Beauté : la promesse du bonheur

Miroir, miroir, dis-moi qui est la plus belle ? Cette réplique de Blanche-Neige, toutes les filles (et quelques garçons !) la posent un jour ou l’autre à leur reflet, avec comme réponse quasi inévitable : ben…pas moi ! Le magazine Philosophie du mois de juin, dans son dossier spécial, pose une autre question : « Qu’est ce qu’être beau ? ». Depuis la seconde moitié du XXème siècle, le physique a pris une place prépondérante dans nos interactions sociales, professionnelles, et amoureuses. Comment en sommes nous arrivés à ce nombrilisme superficiel et tyrannique, et qu’est-ce que la beauté à l’heure du tout photoshopé, où les icônes de papier glacé remplacent celles des temples ?

Libération, aliénation

Pour de nombreux historiens, le début du ‘culte du corps’ se situe dans les années 1960. La fin de cette décennie riche en changements sociaux, culturels et politiques à travers le monde voit décliner les grandes idéologies, au profit de l’individualisme roi. L’augmentation du ‘temps pour soi’, et le matraquage des nouveaux critères de beauté par le cinéma ou la publicité font du modelage du corps une priorité. Désormais, il faut être mince. Diététique et gymnastique deviennent les maîtres mots d’une industrie de la beauté déjà florissante.

Cette tendance se poursuit dans les années 70, puis la décade suivante, c’est le muscle obtenu dans la souffrance qui est de rigueur. Associé à la notion de forme et de santé, il fait partie de l’attirail de la working girl au même titre que les épaulettes et la permanente qui font d’elle une femme forte et indépendante. Mais dès le milieu des années 80, la hype sadique des biscotos décline. Les golden boys ont fait faillite, le chômage guette, c’est le retour des valeurs solidaires et familiales.

N’empêche que désormais, « l’idée d’un corps susceptible de transformation sans fin 1» est bien ancrée dans les esprits, où elle perdure jusqu’à maintenant. Même si les modèles connaissent des variations (la garçonne des années 20, les plantureuses pin-up des fifties, les incroyables hybrides d’aujourd’hui) une norme unique est toujours imposée, loin de la diversité réelle. Le corps est aussi devenu esclave de notre société qui exige performance, discipline, productivité et compétition. On déclare la guerre aux rides, aux bourrelets, et aux poils et on remplit les poches des industries de la beauté pour atteindre un idéal qu’elles nous ont inculqué…

Souffrance, amour ou oubli de soi ?

Philosophie a invité de nombreux penseurs à réfléchir et s’exprimer autour de la question « Qu’est-ce qu’être beau ? ». Trois hypothèses sont développées.

La première associe la beauté avec la douleur. Pour atteindre des canons presque impossibles, il ne s’agirait que de volonté, celle de s’affamer, de trimer des heures durant sur des machines ou d’endurer anesthésie générale, bleus et cicatrices. A ceci, on peut ajouter une autre souffrance, psychologique cette fois, qui amène à ces recours extrêmes. Un sentiment généralisé d’inadéquation, qui touche désormais les hommes comme les femmes, même si ces dernières subissent plus encore la pression du regard des autres, de leur propre regard aussi.

Seconde voie de réflexion : l’amour rendrait beau. Dans cette approche, la beauté n’est plus simple plastique, puisqu’on voit dans l’amant, l’enfant ou la mère bien plus que son enveloppe corporelle. Notre vision englobe alors les idées et souvenirs que l’on partage, les projets en commun, la personnalité que l’on connaît derrière le visage et le corps. Il est vrai qu’on dit souvent que la personne aimée et qui aime est rayonnante. D’un point de vue plus prosaïque, c’est aussi parce qu’être aimé, c’est être « validé », ce qui permet d’avoir plus confiance en soi. Alors, les épaules droites et la tête relevée, on a tout de suite plus de prestance.

