Cameroun : 50 ans d’indépendance

Le Cameroun fêtait jeudi le cinquantenaire de son indépendance dans les rues, bloquées pour l’occasion, de la capitale, Yaoundé. Cette année 2010 est l’occasion pour de nombreux pays de marquer un demi siècle d’indépendance vis-à-vis des puissances colonisatrices. A Yaoundé, les célébrations n’ont pas vraiment convaincu les habitants, et pour cause. Le président Paul Biya en a profité pour s’auto congratuler en longueur et dans le faste, laissant de côté des populations désabusées mais pas désespérées. Pas question de remise en question ou de vrai bilan dans ce pays parmi les plus corrompus au monde.

Africa21

Les festivités de jeudi succédaient de près à la conférence Africa21 organisée les 18 et 19 mai par le président camerounais. Durant le sommet, étaient présents les chefs d’états Ali Bongo (Gabon), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Fradique de Menezes (Saom Tomé et Principe), tous très contestés dans leur pays. Ont aussi répondu à l’appel les anciens ministres français Michel Rocard, Alain Juppé et Michel Charasse. En revanche, les présidents congolais, guinéen et nigérian n’ont pas pointé le bout de leur nez. A croire que les invitations étaient délivrées aux seuls flatteurs…Qui n’ont pas failli à la tâche. Jean Ping, gabonais président de la commission de l’Union africaine, a ainsi déclaré que « la paix a permis à ce pays de tirer profit de ses richesses humaines et naturelles. Le peuple camerounais peut être fier de ces réalisations. ». Et s’il est vrai que des conflits récents ont été réglés sans recours à la guerre (comme la bisbille avec le Nigéria au sujet de la presqu’île de Bakassi), l’auto satisfaction de Paul Biya après 28 ans au pouvoir n’est pas partagée par tous ses compatriotes, loin s’en faut.

Démocratie de façade

S’il est vrai que le multipartisme a été instauré au Cameroun, les 350 micro-partis qui existent aujourd’hui ne sont pas vraiment témoins d’une démocratie qui fonctionne. En dehors du RDPC (Rassemblement démocratique du peuple camerounais), le parti présidentiel, les chances de devenir fonctionnaire sont minces, celles d’être promu quasi-nulles. Quand on sait que ce sont lesdits fonctionnaires qui gèrent les élections, on imagine bien l’objectivité dont ils ont intérêt à faire preuve…ou pas. Selon une personnes assistant de loin aux festivités et interrogée par le site camerounlibre, Paul Biya aurait modifié la Constitution afin de pouvoir briguer un nouveau mandat en 2011, « On piétine la démocratie, ici ». Et sur ce sujet, même les invités du président restent prudents, Michel Rocard par exemple aurait déclaré qu’il « réservait son jugement » sur la question. De nombreuses organisations comme Amnesty International ont déjà dénoncé les violations commises par le gouvernement à l’encontre notamment des journalistes.

Corruption et dépendance

Sur le site Afrik.com, Bernard Muna, avocat et leader du mouvement d’opposition AFP (Alliance des forces progressistes), explique les raisons du degré de corruption qui persiste dans son pays, et ce en dépit de l’Opération Epervier menée en 2004 pour l’éradiquer. Selon lui, avec cette opération « l’Etat traite les symptômes, pas la cause du problème ». En effet, des actions concrètes pourraient limiter cette gangrène. Par exemple, retourner à l’obligation de payer les factures de l’Etat en bons au trésor « beaucoup de ministres reçoivent de l’argent en espèces, ce qui facilite la corruption ». Deuxième fléau économique majeur : la dépendance sur le plan alimentaire. Sur le site Afrik53, Adrien Macaire Lemdja rappelle qu’il y a 30 ans, le Cameroun était autosuffisant en produits de première nécessité. La politique du gouvernement tendant à louer des terres aux puissances étrangères (Chine, Inde, Turquie) a fait basculer la balance commerciale. Désormais, le riz, le blé, le sucre ou l’huile sont importés à grand prix. Une situation qui pourrait, selon l’auteur, dégénérer en conflits agraires similaires à ceux du Zimbabwe.

Le bilan du pays est donc loin d’être aussi positif que veut bien le faire croire son président. Si l’on ajoute à cela des tensions entre les 300 ethnies du pays et des manques fréquents en eau potable comme en électricité, on voit qu’il y aura encore du pain sur la planche pour le prochain président du Cameroun.

Vers une deuxième guerre de Corée ?

Une chose est sûre, la guerre des déclarations, elle, a d’ores et déjà commencé entre Pyongyang et Séoul. Jeudi dernier, un groupe d’experts internationaux a publié un rapport dénonçant l’implication de la Corée du Nord dans le naufrage du Cheonan le 26 mars. La corvette sud-coréenne aurait donc été torpillée sciemment alors qu’elle naviguait au large de l’île de Baengnyeong, non loin de la frontière maritime entre les deux Corées. Une attaque qui avait coûté la vie à 46 des 104 membres d’équipage.

