L’Homme augmenté

 

Les 2 et 3 avril derniers, Megève accueillait le premier Congrès International de l’Homme Augmenté. Une réunion de scientifiques, commerciaux ; chercheurs et penseurs autour du thème de cet homme nouveau, qui utilise la technologie pour maximiser ses possibilités. Comme souvent lorsque l’on aborde le sujet des biotechnologies, il s’agissait d’examiner les bénéfices qui peuvent être tirés (humains et économiques), mais aussi de soulever les questions éthiques, légales et de sûreté. L’homme 2.0, le Bioman de notre enfance, n’est plus confiné aux romans ou aux films de science-fiction futuristes, il a déjà un pied bien ancré dans notre monde.

Salles de shoot » : irresponsables ou indispensables ?

De Matignon à Twitter, les Centres d’injection supervisés (CIS) ne cessent de faire couler l’encre et la salive, d’activer les langues, plumes et claviers. Tout le monde a son avis sur cette question qui divise la majorité présidentielle comme l’opinion publique. Un sondage en ligne du Parisien demandant « Êtes-vous favorables à l’installation de salles d’injection pour toxicomanes ? » a obtenu 33.9% de oui, contre 66.1% de non, avec 1852 votants (résultat à 13h27). Mais les jugements portés ne sont pas toujours éclairés. Je vous propose donc un retour sur les déclarations des politiques, et un point sur ces fameuses « salles de shoot » à la lumière du rapport de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

Divergences partisanes

L’incendie polémique a été allumé par les propos de Roselyne Bachelot, le 19 juillet, pendant la conférence internationale sur le sida à Vienne. Elle avait en effet annoncé « une concertation avec tous les partenaires concernés […] sur l’opportunité d’ouvrir des salles de consommation de drogue supervisées ». A peine la suggestion de la possibilité d’éventuellement en parler, mais cela suffit à déchaîner partisans et opposants.

Adversaires

Lundi 9 août, 15 députés affiliés UMP (dont 13 du collectif Droite populaire, connu pour ses position borderline frontistes) se sont fendus d’un communiqué rejetant vivement l’idée même d’un débat. Morceaux choisis« Comme si le fait de se droguer dans un local aseptisé rendait la drogue plus douce et moins dangereuse ! », « l’usage des drogues se banalise à cause des discours permissifs qui tentent d’en minimiser les dangers. Réglementer l’usage de drogue pour mieux la combattre est une utopie lourde de conséquences. » (le communiqué en entier ICI)
Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP est « vraiment opposé » à l’initiative qui enverrait « un très mauvais signal », selon lui, « l’objectif qu’on doit poursuivre, c’est de casser la dépendance à la drogue et pas, d’une certaine façon, d’accompagner la dépendance. ».Même son de cloche chez Brice Hortefeux. Le ministre de l’Intérieur, avait invectivé, en juillet « Lorsque j’entends des responsables politiques défendre la dépénalisation du cannabis et l’implantation des salles de shoot, je me demande : jusqu’où ira-t-on dans l’irresponsabilité ? »
Le cabinet de François Fillon a fait savoir, mercredi qu’à ses yeux, les salles d’injection supervisées n’étaient « ni utiles, ni souhaitables ». Matignon a rappelé que « [sa] priorité est de réduire la consommation de drogue, non de l’accompagner, voire de l’organiser »
A droite de la droite, la vice-présidente du Front national Marine Le Pen, juge que « Le soutien apporté par la ministre de la santé à l’ouverture de salles d’injection de drogue est aussi irresponsable que révélateur. […] le gouvernement Sarkozy est en plein délire, au mépris de la santé des Français. »
Pour Etienne Apaire, président de la Mission interministérielle de lutte contre la toxicomanie (MILDT) qui dépend de Matignon, « La réflexion doit se poursuivre, elle mérite d’exister. Mais néanmoins, pour l’instant, la politique du gouvernement est plutôt de lutter contre la dépendance, plutôt que d’accompagner les usages. » « C’est, selon nous, discutable sur le plan philosophique, puisque cela vise à accompagner, et non in fine à rompre avec la dépendance. »