Le dernier postulat c’est que pour être beau, il faut s’oublier. Le plus beau des éphèbes serait à la merci de ce travers humain : la conscience de soi. S’appuyant sur les pensées des romantiques, mais aussi sur de nombreuses philosophies orientales, l’auteur explique ici qu’il faut accéder à la spontanéité. Paradoxalement, ce serait en s’entraînant et en se connaissant, que l’on pourrait oublier de penser à ce que l’on est pour se contenter d’être, gracieusement. « Un corps mal bâti peut devenir beau lorsqu’il danse, un visage difforme peut-être transfiguré quand il sourit. 2»

Quelques faits à méditer pour relativiser…

Selon des statistiques récentes, 85 % des jeunes filles n’aiment pas leur apparence…
Si Barbie, symbole de la bimbo, était une vraie femme d’1m77, ses mensurations seraient 85-46-73 et elle devrait marcher à quatre pattes car elle ne tiendrait pas debout.
La femme moyenne pèse 66 kilos.
Il y a vingt ans, les mannequins pesaient 8 kilos de moins que la femme moyenne. Aujourd’hui elles pèsent 23 kilos de moins.
Dove, une marque qui veut briser la loi de la beauté unique avec le Fonds pour l’estime de soi et cette vidéo:

7 ans, l’âge de raison…et de la puberté ? ou le phénomène minipouffes expliqué par la science

Depuis quelques années, on a tous constaté autour de nous un nouveau phénomène que j’appellerai les minipouffes. Des gamines qui nous arrivent à peine au genou et portent déjà des strings « comme les grandes ». Des rase-moquettes aux lèvres gluantes de gloss à la framboise ou des Suri Cruise en talons dès 3 ans. Une étude américaine publiée ce lundi dans le magazine Pediatrics pourrait contribuer à expliquer l’avènement de ces gourgandines en herbe. Elle montre en effet une baisse de l’âge du début de la puberté chez les petites filles aux États-Unis, une tendance que l’on retrouve dans la plupart des pays occidentaux. Les causes de cette puberté précoce ne font pas l’unanimité, et les risques sont encore mal connus.

De plus en plus jeunes

Plusieurs scientifiques de différentes régions des USA ont collaboré à ces recherches, pour lesquelles 1239 fillettes de 6 à 8 ans ont été suivies pendant plusieurs années. Résultat : il est de plus en plus fréquent que les seins apparaissent dès 7 ou 8 ans. Ainsi, à 7 ans, près de 17% des filles présentaient suffisamment de poitrine pour que cela soit considéré comme le début de leur puberté. Un an de plus et le taux passe à plus de 30%. Les petites afro-américaines et hispaniques auraient tendance à se développer plus vite, une différence que ne s’expliquent pas les chercheurs. Cette étude fait écho à une autre recherche similaire publiée en 1997, et qui avait révolutionné les dogmes médicaux, constatant déjà une maturation sexuelle plus prématurée que ce que laissaient penser les textes existants. Mais en un peu plus de dix ans, le nombre de puberté précoces a pratiquement doublé. Pourquoi ?

Obésité et produits chimiques

La première hypothèse des médecins pour expliquer cette évolution est l’influence du surpoids et de l’obésité, et plus particulièrement la surabondance de tissus adipeux. En effet, les cellules du « gras » contiennent des œstrogènes, les hormones qui participent au déclenchement de la puberté. Cependant, une étude danoise publiée dans le même Pediatrics l’année dernière aurait montré qu’il s’agirait plus d’un problème de mode de vie que d’indice de masse corporelle. Manger plus gras, plus sucré, faire moins de sport et être exposé à des perturbateurs endocriniens dans les plastiques ou produits de soin, voilà des facteurs qui, combinés, expliqueraient cette baisse de l’âge pubère. Plusieurs substances en particulier sont soupçonnées de contribuer à un dérèglement hormonal : les phtalates (composants plastique), les phénols (souvent présents dans les produits de beauté), les phytoestrogènes (utilisés pour lutter contre les effets de la ménopause), certains pesticides, mais aussi les hormones de croissances et les stéroïdes.