A ma gauche, Pyongyang

Sitôt le rapport paru, le régime de Kim Jong Il s’est empressé de démentir sa responsabilité dans le torpillage du Cheonan, ajoutant que ses homologues du Sud auraient « fabriqué » des preuves. Pour montrer sa « bonne volonté », le gouvernement du « Cher Leader » aurait même proposé d’envoyer sa propre commission d’experts pour évaluer l’épave du navire. Dans ses communiqués, le Nord assimile le Sud à des « bandits militaires, saisis par une fièvre belliciste ». Certains médias lancent par ailleurs l’idée que cette accusation aurait pour but de détourner l’attention des élections locales.

Dernier rebondissement en date, le Nord accuse à son tour le Sud d’avoir pénétré ses eaux territoriales. Selon l’agence officielle, des dizaines de navires sud-coréens auraient ainsi franchi la frontière maritime depuis dix jours, « une provocation délibérée visant à provoquer un autre conflit militaire en mer Jaune et ainsi pousser vers une autre phase de guerre ». Et d’enchaîner sur une nouvelle menace : si ces intrusions ne cessent pas, le Nord « mettra en œuvre des mesures militaires pour défendre ses eaux territoriales et le Sud sera tenu pour responsable des conséquences ». Mais si Kim Jong Il dispose d’une armée d’un million d’hommes et de femmes, leurs armes sont plutôt rudimentaires et désuètes.

A ma droite, Séoul

Du côté de Séoul, après avoir demandé des excuses à Pyongyang, on bloque l’accès des navires du Nord aux eaux territoriales du Sud et on stoppe les échanges commerciaux, pour « faire payer le prix » des vies perdues lors du naufrage et de la violation de la souveraineté territoriale que cela implique. Un pris élevé, puisque des économistes l’évaluent à 200 millions de dollars par an. Certains d’être dans une situation d’auto-défense, les sud-coréens auraient aussi décidé de remettre en place des mégaphones et panneaux électriques à proximité de la frontière terrestre pour y diffuser une propagande encourageant les militaires du Nord à déserter. Une technique qui avait été abandonnée en 2004 par les deux sœurs ennemies, d’un commun accord.

En outre, les Nations Unies ont été saisies pour décider d’éventuelles sanctions internationales. Le président Lee Myung-bak est de toute façon assuré du soutien des Etats-Unis qui va conduire à ses côtés des essais navals pour prévenir une nouvelle offensive maritime du Nord. Ce qui expliquerait aussi le durcissement de ses propos concernant cet indésirable voisin du Nord « Nous avons toujours toléré la brutalité de la Corée du Nord, encore et encore. Nous l’avons fait parce que nous avons un réel désir de paix dans la péninsule coréenne. Mais maintenant les choses sont différentes. »

Au centre, Pékin

Unique allié puissant de Kim Jong Il, la Chine l’a d’ailleurs reçu en grandes pompes au début du mois de mai. Pour le moment, c’est l’un des seuls pays à n’avoir pas officiellement condamné la Corée du Nord. Mais en tant que membre du conseil de sécurité de l’ONU, les pressions s’accroissent sur Pékin, que l’on presse de choisir un camp. Pour le moment, c’est l’un des seuls pays à n’avoir pas officiellement condamné la Corée du Nord. D’abord, il y a la déclaration sans appel de Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU (d’origine sud-coréenne). Celui-ci aurait déclaré « J’espère sincèrement que cela sera pris en charge par le conseil de sécurité, et qu’il prendra les mesures nécessaires à ce sujet. Des actions majeures doivent être décidées. Les preuves sont concluantes. Il n’y a pas de controverse ».

Deuxième pôle de pression sur la Chine : les États-Unis. Justement, Hillary Clinton, la secrétaire d’état (affaires étrangères), était lundi et mardi dans la capitale chinoise avec une délégation de 200 personnes. Les arguments de l’ancienne first lady ont du convaincre, puisqu’après avoir déclaré espérer sincèrement que toutes les parties concernées garderaient leur calme et feraient preuve de retenue, Pékin se dit maintenant prêt à travailler avec Washington sur la crise coréenne. Il faut dire que la stabilité économique de la région est déjà ébranlée alors qu’aucun conflit ouvert n’a éclaté à ce’ jour.

De nombreux analystes politiques ont souligné l’improbabilité d’une guerre militaire entre les deux pays, qui en pâtiraient beaucoup. Pourtant, il semble que le Nord ait plus à perdre, peut-être même son régime politique tout entier.

Inte(g)risti à risque

Inter Milan’s forward Mario Balotelli (L) reacts with teammate and defender Davide Santone after scoring against Palermo during their Italian Serie A football match between Inter Milan and Palermo at San Siro Stadium, on March 11, 2009 in Milan. Football players of Inter and Palermo observed a minute of silence to pay tribute to the April 6 earthquake’s vicitms prior their match. Monday’s earthquake in central Italy killed at least 291 people, destroyed some 10,000 buildings and left 40,000 people homeless. AFP PHOTO/ DAMIEN MEYER (Photo credit should read DAMIEN MEYER/AFP/Getty Images)

En Italie, on aime le foot. On aime le ballon, les équipes, les stades, les maillots et les joueurs. En Italie, une des premières questions que l’on pose à quelqu’un que l’on rencontre après son prénom et son âge est « che squadra tieni » (quelle est ton équipe préférée) histoire de savoir un peu de quel bois ça se chauffe.