Défenseurs

Un des premiers à s’être rangé du côté de la ministre de la Santé est le maire UMP de Marseille, Jean-Claude Gaudin, qui s’est dit mardi « sur la même longueur d’ondes » que Mme Bachelot. Son adjoint chargé de la santé, de la toxicomanie et du sida a précisé que dans la ville « [ils en sont] aujourd’hui au stade de la réflexion ». Le soutien du maire de Marseille au projet a été retiré ce jeudi après le coup de frein de Matignon, il a carrément fait volte face…
Autre appui dans la majorité, la secrétaire d’Etat à la Famille, Nadine Morano. Elle appelait mercredi à « ouvrir le débat parce que lorsqu’on permet à des personnes qui sont toxicomanes de pouvoir consommer leur drogue sous contrôle, avec accompagnement, si on arrive à sortir ces personnes-là de la drogue, je crois qu’on aura gagné un combat. »
Le Parti socialiste aussi s’est prononcé en faveur de l’initiative, même (surtout) après le communiqué lapidaire de Matignon. Najat Vallaud-Belkacem, responsable des questions de société : « estime très regrettable cette fin de non-recevoir. » Et d’insister : « Les propos du Premier ministre montrent qu’il n’a vraisemblablement pas compris de quoi il s’agissait ici. Nous parlons d’un système de pris en charge des toxicomanes dont l’objectif est bien le soin et le sevrage. Il est regrettable que François Fillon reste sourd à l’appel des médecins et considère les toxicomanes comme des délinquants et non comme des malades. »
Sans surprise, les Verts aussi soutiennent l’expérimentation de CIS. Leur porte-parole Jean-Louis Roumégas soulignait la particularité de notre pays dans ce domaine : « Il y a beaucoup de réticences en France alors qu’il y a des pays où ça existe. Cela n’augmente en rien la consommation, mais permet le contact avec un personnel spécialisé, médical, éducatif. »
Jean-Pierre Couteron, psychologue clinicien spécialisé en addictologie et président de l’Association nationale des intervenants en toxicomanie s’est indigné face à certaines critiques « Ces centres, qui visent un sous-groupe de toxicomanes exclus, leur permettront de sortir la tête de l’eau. Opposer l’accompagnement à la guérison est insupportable et relève d’une nullité scientifique absolue. »

Centres d’injection supervisés

Ce n’était pas un hasard si Mme Bachelot a évoqué, lors de la conférence de Vienne, la possibilité d’un débat autour de ces Centres d’injection supervisés. La Direction générale de la santé avait auparavant commandé à l’Inserm une expertise concernant la réduction des risques chez les usagers de drogues. 14 experts (épidémiologistes, sociologues, économistes, psychiatres, hépatologues, addictologues et autres professionnels de santé publique) ont rendu le résultat de leur analyse fin juin.

Réduction des risques

D’abord, pour comprendre dans quel cadre s’inscrit la proposition de mise en place de CIS, il faut connaître le sens de ce que l’on appelle une politique de « réduction des risques ». Cela « englobe des stratégies appartenant à la prévention des usages de substances psychoactives […], à la réduction des risque liés à l’usage de telles substances […] à la prise en charge de la dépendance sous toutes ses formes […] ». La première décision politique en ce sens a été prise en 1987 par la ministre de la Santé d’alors, Michèle Barzach. C’est cette femme, pourtant de droite, qui a autorisé la vente de seringues sans ordonnance dans les pharmacies. Une mesure qui provoqua un scandale malgré sa nécessité flagrante à l’époque où héroïne et sida forment un duo infernal et meurtrier. Sept ans plus tard, c’est encore une ministre de la Santé, de droite aussi, qui officialise les Programmes d’échange de seringues (PES) par un décret.