Risques physiques et psychologiques

Les risques de ces pubertés précoces sont encore mal connus, du fait de la relative nouveauté du phénomène. Les associations de lutte contre le cancer du sein craignent qu’une exposition plus longue du corps aux hormones accroisse le risque d’apparition de la maladie une fois les filles devenues adultes. Un taux plus élevé de cancers de l’utérus serait aussi à craindre, pour les mêmes raisons. Cependant aucun chiffre ne vient pour le moment confirmer ces inquiétudes. En revanche, les séquelles socio-psychologiques d’un développement sexuel prématuré sont notoires. Les filles très en avance dans l’apparition de la puberté ont fréquemment une estime de soi plutôt basse, des troubles de l’alimentation, et des difficultés scolaires. Certains scientifiques affirment même qu’elles auraient une tendance au dessus de la moyenne aux grossesse précoces et tentatives de suicides, et qu’elles seraient plus susceptibles d’être victimes de violences physiques et sexuelles. Précisons toutefois que ces théories ne font pas l’unanimité, et qu’il n’existe pas encore de base de données suffisante pour les valider ou les réfuter.

Les enfants suivies à travers les États-Unis resteront sous l’œil attentif des chercheurs les cinq prochaines années, notamment pour tenter de déterminer les causes exactes de leur maturation précoce. Des tests dans le sang et les urines devraient aider à connaître la part de responsabilités des perturbateurs endocriniens présents dans l’environnement et les produits de consommation. Reste qu’encore une fois, le mode de vie occidental est pointé du doigt. En effet, manger de manière plus saine et pratiquer une activité physique régulière permettrait certainement de réduire le nombre de pubertés précoces.

Faites-vous peur aux femmes ?

Après avoir parcouru hier le test absolument grandiose fourni par L’Express aux femmes hétérosexuelles en mal de mâles (c’est ici, féministes de tous poils, tenez vous bien à vos souris, ça dépote !) je me suis dit qu’une frange non négligeable de la population était laissée de côté par cette analyse dont la finesse n’a d’égale que la pertinence (tu la sens ma grosse ironie ?). Il était donc temps de faire un test destiné aux hommes qui aiment les femmes, puisque, comme L’Express je ne conçois pas de relation sexuelle/amoureuse autre qu’hétéro (pouah !).

Je reprends : tu es un homme équipé d’un zizi ? Tu aimes les femmes non équipées d’un zizi ? Mais des fois, malgré ton romantisme qui fleure bon la Kronenbourg tiède, tu te sens rejeté, comme si ces demoiselles te fuyaient ? Tu te poses des questions sur ton sex-appeal et ton comportement relationnel ? Ce test est pour toi!

Question 1

C’est ton premier rendez-vous avec Marie-Cunégonde, la jolie brune rencontrée à Dunkerque (ouais, je vends du rêve), que prévois-tu pour l’épater ?

♥ Je lui achète des fleurs, les filles ça aime les fleurs.
♦ Je l’amène au resto et je surveille qu’elle ne bouffe pas trop, j’aime pas les grosses.
♣ Pour la surprendre, je l’attrape par derrière, lui mets un sac sur la tête et l’amène en forêt.
♠ Je lui demande ce qu’elle aimerait faire (match de boxe ? surf sur un pingouin ?)

Question 2

Cela fait quelques jours que Marie-Cunégonde ne répond pas à tes appels malgré un premier rendez-vous que tu as trouvé réussi, que fais-tu ?

♥ Je lui écris un poème en langage SMS pour faire lover mais hi-tech quand même.
♦ Je lui demande le numéro de sa petite sœur par texto.
♣ Je l’attends, planqué en bas de chez elle et je la suis pour voir ce qu’elle me cache.
♠ Je la rappelle pour lui demander si elle a passé une bonne soirée.

Question 3

Finalement Marie-Cunégonde, un peu réticente au début, consent à te recevoir dans sa culotte chez elle. Quelle attitude adoptes-tu ?