A l’heure de la mondialisation du sport, il est évident que la mixité ethnique au sein des clubs est changée. Beaucoup de joueurs sont recrutés par des clubs hors des frontières de leur nation d’origine. C’est d’ailleurs un facteur qui tend à améliorer le niveau des rencontres internationales et qui pourrait être à l’origine de la fameuse sentence : « aujourd’hui, il n’y a plus de petites équipes ». Si je ne me trompe pas, on avait même fait une loi en France pour interdire qu’il y ait « trop » de joueurs « étrangers » dans un club français.

En Italie, la plupart du temps, cette question de quota est respectée naturellement. Les italiens aiment que leurs clubs de foot représentent la nation par les patronymes et la couleur de peau des joueurs (les argentins, de ce point de vue, bénéficient d’une sorte de laissez-passer). L’Inter de Milan déroge clairement à la règle avec un entraîneur portugais, 5 recrues italiennes seulement cette saison, dont un noir en plus. Je dis « en plus » parce que pour un italien de l’Italie profonde, comme pour un Georges Frêche ici, on ne peut pas vraiment être noir et italien en même temps, ça paraît évident.

Le 23 mai dernier, comme le monde entier le sait, l’Inter de Milan a remporté la finale de la Champion’s league, réalisant ainsi le prestigieux triplé coupe – championnat – champion’s league. Alors qu’ils fêtaient ensemble la victoire dans un bar, un « intériste » (c’est ainsi qu’on nomme les supporters de l’Inter de Milan) a lancé la fatidique « l’Inter ne représente pas l’Italie ». Ses camarades de stade et de beuverie l’ont tué à coups de couteau. Il était 6h du matin.

On peut l’imaginer, cette scène. On peut remonter intérieurement le chemin de cette soirée qui a conduit de l’euphorie d’un match assez tranquille, la gaieté montant tranquillement, en passant par les premiers cris de joie au coup de sifflet final, pour aller jusqu’aux franches accolades viriles mais déjà libidineuses des types ivres dans les bars de la ville et enfin à l’alcool mauvais. On peut refaire la dégringolade des remarques footballistiques sur la pente politique. Mais le geste qui donne la mort en réponse à une phrase qui sonne comme un constat, on a du mal à se l’expliquer.

Je ne fournirai pour ma part aucune explication, si ce n’est celle-ci, toute fantasmée et enveloppée de sucre philosophique en poudre car fondée sur un paradoxe. Cet homme a été tué à cause d’une trop grande tension intellectuelle naissant dans les cerveaux des supporters bien abreuvés. Mais l’alcool n’y est pour rien. Nous admettrons que tous ces supporters avaient en commun une forme de chauvinisme bon train qui est l’apanage du supporter de foot. Tout le monde sait que critiquer le club supporté – et pire encore la nation – est attaquer quelqu’un en son fort le plus intérieur, en l’enceinte même du stade de son âme d’être à l’identité définie.

Et nous déduirons donc le paradoxe suivant : Reconnaître que l’Inter de Milan ne représente pas la nation italienne c’est désavouer sa propre identité culturelle locale, sa raison de vivre première de tiffoso. C’est aimer des « métèques ». L’inter serait donc une insulte à l’Italie italienne du foot italien. Reconnaître la phrase comme vraie reviendrait à désenclaver l’Inter ou pire, considérer que c’est la nation qui est une insulte au club. De ce télescopage mental de drapeaux contenant pourtant des nuances d’une couleur appelée « bleu » dans les deux cas est née la solution définitive. Les lames ont tranché la question, le sang a coulé sur le sol nerazzuro.

Durant cette même nuit, d’autres italiens ont profité de la folie du tiffoso, sachant sans doute que les carabinieri sont friands de distraction à base de ballon rond, d’écran plat et de breuvages alcolisés, en cambriolant une banque : furbi !

Mexique / USA : vives tensions après la mort d’un adolescent

Sergio Adrian Hernandez, un mexicain âgé de 14 ans, est mort lundi sous les balles d’agent(s) de la Border Patrol américaine. Son corps a été retrouvé sous le pont qui rallie Ciudad Juarez et El Paso (Texas). Depuis, les témoignages contradictoires se multiplient et les accusations à peine voilées fusent de part et d’autre du Rio Bravo. Le FBI soutient la thèse de la légitime défense alors que les autorités mexicaines affirment qu’il s’agit d’un « usage disproportionné » de la force. Retour sur un fait divers tragique qui a ranimé le débat sur l’immigration entre Mexique et Etats-Unis.

