assassine. Et aussi, les amateurs le sauront comme moi, les commentateurs français sont complètement fous et me font mourir de rire.

2: Les imprimés léopard

Dit comme ça on peut se demander: où est la honte là-dedans? Si tu penses ça, tu es probablement né(e) après 1995 et ne saisit pas la dimension « pute ou bobonne vulgaire à moumoute » qui collait à la peau (de léopard! hahaha. pardon) de cet imprimé. Car oui, désormais c’est devenu trendy (ou est-ce déjà passé, j’ai du mal à suivre). Mais depuis des années déjà, j’adore tout ce qui est imprimé léopard : collants, écharpes, jupes, gilets, et mon rêve ultime c’est de posséder un manteau en fausse fourrure avec les jolies tâches caractéristiques, un peu comme Chritian Clavier en travelo dans Le Père Noël est une ordure…

3: Le Marmite

Ô toi, ami anglophile qui reprend en se léchant les babines une troisième part de gigot à la sauce à la menthe, peut-être comprendras-tu le dégoût que je lis dans les yeux de mes compatriotes quand je leur dis que j’aime le Marmite. Si tant est qu’ils sachent ce que c’est. Pour les non cultivés de la bouffe anglaise, le Marmite est une pâte à tartiner salée (très salée) composée d’extraits de levure. Leur slogan « Love it or hate it » décrit bien les réactions extrêmes des palais confrontés à cet ovni gustatif. Il faut dire que, déjà visuellement c’est assez peu ragoûtant (pâte un peu visqueuse couleur marron foncé). En plus, l’odeur est pas top, et le goût, vraiment très très particulier. Mais bon, voilà, moi j’adore ça, et tu peux pas me faire plus kiffer ma maman au petit dej qu’avec un toast beurré dégoulinant de Marmite.

4: Les films et livres à l’eau de rose

On a beau être un(e) féministe convaincu(e), et croire fermement en la théorie des genres, il peut nous arriver à tous et à toutes de laisser parler notre côté guimauve, alors j’avoue. Oui, je le confesse, je ne peux pas m’empêcher de lire et regarder de manière quasi compulsive des comédies romantiques et bouquins à l’eau de rose, ça réveille la midinette qui sommeille en moi. T ’en nommes un, je l ’ai vu (ou lu) (ou les deux). De mes premiers émois avec Pretty Woman à Love Actually en passant par PS I Love you, L ’Arnacoeur ou La Délicatesse, c ’est bien simple je suis incollable, et je n ’en suis pas fière. J’ai beau serrer les dents et me répéter que ces inepties sont orchestrées pour jouer sur ma corde sensible à grands coups de violons larmoyants, rien n’y fait, quand les amoureux s’étreignent après avoir traversé mille épreuves, je ne peux retenir un soupir qui confine au miaulement de contentement.

5.Starmania

Pas de honte à aimer Starmania me direz-vous ? Hum pas si sûr. Déjà parce que, clairement pour les gens nés en 1994 (ouch, le calcul fait mal) et qui fêtent leurs 18 printemps cette année, ce fameux Opéra Rock est au mieux un vestige vintage rigolo au pire un truc tellement OLD que même leurs parents l’écoutent. Ensuite, quand je dis que j’aime Starmania, ce n’est pas d’une simple bluette que je vous parle mais d’un amour dévastateur qui me pousse plus souvent qu’à mon tour à…chanter. Et là C’EST LE DRAME. Pour vous donner une idée, imaginez un petit animal (disons un chaton) à qui on tire la queue d’une main en l’écrasant de l’autre. C’est à peu près mon timbre de voix.

6: Tyrion Lannister

Oui, oui, je sais : tous les fans de Game of Thrones adorent son personnage drôle, caustique, intelligent et au fond bienveillant. Certes mais j’imagine que celles et ceux qui se pâment devant lui ne sont toutefois pas légion. J’en fais partie. Je le dis clairement, si je croisais « The Imp », quelque part entre King ’s Landing et Winterfell, je voudrais être sa prostituée privée et je suis convaincue que ce mec est un amant incroyable.