♥ J’achète des pétales de rose à mettre sur le lit de notre amour et des bougies (les filles aiment les bougies).
♦ Je débarque avec un ami et lui propose direct un plan à trois. Elle va prendre cher la coquine.
♣ Je lui demande ce qu’elle pense de la zoophilie après l’apéro, histoire d’être fixé.
♠ J’essaye de lui faire plaisir sans m’oublier, échange de bons procédés

Résulats :

Si tu as une majorité de ♥

Tu fais peur aux princesses Disney repenties. Désolée de te décevoir, les femmes font caca, et certaines sont même imperméables au romantisme au point de fuir à grandes enjambées à la vue d’un bouquet de roses rouges. Mais pas toutes. Continue, ça peut marcher.

Si tu as une majorité de ♦

Tu fais peur aux femmes, oui…Normal, tu te comportes comme un vrai goujat. Ne perd pas espoir pour autant, il y a des milliers de femmes qui se targuent d’aimer les connards : elles sont pour toi !

Si tu as une majorité de ♣

Tu fais peur aux femmes… mais aussi aux hommes, aux animaux et aux plantes. Moitié psychopathe moitié stalker, il faut consulter !

Si tu as une majorité de ♠

Salut grand fou… mon numéro de tel c’est le …

Transsexuel(le)s la vie entre transcendance et transgression

Depuis février 2010, la transidentité1 ou « transsexualisme » (ou encore dysphorie de genre) a officiellement été retirée de la liste des affections psychiatriques de longue durée. Mais la « dépsychiatrisation » annoncée par le ministère de la Santé n’a pas vraiment eu lieu, puisqu’un diagnostic et un suivi très longs sont toujours imposés aux trans’. De la souffrance initiale d’être né(e) dans le mauvais corps au long parcours de mise en adéquation de ce corps avec sa personne, il y a aussi les humiliations, les violences physiques et psychologiques, l’incompréhension et le jugement dans les regards.

Transidentité

Même au 21ème siècle, certains préjugés ont la peau dure. Et quel sujet plus apte à réveiller les clichés que celui des transsexuels ? Par exemple, les amalgames entre transsexuel(le)s, homosexuel(le)s et travesti(e)s sont monnaie courante. Pourtant, la transidentité n’a rien à voir avec l’orientation sexuelle. Un homme devenu femme (ou femme née homme), se considèrera hétérosexuelle si elle est attirée par les hommes ou lesbienne si elle est attirée par les femmes. Quant au travestissement, il relève plus souvent du fantasme que de la volonté de changer de sexe.

Autre préconception, on pense presque exclusivement aux MtF (Male to Female) ou femmes nées hommes, et rarement à l’inverse, ces hommes emprisonnés dans des formes féminines. En fait, il existe autant d’identités transgenres que de personnes, avec des choix de parcours et de mots très variés. Que ce soient les MtF ou les FtM (Female to Male), certains choisissent de ne prendre que des hormones, alors que d’autres décident de se faire opérer. Et même parmi celles et ceux qui passent sur le billard, la chirurgie de réattribution sexuelle complète n’est pas systématique. D’autant que, pour les FtM, les opérations ne sont pas encore très perfectionnées, et la peur (compréhensible !)d’avoir un sexe insensible ou non fonctionnel est bien présente.

Troisième sexe ?

La plupart des trans’ souhaitent être reconnu(e)s dans leur identité ressentie et désirée), par leur entourage comme par l’administration. Le changement de prénom et de pronom est alors essentiel à leur épanouissement. Mais d’autres aiment jouer de leur ambiguïté, se plaisant à se décrire comme intersexuel(le)s, intersexué(e)s voire hermaphrodites. Ces derniers remettent souvent en question la classification binaire classique, qui veut que l’on soit homme ou femme, sans interconnexion ou nuance possible. De la même manière que les comportements genrés ont été remis en question par le féminisme, les genres eux-mêmes sont ici interrogés et on évoque un possible troisième sexe.