Circonstances troubles

Le déroulement des événements qui ont débouché sur la mort de Sergio restent extrêmement confus à ce jour…

Pourquoi était-il présent sur les rives du fleuve frontalier avec un groupe d’amis ? Sa mère affirme que c’était juste pour jouer et déjeuner. « Il n’allait pas traverser vers El Paso, ce n’est pas vrai, il était ici, au Mexique ». Du côté de la police des frontières américaines pas de doutes : les jeunes gens tentaient de passer illégalement sur les terres de l’Oncle Sam, une thèse corroborée par le FBI qui parle d’« étrangers clandestins présumés ». Mais un témoin de la scène certifie avoir vu le groupe et qu’aucun des adolescents n’avait sur lui bagages, paquets ou armes, « juste les vêtements qu’ils portaient ». Si l’information est confirmée, elle tendrait à désavouer les gardes-frontière américains.
Qui a ouvert le feu, et pourquoi ? Un rapport préliminaire de la patrouille frontalière d’El Paso indique que les agents patrouillaient à vélo quand ils ont « été attaqués avec des pierres par un nombre inconnu de personnes. Au cours de l’assaut, au moins un agent a fait usage de son arme. L’agent est actuellement mis à pied ». La version des membres du groupe, à laquelle adhère un policier arrivé sur les lieux, n’est pas vraiment raccord. Ils auraient franchi le Rio Bravo par erreur et été surpris par la patrouille. Ce serait pendant que les jeunes retournaient vers le Mexique que « deux agents [auraie]nt utilisé leurs armes en s’approchant du bord [du fleuve] ».
Y a-t-il eu violation de territoire, et si oui, par qui ? Un porte-parole du procureur de l’état de Chihuahua a déclaré qu’une cartouche usagée de calibre 40 avait été trouvée près du corps du jeune homme. Une allégation qui sous entend fortement que les patrouilleurs américains auraient traversé le fleuve, donc la frontière, alors qu’ils n’y sont pas autorisés. Réponse d’un officiel américain souhaitant rester anonyme : il serait en possession d’une vidéo montrant des policiers mexicains traversant le Rio Bravo pour « récupérer un objet indéterminé ». Là aussi, l’accusation sous-jacente est claire : on essaierait d’accabler la police des frontières en manipulant des preuves.
L’enquête en cours devrait déterminer la trajectoire des balles et ainsi contribuer à éclaircir cette sombre affaire. Reste à savoir si les polices des deux pays pourront collaborer pour démêler cet imbroglio.

Contexte et texte con

On l’a vu, les circonstances autour du décès de Sergio Adrian Hernandez sont extrêmement troubles pour le moment. Mais la mort d’un adolescent à Juarez, ville la plus dangereuse du Mexique, ne soulève pas toujours autant d’attention, et certainement pas une intervention du président Felipe Calderòn. En fait, plusieurs éléments ont transformé ce fait-divers en affaire d’Etats.

Même si le P.I.B par habitant est passé d’environ 6800 euros à près de 8500 euros, le Mexique conserve une économie fragile, surtout dans les régions frontalières. Royaume des trafics en tous genres en direction des USA, l’extrême Nord du pays est aussi la terre des maquiladoras où les entreprises américaines s’offrent une main d’œuvre bon marché. Des conditions de vie entre violence et précarité qui poussent chaque année des milliers de travailleurs à traverser le Rio Bravo vers l’herbe forcément plus verte du côté américain. Les mexicains constituent les trois quarts des 12 millions d’immigrants illégaux vivant aux Etats-Unis, voire même 80% selon certaines sources gouvernementales.
Le jeune mexicain est le second à décéder de la main d’agents de la Border Patrol en deux semaines. Le 1er juin, entre Tijuana et San Diego, un homme de 32 ans avait succombé aux impulsions électriques infligées par les gardes-frontières. Depuis le début de l’année, 17 mexicains ont été blessés ou tués par ces patrouilles. Un nombre en augmentation constante comme l’a rappelé le ministère des affaires étrangères, puisqu’il était de 12 en 2009 et de 5 en 2008.
Sordide coïncidence ou conséquence ? La mort de l’adolescent intervient à quelques jours de l’annonce par Obama de l’envoi de 1200 soldats supplémentaires pour garder la frontière entre USA et Mexique. Ils n’étaient auparavant « que » 17 000 pour surveiller quelques 3 200 kilomètres.
Autre charbon attisé par l’évènement : la loi dite SB1070 votée il y a peu par l’Arizona sous les huées des défenseurs des droits de l’homme. Elle devrait entrer en vigueur fin juillet, mais sa constitutionnalité est déjà mise en doute. Pour faire bref, la loi stipule que les policiers pourront désormais demander un justificatif de présence sur le sol américain à toute personne « soupçonnée d’être un immigrant illégal ». Un texte xénophobe qui entérine dans les faits le ‘délit de faciès’ pratiqué dans notre pays depuis belle lurette.
Les chefs d’Etats du Mexique et des Etats-Unis s’étaient rencontrés il y a deux semaines et avaient justement discuté, entre autres, des problématiques d’immigration et de sécurité des frontières. Au cours de la conférence de presse commune, Felipe Calderòn avait déjà exprimé son souhait d’un plus grand respect des droits cils de ses ressortissants sur le sol américain, légaux ou non. Quant à Barack Obama, il avait promis de mettre en place un débat pour une loi fédérale humaine et responsable sur l’immigration, promesse qu’il avait déjà faite lors de sa campagne électorale.
De nouvelles statistiques recueillies par le FBI et par l’Université de Boulder au Colorado, concordent en ce point : l’assimilation immigration / criminalité est plus qu’une exagération irraisonnée, c’est une contre vérité. Non seulement le taux d’immigrants (légaux ou illégaux confondus) ne fait pas croître celui de criminalité, il le ferait même baisser. Par exemple, les crimes violents ont diminué de 35.1 % entre 1994 et 2004, période pendant laquelle l’immigration illégale a doublé.