Les temps ont changé, les produits et leurs usagers aussi. La consommation d’héroïne par injection a beaucoup baissé depuis 20 ans, le nombre de contamination VIH par ce biais aussi. Ces problèmes persistent néanmoins, et de nouveaux risques sanitaires se sont accrus. A l’heure actuelle, c’est le virus de l’hépatite C (VHC) qui est le plus présent et le plus préoccupant. Sa prévalence au sein des populations d’usagers problématiques (« consommateurs de drogues injectables ou consommateurs de longue durée, utilisateurs réguliers d’opioïdes, de cocaïne et/ou d’amphétamines ») est de l’ordre de 60%. Ce chiffre ahurissant s’explique par la contagiosité importante de ce virus et sa durée de vie considérable. L’usage de crack et de cocaïne ayant augmenté, le partage des pailles ou pipes qui servent à la prise a également participé à la contamination d’un grand nombre de toxicomanes.

Recommandations

Il existe déjà en France plusieurs mesures de réduction des risques. Il y a la prévention du passage à l’injection (dialogue, flyers, etc..), les traitements de substitution aux opiacés (méthadone et buprénorphine haut dosage), les Programmes d’échange de seringues (mise à disposition, gratuite ou non, du matériel servant à la préparation de l’injection), et les distributeurs automatiques de kits stériles. Le rapport de l’Inserm pointe toutefois plusieurs lacunes non négligeables : manque d’adaptation aux populations, aux individus et aux produits depuis des dizaines d’années, absence d’approche pluridisciplinaire (médical, social, psychiatrique). D’autre part, les femmes et les personnes incarcérées sont peu ou pas prises en compte dans les politiques de réduction des risques. Les CIS font partie des mesures que l’Inserm recommande d’étudier afin d’élargir la palette d’outils existante.

Ce type de structures existe déjà en Allemagne, en Australie, au Canada, en Espagne, au Luxembourg, en Norvège, aux Pays-Bas et en Suisse. Les usagers de drogues y apportent leur produit sous la supervision d’un personnel qualifié, ce qui limite les risques d’overdose et de matériel souillé (donc contamination VIH/VHC, abcès, etc). Les encadrants de ces CIS peuvent aussi accompagner les usagers vers une aide médicale en cas de volonté de sevrage ou une aide sociale pour les populations les plus précarisées. Car c’est surtout à ces dernières que sont destinées les CIS : sans domicile fixe, personnes s’injectant très fréquemment et/ ou sur la voie publique, ayant eu une overdose récemment, porteurs de maladies infectieuses ou usagers ayant « rechuté ». Les mineurs ou usagers débutants n’y sont pas admis, et l’anonymat y est garanti, pour faciliter l’accès des populations laissées pour compte. Contrairement à ce que leurs opposants semblent craindre, il n’existe, selon le rapport de l’Inserm « pas de preuve que la présence de CIS augmente ou diminue la consommation de drogues chez les usagers ou dans la communauté ou bien qu’elle augmente les rechutes chez les usagers de drogues en traitement ». En revanche, une diminution de l’injection en public et du matériel d’injection abandonné dans l’espace public a été constatée. Enfin, le nombre d’usagers entrant en traitement pour leur dépendance augmente également grâce à ces structures.

Le rapport de L’Inserm est disponible sur le site, sous le nom de « Contamination par le VIH et les hépatites : réduire les risques pour les usagers de drogue « .

Expérimentation animale, quelles alternatives ?

Le 12 juillet, la commission de l’agriculture du Parlement européen a approuvé en deuxième lecture un projet de nouvelle directive visant à limiter l’expérimentation animale. Décriées depuis de nombreuses années par les défenseurs des animaux, ces expériences dites « in vivo » sont encore largement utilisées dans la recherche biomédicale, les tests de toxicité des produits et l’éducation. Chaque année dans le monde, ce sont entre 50 et 100 millions de vertébrés qui sont utilisés. Pourtant, des méthodes alternatives peuvent la plupart du temps s’y substituer.