Ainsi, Anneric témoigne sur le site syndrome de benjamin : « je ne me définis pas comme transsexuelle, parce que je ne me sens pas femme intégrale ». Il/elle raconte son parcours chaotique qui passe par une phase punk (« ça c’est viril tout plein ! »), puis la rue, et la vie en squat, qui contribuer à la politiser. « le problème des rapports genrés devint un des thèmes centraux de la vie quotidienne ». Entre deux identités, il/elle explique « D’un côté j’étais le sale mec, condamné par mes amies féministes radicales au péché originel, d’être né et d’avoir vécu comme un mâle dominant, de l’autre j’étais condamnée par le reste du monde à n’être qu’une pédale, une pute, un travelo. » Mais après des années de quête identitaire, Anneric se trouve : « Je ne suis ni garçille, ni farçon, je suis un-e phoemme, bien dans sa peau. »

Trans’ en France

Selon les associations, il y aurait en France environ 50 000 personnes transgenres. La procédure pour changer de sexe est extrêmement longue et se déroule généralement de la manière suivante. La personne rencontre une équipe médicale pluridisciplinaire qui établit un diagnostic. Une fois cette première étape franchie, un traitement par hormonosubstitution peut commencer. Il existe un délai de deux ans minimum entre la prise en charge et l’opération si elle a lieu. Durant ce laps de temps, la personne est censée vivre dans « le rôle du sexe désiré dans les activités quotidiennes sociales et professionnelles ». Et pendant cette période, un suivi psychiatrique est obligatoire et le statut juridique complètement flou.

Le changement d’état civil ne peut se faire qu’une fois l’opération chirurgicale qui aboutit à une stérilisation (vaginoplastie ou hystérectomie) effectuée. Pour pouvoir prétendre à une opération de réassignation sexuelle, les personnes mariées doivent obligatoirement divorcer. Ces deux pré-requis constituent aux yeux des associations de graves violations des droits fondamentaux des personnes concernées. A cette discrimination systémique s’ajoutent le mépris, les rejets, la difficulté d’accession à l’emploi et au logement, et une exposition à la violence très au-dessus de la normale. Ce qui expliquerait surement pourquoi 36% des répondants à une enquête sur les jeunes trans et transgenres déclarent avoir tenté de se suicider…Même si 98% se sentent mieux une fois le parcours de transition de genre commencé.

Pauvres de France

Alors qu’aux États-Unis, l’écart entre les plus pauvres et les plus riches continue de se creuser, une étude de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) propose un état des lieux de la pauvreté en France. Ce sont les chiffres datant de 2008 qui y sont analysés pour arriver à ce constat : 7.8 millions de français vivraient en dessous du seuil de pauvreté, fixé à 949 euros mensuels. Parmi eux, la moitié aurait un niveau de vie inférieur à 773 euros par mois. Nouveaux riches, anciens pauvres et vice-versa…

Définir la pauvreté

Ce qu’il faut d’abord savoir, concernant les résultats présentés par l’Insee, c’est qu’ils traitent uniquement de pauvreté monétaire. Or, si l’on en croit le tout puissant Wikipedia, ce n’est pas seulement ça, la pauvreté : « La pauvreté est l’insuffisance de ressources matérielles, comme la nourriture, l’accès à l’eau potable, les vêtements, le logement, et des conditions de vie en général, mais également de ressources intangibles comme l’accès à l’éducation, l’exercice d’une activité valorisante, le respect reçu des autres citoyens. ».

Ensuite, les calculs de l’Institut concernent ce qui est appelé le niveau de vie, c’est à dire le revenu total dont dispose un ménage (y compris les prestations sociales) moins les impôts directs, en tenant compte du nombre de personnes dudit ménage. D’autre part, certaines évolutions récentes peuvent ne pas transparaître, les chiffres datant d’il y a deux ans, c’est à dire tout au début de la crise économique.

L’étude montre un revenu médian de 19 000 euros par an, soit 1580 euros par mois. La moitié des français vivent en dessous de ce niveau, et l’autre moitié au dessus. Le seuil de pauvreté correspond à 60% de ce revenu médian qui augmente depuis des années, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Chose frappante, malgré un profond ressenti d’iniquité, les disparités entre les couches les plus riches et les plus précaires semblent stagner aux alentours de 3 depuis quinze ans.