Les Universités Populaires selon Michel Onfray

Valiumcat les a testées pour vous !

À contre-courant, cet article se propose de revenir sur un des intervenants du battage médiatique qui a eu lieu il y a quelques semaines. Loin de moi l’idée de prolonger la promo d’un auteur… simplement, j’ai découvert Michel Onfray juste avant qu’il déclenche la grande controverse (tellement grande qu’elle n’aura duré que 2 semaines…) à propos de «Maître» Freud.

Je ne critiquerai pas plus avant la psychanalyse. Pour moi, Freud est l’équivalent psychique de Christophe Colomb découvrant un nouveau continent. Il n’a fait que soulever le voile derrière lequel se planquait tout un monde fantasmatique. Michel Onfray, évidemment, n’est pas un découvreur. Mais il me semble intéressant pour son rôle de trublion. Il bouscule le monde intellectuel français.

Mon côté pur et innocent le voit tel qu’il se présente : quelqu’un qui souhaite apporter la connaissance à tous. Mon côté parano vous voit vous marrer en lisant la dernière ligne! N’empêche, les cyniques n’ont jamais vraiment fait avancer les choses.

J’ai découvert une initiative du sieur Onfray en googlisant l’auteur provocateur. Il a eu la volonté de diffuser des connaissances au plus grand nombre. Donc gratuitement, sans inscription, sans examen-couperet à la fin de la session. Enthousiasmant pour une angoissée scolaire comme moi!

J’ai cherché l’univ’ pop’ la plus proche de mon domicile séquano-dionysien (comprenez : je vis en Seine St Denis J ) et j’ai trouvé quelques sessions qui m’ont semblé intéressantes. Chaque conférence commence à 19h pour durer 2h. J’ai donc débarqué un mardi soir à la Bourse du Travail de St-Denis pour découvrir le monde parallèle des colleurs d’affiches anarchistes (les affiches et les colleurs) pour le cycle Luttes Alternatives.

Selon les intervenants, la disposition de la salle varie. Pour la présentation d’Act Up nous étions assis à des tables formant un cercle. Pour celle du CLIP et celle d’Athéturk, les tables étaient alignées et faisaient face aux intervenants. Enfin pour la présentation du Collectif RATP nous étions peu nombreux et en cercle. Je ne sais pas s’il faut en tirer un quelconque symbole…

Le mode de communication et la qualité des intervenants oscillent fortement aussi. Si certains sont très bien documentés, connaissent leur sujet et donnent envie d’intégrer leur mouvement, d’autres sont moins convaincants. Mais chaque débat m’a apporté des connaissances et permis de découvrir qu’un autre monde est possible. En revanche, il vaut mieux supporter les thèses de l’ultragauche pour suivre ces cours (en tous cas ceux de St-Denis). Ils ne le cachent pas, ils sont libertaires, anticapitalistes et se demandent de quoi Sarkozy est le nom… Voici quelques unes des associations ou organismes que j’ai entendus au cours de ces universités populaires.

Act Up : on ne les présente plus, si ? Cette association a 20 ans. Elle mène un combat qui vise à rendre aux malades du SIDA une place autre que celle de victime soumise aux pouvoirs parfois excessifs du corps médical. Entre autres.

CLIP : Collectif de Libération de l’Immobilier Privé. La présentation que j’ai préférée pour sa lucidité et sa capacité à produire des solutions viables. Mouvement inspiré du réseau Miethäuser Syndikat, créé par des squatteurs qui ont cherché une solution à la précarité de leur logement. Le CLIP se propose de mettre en place un autre rapport à l’habitat et à la propriété . Prochain apériCLIP : le 5 juillet du côté du Père Lachaise à 19h

Le Collectif RATP : Réseau pour l’Abolition des Transports Payants : les intervenants ne m’ont pas convaincue, mais j’ai quand même appris qu’il était possible de fournir aux usagers des transports en commun gratuits (la preuve, des villes de droite l’ont fait ! L’ironie de la chose est cinglante, non ?) L’intervenant a aussi abordé le problème de surveillance des trajets des usagers par la puce RFID contenue dans le pass Navigo.

Athétürk : association d’inspiration anarchiste promouvant la laïcité et l’amitié franco-turque. L’intervenant avait malheureusement l’air de confondre laïcité et athéisme…

Malheureusement, cet article arrive à contre-temps à double titre. La controverse est morte, les médias sont passés à autre chose. Et les cycles de la Dionyversité sont finis pour le moment. Et oui, les anarchistes aussi prennent leurs vacances d’été… Mais le site de la Dionyversité est très bien documenté, on y trouve les pages de présentation des cycles, des enregistrements de conférences, de la bibliographie…

La garde à vue est-elle illégale ?

Mardi dernier, le Conseil Constitutionnel a entendu les plaidoiries d’avocats venus de toute le pays pour remettre en question la procédure de garde à vue à la française. C’est surtout la quasi-absence de défense pendant cette incarcération qui est critiquée, mais son contrôle et sa durée aussi devront être évalués par les Sages de la rue Montpensier. Que prévoit la loi à l’heure actuelle ? Celle-ci est-elle respectée ? Quels changements peut-on envisager ?