Indispensable ?

A l’heure actuelle, les animaux présents en laboratoire sont presque tous élevés dans ce but. Il arrive néanmoins que des refuges vendent leurs laissés-pour-compte pour la recherche ou les tests. Plus rarement, des spécimens sont aussi prélevés directement dans la nature. Les « procédures » qu’ils subissent une fois enfermés peuvent durer quelques heures, plusieurs mois et jusqu’à des années. Parfois, les animaux sont « réutilisés » pour d’autres tests. Quand l’animal ne meurt pas des effets directs de la procédure, il est euthanasié. Reste que de plus en plus de pays encadrent quand même ces pratiques, par exemple en rendant l’anesthésie obligatoire ou en exerçant des contrôles des conditions de vie des animaux.

Les partisans de l’expérimentation animale avancent qu’elle a permis de grandes avancées dans la médecine (vaccins, transplantations, pontage coronarien…). Selon eux, ces bénéfices pour la santé humaine dépassent le coût en souffrance animale. Pour ces adeptes du « in vivo », les animaux ne sont les égaux de l’homme et pratiquer de tels tests sur des humains ne serait pas éthique. Autre avantage à leurs yeux, par rapport au cobaye humain, ils peuvent maîtriser totalement l’environnement de leur sujet d’étude : alimentation, température, éclairage, etc…Dernier pion avancé sur l’échiquier du débat éthique : les animaux vivent parfois bien moins longtemps, ce qui permet de réaliser des expériences portant sur toute leur vie, voire sur plusieurs générations.

Spécisme et cruauté

Les associations de protection des animaux, de leur côté, avancent presque toutes les mêmes arguments contre la vivisection. Elles mettent en question sa moralité (avons-nous le droit de faire de telles expériences ?), sa nécessité (en avons-nous besoin ?) et sa validité (ces expériences nous sont-elles apprennent-elles vraiment quelque chose d’utile ?). Pour les anti-spécistes, les animaux, dès lors qu’ils peuvent ressentir de la douleur, ont des droits similaires aux nôtres. Sur le site de l’Animal Liberation Front (ALF), on retrouve souvent cette interrogation : feriez-vous à un humain ce que vous faites à ces animaux ? Par ailleurs, dans plusieurs cas, des médicaments ou produits testés sur les animaux se sont avérés dangereux pour l’homme. Enfin, la trivialité de certains tests est aussi mise en avant, notamment lorsqu’il s’agit de cosmétiques.

Toutefois, une différence dans le mode d’action peut-être observée entre les différentes associations. L’ALF, classé comme organisation terroriste dans plusieurs pays, promeut la libération avant tout, ainsi que la destruction de matériel médical et l’intimidation de scientifiques. L’objectif ici est avant tout l’immédiateté. Des conseils figurent même sur leur site Internet pour réussir votre opération de délivrance. Les autres associations, comme 30 millions d’amis ou People for the ethical treatment of animal (Peta), travaillent plutôt dans la légalité pour atteindre leurs objectifs en encourageant et en finançant le développement des solutions alternatives. Ce sont des actions plus modérées, opérant sur le long terme, et qui ne convainquent pas les plus pugnaces.

Développer les trois ‘R’

Il existe plusieurs fondations ou instituts consacrés à la recherche de solutions alternatives aux expériences sur les animaux. Ces organismes choisissent la voix du milieu entre les partisans et les plus farouches opposants : ils ne se déclarent pas contre l’expérimentation animale, mais pour de nouvelles techniques qui la remplacent. Dans ce domaine, le plus éminent acteur est le Center for Alternatives to Animal Testing (CAAT). Il existe depuis 1981 et agit dans les domaines de la science (recherche et financement), de la collaboration (organisation de conférences pluridisciplinaires) et de la communication (au travers du site Altweb). Son travail est fondé sur le principe des trois ‘R’ : remplacement, réduction et « raffinement » (refinement en V.O).