Concernant les catégories de la population les plus touchées, ce sont les familles monoparentales qui sont heurtées de plein fouet par la précarité. Il s’agit le plus souvent d’une femme seule avec un ou plusieurs enfants, et un tiers d’entre elles vit en dessous du seuil de pauvreté. D’un point de vue géographique, l’Ile de France a la particularité d’être la région la plus riche du pays, mais aussi celle où on trouve les plus fortes inégalités.

Pour compléter les données communiquées par l’Insee, il est bon de se référer aussi au rapport 2009/ 2010 de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES). Celui-ci relève des tendances dans la paupérisation, notamment l’augmentation du nombre de chômeurs non indemnisés et de dossiers de surendettement, ou encore l’explosion des sollicitations auprès des associations d’aide alimentaire.

Augmenter les minima ou instaurer un maximum ?

Pour lutter contre les inégalités et la pauvreté, l’idée d’un salaire minimum européen a été soulevée à plusieurs reprises par des organisations syndicales ou des partis politiques à travers l’Union. Mais le salaire minimum interprofessionnel, qui, pour les français, est un acquis de longue date (le premier SMIG ayant été fixé en 1950) est absent de plusieurs pays européens. Ainsi, l’Allemagne, la Suède ou la Finlande ne l’ont pas mis en place. Cette question se voit donc systématiquement récusée au nom de la sacrosainte compétitivité. Une uniformisation des salaires les plus bas semble donc impossible à mettre en œuvre au sein de l’Europe. Comment, alors, diminuer les inégalités qui sont parfois flagrantes ?

En prenant le problème dans l’autre sens, on peut se demander si les disparités ne pourraient pas être atténuées en limitant les revenus des dirigeants. N’ayons pas peur des mots : est-il envisageable d’instaurer un salaire maximum européen ? Et si oui, à quel niveau devrait-on fixer ce maximum ? Ce sont des questions qui, elles aussi, reviennent périodiquement sur le devant de la scène, sans toutefois qu’une réponse y ait été apportée à ce jour. Les partisans d’une telle mesure ne prétendent pas qu’elle solutionnerait tous les problèmes. Néanmoins, sa portée symbolique permettrait peut-être un plus grand sens de la justice sociale. Actuellement, un patron du CAC 40 gagne en moyenne, en un an, 366 ans de SMIC. Un calcul plutôt décou/rageant qui tend à décrédibiliser la notion de mérite et la valeur du travail.

Pour certains, c’est un salaire maximum qu’il faut mettre en place, avec une valeur indexée sur celle du salaire minimum. Mais alors par combien doit-on multiplier ? Par trois pour Olivier Besancenot, par dix selon Yves Cochet chez les Verts et par…240 pour la société de conseil aux actionnaires Proxinvest (soit une limite à plus de 3.5 millions d’euros par an) ! D’autres pensent que cela ne suffirait pas, puisqu’il serait encore possible de gagner des sommes astronomiques grâce à des bonus ou des primes. Alors, comme le suggérait Marianne en 2009, la solution serait-elle de taxer les très hauts revenus à hauteur de 80 ou 90% au-delà d’un certain niveau ?

Mère ? Non merci

« Un enfant quand je veux, si je veux », ce slogan féministe des années 70 peut paraître obsolète aujourd’hui. Après tout, les femmes ont obtenu le droit à la contraception orale et à l’avortement… Plusieurs décennies ont passé, et nous avons maintenant les deux pieds bien ancrés dans un XXIème siècle que l’on veut croire empreint de modernité. Mais celles qui choisissent de ne pas faire d’enfant continuent d’être stigmatisées, soupçonnées d’un défaut de fabrication ou d’un égoïsme intrinsèque. Onze femmes entre 25 et 32 ans ont accepté de répondre à mes questions concernant leur volonté de ne pas devenir mères.