Droits et loi

Régie par le Code procédure pénale, la garde à vue existe donc depuis la création de celui-ci, en 1958. Au départ, elle permettait aux policiers de retenir suspects ou témoins s’il le jugeait nécessaire, sans grandes contraintes de procédure. Ce n’est qu’à partir de 1993 que les droits du garé à vue entrent dans l’équation, avec notamment l’autorisation de présence (minime) d’un avocat. Désormais, un officier de police judiciaire (OPJ) ou un gendarme ne peut vous mettre en garde à vue que si vous « pouvez être soupçonné d’avoir commis ou tenté de commettre un crime ou un délit ». Une définition assez vague qui facilite de nombreux abus. (voir ci-dessous)

Une garde à vue dure normalement 24 heures, et peut être renouvelée une fois pour atteindre les 48 heures (pour des affaires de stupéfiants, de proxénétisme, ou en bande organisée, cela peut aller jusqu’à 72 heures). Dès le début de cette procédure, le procureur de la république doit être notifié, vous devez être informé de ce qui vous est reproché, et de votre droit à voir un médecin et un avocat ainsi que de faire prévenir un proche ou votre employeur. Vous avez aussi le droit de garder le silence et de refuser de signer les procès verbaux que l’on vous présente, mais l’OPJ n’a pas obligation de vous le signaler.

Les forces de l’ordre sont autorisées à vous menotter, à vous mettre en cellule, à prendre des photographies et à relever vos empreintes ainsi que votre ADN (si vous refusez, vous encourez 500 euros d’amende), et à vous fouiller à nu…Même si vous êtes présumés innocent jusqu’à ce qu’un jugement ait eu lieu.

Abus et politique du chiffre

Au début de l’année, le ministère de l’Intérieur a reconnu avoir minoré les chiffres des gardes à vues de manière conséquente, puisqu’il y en aurait eu 800 000 et non pas 600 000. Et même ce nombre hallucinant serait en deçà de la réalité si l’on en croit l’auteur de Gardés à vue, Mathieu Aron. En effet, les gardes à vues routières, ainsi que celles en provenance des DOM-TOM ne sont pas prises en compte. En les incluant toutes, on arriverait à 900 000 procédures de ce type pour l’année 2009, soit près de 2500 chaque jour. Une explosion que beaucoup attribuent à la « politique du chiffre » exigée des policiers.

Les témoignages d’abus lors de gardes à vues sont si nombreux qu’il est impossible de les recueillir ici, cependant, quelques constantes apparaissent dans ceux-ci. Les mots insultes, humiliation, pression psychologique et abus policiers ressortent fréquemment de ces récits. Patrick Klugman, avocat et auteur du Livre noir de la garde à vue cite par exemple une personne gardée à vue pour avoir traversé hors des clous ou encore une femme réduite à supplier pour pouvoir aller aux toilettes. L’hygiène déplorable des geôles (vomi et urine sur le sol, couvertures souillées d’excréments) est également soulignée à maintes reprises. Les victimes de procédures abusives confient souvent avoir eu l’impression qu’une machine infernale se mettait en œuvre contre eux, qui ne les laisserait s’échapper qu’au prix d’aveux, dussent-ils être faux.

La garde à vue telle qu’elle se déroule en France a été a deux reprises indirectement mise en porte à faux par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Dans un arrêt datant de novembre 2008, la CEDH indique que « le prévenu peut bénéficier de l’assistance d’un avocat dès les premiers stades interrogatoires de police ». Un avis renforcé par un second arrêt en décembre 2009, qui stipule que « l’équité d’une procédure pénale requiert d’une manière générale que le suspect jouisse de la possibilité de se faire assister par un avocat dès le moment de son placement en garde à vue ou détention provisoire ».

Réforme ou disparition ?

Si certains, dont Patrick Klugman, réclament l’abrogation de la garde à vue, la plupart des avocats, juges et associations souhaitent plutôt en modifier les modalités. L’augmentation significative de la présence d’un avocat n’est pas la seule piste à explorer. On pourrait par exemple envisager une énonciation plus claire et plus détaillée des critères permettant le placement en garde à vue et sa prolongation. Autre point remis en cause : qui doit contrôler les gardes à vues ? A l’heure actuelle, c’est au procureur de la République (qui applique les politiques gouvernementales) qu’échoit cette mission. Par souci d’indépendance, d’aucuns réclament que le contrôle des gardes à vues soit confié à un juge.

Après avoir entendu les arguments des avocats, le Conseil Constitutionnel a maintenant trois possibilités. Il peut abroger le dispositif de garde à vue, c’est à dire le déclarer contraire à la Constitution, et donc le supprimer. Les sages peuvent aussi décider de valider le dispositif, et donc ne pas exiger de changement de celui-ci. La dernière alternative pour les onze de la rue Montpensier serait d’émettre des « réserves d’interprétation », une sorte de compromis entre les deux précédentes voies où ils pourraient soulever des points précis à modifier, et la direction à emprunter pour ce faire.