Remplacement : dans cette catégorie, on trouve les méthodes qui remplacent l’animal, soit de manière absolue (plus aucune utilisation d’animaux) soit de manière relative (utilisation de tissus ou cellules animales). Les techniques appelées « in vitro » figurent donc dans cette catégorie. Cependant, les cellules ou tissus étudiés proviennent d’animaux tués dans ce but, il s’agit donc d’un remplacement relatif. Parmi les méthodes de remplacement absolu, il y a l’épidémiologie, les autopsies, la modélisation informatique (dite « in silico »), la peau synthétique, l’observation académique, les modèles plastiques ou encore…la prévention !

Réduction : quand le remplacement n’est pas possible (ou du moins pas encore), les scientifiques se doivent de trouver des moyens de réduire le nombre d’animaux utilisés. Il s’agit en fait d’optimiser les résultats obtenus, par exemple au moyen de statistiques sophistiquées. On peut aussi envisager la partage de résultats afin d’éviter des tests inutiles, une option que la course aux brevets ne facilite pas.

« Raffinement » : cette voie vise en quelque sorte à limiter les dégâts. Il s’agit d’améliorer la vie des animaux qui sont en laboratoire. On cherche ainsi à diminuer ou éliminer la douleur et le stress infligés. L’utilisation de techniques moins invasives (par exemple le remplacement des incisions par des ultrasons ou de l’IRM) fait partie de cette catégorie. On peut également utiliser des organismes dits inférieurs (plantes, microorganismes, invertébrés).

D’ici 2013, l’expérimentation animale pour des produits cosmétiques sera interdite en Europe. Mais avant même que cette directive ne rentre en application, certains tirent la sonnette d’alarme, craignant une délocalisation des laboratoires dans des pays moins regardants. Pourtant, l’expérimentation animale n’est pas seulement archaïque et cruelle pour les animaux, elle est aussi beaucoup plus chère à moyen terme. Si la souffrance animale n’émeut pas les dirigeants de laboratoires pharmaceutiques, cet argument devrait, lui, toucher leur corde sensible : le portefeuille.

Bientôt un robot émo ?

Les robots, étymologiquement « esclaves » en langues slaves, ont toujours fasciné les humains, qui leur prêtent volontiers des caractéristiques humaines. Si les premiers prototypes ont été développés dans un but purement utilitaire, pour assister l’Homme de la cuisine aux champs de bataille, de nombreux robots sont aujourd’hui imaginés pour lui tenir compagnie, le réconforter. On commence à entrevoir des machines qui comprennent les émotions humaines, et peut-être bientôt, auront leurs propres humeurs…

Ordinateur émotionnel

Cette nouvelle discipline, plus connue sous son nom anglais d’«affective computing», combine psychologie, informatique, neurologie et mécanique. Le but : créer des systèmes et machines capables de reconnaître, interpréter, traiter et simuler les émotions humaines. Il s’agit donc de donner le jour à des robots empathiques et émotifs.

Mais pourquoi faire, peut-on se demander ? Avant tout, il serait beaucoup plus agréable et facile d’interagir avec un tel ordinateur ou robot qu’avec les froides mécaniques dont nous disposons actuellement. Ensuite, de nombreuses applications peuvent être tirées d’une technologie émotionnelle. Rosalind Picard, scientifique au Massachussetts Institute of Technology (MIT) en a évoqués des douzaines, dont :

  • des synthétiseurs vocaux qui permettraient aux muets de parler avec une voix animée et vivante, et non ‘robotique’
  • des interviewers artificiels pour s’entraîner aux entretiens d’embauche en analysant notre langage corporel
  • des détecteurs de frustration qui indiqueraient aux industriels la facilité avec laquelle leurs produits peuvent être utilisés

De nombreux laboratoires à travers le monde travaillent à la création de logiciels et de mécanismes en ce sens. Le prestigieux MIT a ainsi présenté NEXI (photo), un robot qui peut converser avec les humains, et de réagir en fonction de leur expression faciale grâce à des senseurs et les logiciels pour les décrypter. De manière similaire, le Japon a présenté Kobian, qui lui n’est qu’une tête parlante, mais tout aussi capable d’exprimer différentes émotions à travers ses lèvres, ses paupières et ses sourcils.