Voyages au long /court

A cette période de l’année, les gens se divisent en deux catégories : ceux qui partent en vacances, et les autres. Parce qu’un voyage, pour la plupart d’entre nous, c’est inévitablement un ailleurs. Qu’importe la distance pourvu qu’on ait le dépaysement. Cette logique un peu fataliste, où l’évasion est intrinsèquement liée au déplacement physique, est chahutée par le collectif Nogo Voyages. La bien nommée Gwenola Wagon et son collègue Stéphane Degontin présentaient jeudi dernier, au tmp/lab, quelques uns de leurs projets. Excentriques et ludiques, les voyages qu’ils imaginent sont autant d’occasions de se réapproprier l’espace public, de réenchanter le quotidien, ou de créer l’aventure dans le banal.

Random GPS

Adieu cartes, boussoles et autres étoiles du berger ! Aujourd’hui, le sens de l’orientation est devenu facultatif grâce au tout puissant GPS. Invention ô combien utile pour nous amener à bon port… Enfin, la plupart du temps. N’importe quel propriétaire de l’engin s’est perdu au moins une fois en suivant les indications, pourtant clairement annoncées par une voix suave et sûre d’elle. Mais ces égarements sont presque toujours accidentels. Se perdre volontairement n’est pas si facile, sans l’aide de l’alcool, de la drogue ou d’une âme poétique. Ce n’est pas non plus valorisé, dans une société ou la perte (de temps, d’argent,…) est connotée très péjorativement. Dans un monde pressé et utilitaire, quelle place pour les flâneurs ou les têtes en l’air ?

Alors pour aller au-delà de ces divagations rares et non désirées, Nogo Voyages a eu l’idée d’un logiciel de guidage spécialement conçu pour…se perdre. Ce GPS aléatoire, ou PAO (comprenez Perte Assistée par Ordinateur) permettrait de faciliter la fuite hors des chemins connus, sans destination ni itinéraire. Pour Gwenola et Stéphane, lorsque l’on branche ce guide, on s’en remet à lui, et les barrières psychologiques, qui nous empêchent de dériver, sont dépassées par l’autorité de la machine dont les instructions nous plongent dans un état de transe quasi hypnotique. Actuellement en développement, il pourrait être programmé pour se perdre dans une ville ou dans le monde entier, pour une journée ou une vie.

Musée du terrorisme

Lieu de passage où se concentrent toutes les paranoïas, les suspicions et les fantasmes autour du terrorisme, l’aéroport est l’endroit parfait pour accueillir le Musée de l’imaginaire terroriste pensé par le collectif. Pas question de délimiter un endroit à part pour cette collection, il s’agirait plutôt d’une « couche supplémentaire ajoutée au lieu ». Concrètement, ce «musée furtif » serait une application pour téléphone mobile, qui fonctionnerait par géolocalisation. Muni d’un casque (et peut-être de lunettes avec pico projecteur), le visiteur incognito recevrait, en fonction du lieu où il se trouve, certains sons ou questionnements pertinents à cet endroit. Les techniques utilisées permettraient à la fois de passer d’autorisations improbables, et de transgresser la sacro sainte sécurité.

Vous l’aurez deviné, le but de ce musée ne serait pas de compiler des éléments à charge conte les diverses organisations de la terreur, mais plutôt d’interroger l’idée même de terrorisme à travers les textes de philosophes, d’écrivains, d’hommes politiques ou d’artistes. Ainsi, sous le tableau des vols au départ on se demanderait : « L’Occident vit-il sous la menace de destruction qu’il a lui-même rêvée ?», puis en passant devant les objets trouvés « Le mot terrorisme est-il valide ? Pourquoi est-il employé aussi fréquemment, dans des sens si différents (terreur organisée par un état, violence des opprimés…)? ». De quoi réfléchir pendant les contrôles de sécurité…Mais d’ailleurs, peut-on refuser de s’y plier ?

Ces deux échantillons made in Nogo Voyages vous auront, je l’espère, donné envie d’en découvrir plus ! Ca tombe bien, des projets, ils en ont des dizaines. Pour nous faire aimer les banlieues, imaginer un terrain de jeu fantastique là où on ne voit que des couloirs sans visage, ou mettre en question le territoire et ce qu’il représente, en bref pour nous faire voyager différemment…parfois même sans bouger. Bon voyages !