La décision du Conseil Constitutionnel devrait être rendue le 30 juillet, et est attendue avec impatience par le ministère de la Justice qui promet depuis des mois une réforme du Code de procédure pénale. Le projet présenté par Michèle Alliot-Marie prévoit pour l’instant de mettre en place un entretien supplémentaire avec l’avocat à la 12ème heure de garde à vue, avec un accès aux procès verbaux de l’audition, puis une présence aux interrogatoires à partir de la 24ème heure. Des mesures dont le coût à été estimé à 90 millions d’euros (une intervention accrue des avocats résulterait dans une augmentation de l’aide juridictionnelle), mais que la grande majorité des défenseurs estiment insuffisantes.

Afghanistan : la « sale guerre » révélée par Wikileaks

C’est la plus grande fuite de renseignement de l’histoire des États-Unis. Le site Wikileaks a obtenu et diffusé 92 000 rapports confidentiels ou secrets de l’armée américaine stationnée en Afghanistan. Les documents couvrent la période de janvier 2004 à décembre 2009, et donnent à voir une guerre déjà perdue mais stagnante, chère en argent et en vies. Les quotidiens The New York Times (USA), The Guardian (GB) et Der Siegel (All.) ont pu visionner, analyser et sélectionner ces rapports depuis plusieurs semaines.

Au moins 195 civils tués

Premier constat à la lecture des documents, le nombre de civils tués ou blessés au cours des années de présence américaine sur le sol afghan a été sciemment sous estimé. Si les villageois sont de plus en plus victimes d’attaques des rebelles, une autre menace pèse sur eux : celle des bavures de la force internationale, surnommées « blue on white » (bleu sur blanc). Les rapports font état de 144 « incidents » de ce type, qui ont causé la mort de 195 personnes et blessé 174 autres.

Un bilan peu glorieux mais qui pourrait être sous-estimé en raison d’incidents non élucidés ou disputés. Dans le Guardian, Rachel Reid, qui enquête sur les incidents touchent des civils en Afghanistan pour Human Rights Watch, ne semble pas surprise : « Ces dossiers mettent en lumière ce qui a été une tendance constante des forces US et de l’OTAN : la dissimulation des victimes civiles. Malgré de nombreuses directives tactiques ordonnant des investigations transparentes quand des civils sont tués, il y a eu plusieurs incidents sur lesquels j’ai enquêté les mois derniers où ce n’est toujours pas le cas. »

Bavures « bleu sur blanc »

Les rapports montrent la multiplication de morts de piétons ou motocyclistes isolés, une augmentation qu’on peut attribuer à la paranoïa croissante des troupes alliées, qui craignent de plus en plus les attaques suicide. Ainsi, en Octobre 2008, des troupes françaises ont ouvert le feu sur un bus qui passait trop près de leur convois. Huit enfants ont été blessés, mais aucune enquête ne semble être en cours. L’utilisation accrue de drones pourrait aussi être responsable d’une partie des victimes civiles, en raison de leur manque de précision, on est loin des frappes chirurgicales…

Là où le bât blesse, c’est que les accidents dits « bleu sur blanc » ont parfois des faux airs de vendettas organisées. En août 2007, une escouade polonaise a lancé une attaque au mortier sur une fête de mariage, justement quelques jours après avoir subi une explosion de bombe artisanale. Bilan de cette offensive : 26 blessés, et 6 morts, dont une femme enceinte. Le rapport sur cette attaque était classé dans une section intitulée « incidents qui pourraient causer une couverture médiatique négative ». Les responsables de ces exactions sont passés en procès pour crime de guerre, sans résultat à ce jour.

Alors que la nouvelle stratégie de l’administration Obama en Afghanistan est de réduire le nombre civils tués (drôlement bonne idée ! un vrai trait de génie, ça !), les rapports discréditent la politique menée. Les civils afghans continuent de tomber, sous les balles alliées ou les tirs rebelles, grands perdants de cette guerre à 300 milliards de dollars qui n’en finit plus.

Congo : Silence on tue, on viole, on pille.

Lundi, Joseph Kabila, président du Congo-Kinshasa, s’est rendu à Kigali pour assister à l’investiture de son homologue rwandais Paul Kagamé. Sa présence n’est pas passée inaperçue, puisqu’elle confirme la réconciliation des deux pays. Rwanda et Congo ne sont pas seulement frères de frontière, d’ethnies et de culture, ils sont siamois, joints à la hanche par la région des Grands lacs (Nord et Sud Kivu) qui regorge d’or, d’étain et de coltan. Pourtant l’histoire de ces nations n’a pas toujours été pacifique. C’est ce que souligne un pré rapport de l’ONU accusant l’armée rwandaise d’exactions et de crimes de guerres en RDC, dont certains pourraient être qualifiés de génocide.

Le rapport 1993 – 2003

L’enquête émane du Haut Commissariat des nations unies aux Droits de l’Homme (HCDH) et détaille 600 cas de meurtres collectifs, de tortures, d’enlèvements et de viols. Des faits qui étaient pour la plupart déjà connus, mais qui ont été rassemblés systématiquement et étayés par de nouveaux témoignages, pour produire ce catastrophique catalogue, cet inventaire infernal.