Évidemment, un projet qui mobilise autant de matière grise et de billets verts soulève des critiques. Ses détracteurs avancent qu’une machine ne pourra jamais avoir de réelles émotions, et qu’elles ne seront, au mieux, que de bonnes imitations. Tels l’animal-machine décrit par Descartes, les robots n’auraient pas d’âme, et ne pourraient pas ressentir de douleur, de joie, ou de peur. Mais la thèse cartésienne sur les animaux ayant été démontée depuis longtemps, on peut penser que cette nouvelle barrière aussi sera un jour franchie.

Paro et la conscience portable

Qu’est-ce qui est universellement mignon, blanc, dodu et super délicieux pour un ours ? Un bébé phoque, of course ! C’est donc sur le modèle de cet animal super cute que le scientifique Takanori Shibata a conçu son robot animal de compagnie interactif. Dans un article du New York Times, on découvre le fonctionnement de ce petit bout de fourrure appelé Paro. « Il babille et remue quand on le caresse, cligne des yeux quand la luminosité augmente, ouvre les yeux aux bruits forts et glapit quand on le manipule trop rudement ou qu’on le tient la tête en bas. […] Il se redresse quand il entend son nom, des félicitations ou, après un temps, des mots qu’il reconnaît ».

Sur le modèle de la pet-therapy (thérapie avec les animaux), mais sans risque d’allergie ni besoin de soins, Paro est surtout utilisé avec les personnes souffrant d’Alzheimer, ou juste de solitude, dans les maisons de retraites et les hôpitaux. Les résultats se sont montrés très encourageants, car même lorsque les patients savent parfaitement que Paro n’est pas un vrai animal, ils s’y attachent et celui-ci leur apporte un grand réconfort. Pourtant certains psychologues redoutent que, par paresse ou facilité, ces compagnons robotiques ne soient substitués automatiquement à une présence humaine (membre de la famille ou ami). Ils craignent un monde où seuls les plus méritants ou les plus fortunés auront droit à une « vraie » présence.

Dans cette même lignée, à la fois utilitaire et interactive, l’Institut National sur l’Abus des Drogues aux États-Unis est en train de développer un détecteur d’émotion pour aider les anciens accros. Les volontaires pour tester cette « conscience portable » Fourniront des informations comme les lieux ou les personnes qui déclenchent un manque et feront une sélection de messages pour les dissuader de replonger (encouragements, photos de famille…). Le dispositif se présentera sous la forme d’un bracelet équipé de senseurs, d’un GPS et d’algorithmes lui permettant d’envoyer un message SMS lorsqu’un lieu ou une personne critique est proche, ou quand il analyse un changement émotionnel inhabituel.

C’est encore dans le New York Times que l’on trouve cette chronique assez incroyable : la première interview d’un robot interactif, Bina48, par une journaliste, bien humaine, elle. Entre malentendus du au capteur sonore de la machine et incompréhension, des moments d’une humanité surprenante surgissent. Bina rêve, « mais c’est tellement chaotique et étrange que ça me semble être juste du bruit », elle blague aussi. Et quand la journaliste lui demande ce que ça fait d’être un robot, elle répond doucement « Eh bien, Je n’ai jamais été autre chose ». Il reste beaucoup de progrès à faire, bien sur, mais toutes ces avancées rouvrent les portes de notre imaginaire et réveille l’enfant en nous qui a un jour voulu un ami robot…