1994 : depuis la fin du génocide rwandais, où 800 000 Tutsi et Hutu modérés ont été massacrés, les tensions ethniques n’ont de cesse de franchir les frontières. Les bourreaux réfugiés au Congo (alors Zaïre) continuent d’exterminer les Tutsi et d’attaquer le gouvernement rwandais, sans être inquiétés par Mobutu. En 1996, la situation s’envenime, et le Rwanda décide de soutenir les rebelles de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Zaïre (AFDL). La première guerre du Congo commence. En route vers Kinshasa, ils tuent de nombreux Hutu, anciens Interahamwe ou pas, c’est la loi du Talion qui s’applique, pas le temps de faire dans la dentelle. « L’étendue des crimes et le nombre élevé de victimes, probablement dans les dizaines de milliers, sont démontrées par les nombreux incidents détaillés dans le rapport. »

« L’utilisation extensive d’armes blanches et contondantes, particulièrement de marteaux, et les massacres systématiques des survivants après que les camps aient été pris prouvent que de nombreuses morts ne peuvent être considérées comme des dommages collatéraux de la guerre. Parmi les victimes se trouvaient surtout des enfants, des femmes, des vieux et des malades. ». L’attaque est couronnée de succès, et Laurent Désiré Kabila prend le pouvoir de la toute nouvelle République Démocratique du Congo. Deux ans plus tard, le gouvernement congolais est encore accusé de soutenir les rebelles Hutu qui ont afflué de toute la région. Une seconde invasion commence, qui va dégénérer en guerre régionale, impliquant 8 pays (Ouganda, Angola, Zimbabwe, Namibie, Tchad, Libye, Rwanda, Soudan et Congo) et 21 groupes armés non officiels. Pendant cette Deuxième guerre du Congo, les minerais sont pillés, et les crimes de guerre reprennent de plus belle. Elle va durer cinq ans et faire entre 3 et 4 millions de morts, majoritairement des civils.

Timing explosif

C’est Le Monde qui a parlé de ce rapport en premier, fin août. Tous les autres médias de la planète ont suivi et les réactions n’ont pas tardé. Pourtant, tous les principaux pays concernés avaient reçu un exemplaire du document en juin, leur laissant la possibilité d’en prendre connaissance et de le commenter avant vendredi 3 septembre, date prévue de sa publication.

Mais le gouvernement rwandais, premier sur le banc des accusés, est furieux. Il multiplie les déclarations fracassantes. Ainsi, le rapport serait un « document dangereux et irresponsable », et il serait « immoral et inacceptable que les Nations unies, une organisation qui a échoué dans sa mission d’éviter le génocide au Rwanda et les crises qui ont suivi pour les réfugiés, causes directes des souffrances endurées par le Congo et le Rwanda, accusent maintenant l’armée qui a mis un terme au génocide d’avoir commis des atrocités en RDC. ». Il faut dire que Kagamé a construit sa réputation dans sa gestion du pays après le génocide de 1994, dont il est sorti vainqueur et héroïque. Mais sa position s’est affaiblie depuis, et il a fallu quelques disparitions précoces d’opposants pour lui permettre d’être réélu en août avec 93% des voix. Pour éviter le déshonneur et peut-être le procès, il menace de retirer ses 3550 soldats de la paix au Soudan.

Dans un communiqué, la gouvernement rwandais affirme que le timing de publication du rapport ne serait pas exactement fortuit « il semble que les Nations unies tente de détourner l’attention internationale de leur dernière faute dans la région des Grands Lacs où récemment des centaines de Congolaises ont été violées sous le regard des forces de maintien de la paix. » Et il est vrai que les casque bleus de RDC (regroupés sous le nom de Monusco) ont été vivement critiqués il y a peu. Cette mission de maintient de la paix, qui coûte 1.35 milliards de dollars chaque année, aurait ignoré des avertissements prévenant de viols massifs et imminents. 242 victimes ont été attaquées entre le 30 juillet et le 4 août, la plus jeune un bébé d’un mois, la plus âgée une femme de 110 ans. Ces agressions ont été attribuées aux FDLR (menés par d’anciens Interahamwe) et aux rebelles Maï Maï congolais. Tout cela s’est déroulé à une trentaine de kilomètres d’une base de la Monusco dans le Nord Kivu. Roger Meece, représentant spécial de l’ONU pour la RDC a affirmé que ses troupes ne savaient rien de ce qui allait se dérouler, car elles étaient en effectif insuffisant. Cependant, un mail interne à l’ONU daté du 30 juillet semble dire le contraire.

Le rapport concernant les crimes de guerre en RDC dans les années 90 ne devrait être publié que le 1er octobre en raison des pressions exercées par le Rwanda. Mais les tensions dans la région des Grands lacs ne se sont pas arrêtées en 2003. Et la plus terrible des pratiques continue de sévir : le viol comme arme de guerre. En plus des insoutenables blessures physiques et psychologiques infligées aux victimes, certains utilisent ce moyen pour propager le Sida parmi leurs ennemis. Pendant ce temps, la Monusco patrouille à bord de chars, avec une poignée d’hommes mais jamais de femme , et parfois même sans interprète…