Pluri-elles

À travers les témoignages de Julie P., Funambuline, Marie-Amria Cressot, Carine, Aurélie Denne, Magali, M’dame Jo, Julie D., Florence, Hélène et Marie, vous découvrirez que ces femmes sont toutes très différentes, leur seul point commun étant leur désir de rester nullipares. Impossible donc de prétendre dresser un portrait robot de « la femme qui ne veut pas d’enfants ».

Dès la première question, un coup est asséné au prêt-à-penser, qui voudrait que seules les « vieilles filles » choisissent de ne pas faire d’enfants, plus par dépit que par volonté. La plupart de ces jeunes femmes sont en couple (8 sur 11), dont trois sont mariées ou pacsées.

Il a été observé que plus les femmes font d’études supérieures, moins elles font d’enfant. Quant à mes témoins, elles sont salariées du secteur social, documentalistes, masseuses, webdesigners, ingénieures, journalistes, cadres supérieures, graphistes ou travaillent dans l’évènementiel, et une d’entre elles se réoriente dans l’humanitaire (aurait-elle un cœur, alors ?incroyable !).

Si quelques unes trouvent les enfants inintéressants, voire pénibles (et qui ne l’a jamais pensé ?), Funambuline tord le cou aux idées reçues puisqu’elle dit adorer les enfants, et être pour ses neveux « une vraie tata gâteau ».

Un choix ou une « non-envie viscérale » ?

Si certaines arrivent à déterminer le moment où elles ont pris la décision de ne pas procréer, ou le cheminement qui les y a menées, d’autres estiment que leur intention vient des tripes, comme pour d’autres celle d’enfanter.

Funambuline explique « Je n’ai jamais pris cette décision pour la simple et bonne raison que ce n’est pas une décision, ni un choix réfléchi ou conscient. C’est une non-envie viscérale. […] c’est pareil et tout autant non-réfléchi qu’un désir d’enfant ». Pour Magali non plus « ce n’est pas un choix mais un état de fait (comme être gaucher, ou gay). Un manque total d’envie, tout simplement ». Aurélie non plus n’a jamais eu « un quelconque désir de maternité. Ni une aversion. Je ressentais davantage un désintérêt (‘c’est pour les autres’) ».

M’dame Jo (« ce n’est pas plus rationnel qu’une envie de chocolat »), Hélène, Marie et Julie P. rejoignent toutes ces propos : elles n’ont jamais eu envie de pouponner, voilà tout. Mais même celles qui se sentent instinctivement « non-mères » avancent souvent de nombreux arguments en faveur de leur mode de vie « childfree ».

Economie, liberté, écologie…

La raison invoquée le plus fréquemment par les témoins pour ne pas faire d’enfant, c’est la situation socio-économique présente et à venir. Sept des femmes qui m’ont répondu ont cité ce critère comme déterminant. D’une part mettre un enfant au monde aujourd’hui, c’est l’exposer à un avenir probablement précaire. D’autre part, toutes ne sont pas sûres qu’elles pourraient assurer à un enfant des conditions de vie sinon confortables, du moins suffisantes. Car un enfant, Corinne Maier le disait déjà dans son livre « No Kid, 40 raisons de ne pas avoir d’enfants », coûte plus cher qu’une voiture dernier cri, qu’une croisière autour du monde ou qu’un deux pièces à Paris !

Sur la deuxième marche du podium, l’écologie et la liberté sont ex-æquo avec cinq mentions chacune.

L’écologie semble, comme l’économie, être une double préoccupation. D’abord, le réchauffement climatique fait peur, on ne sait pas dans quel état sera la planète dans 10 ou 20 ans. Ensuite, le fait d’amener un nouvel être sur Terre, notamment en Occident, revient à offrir au monde un nouveau petit pollueur. Quand on sait qu’en 2004, chaque citoyen européen produisait 520 kilos de déchets par an, on peut penser que chaque non-mère offre un peu de répit à la Terre.

La liberté, l’indépendance, l’absence de contraintes, voilà des avantages qui tendent à disparaître à l’arrivée d’un enfant. La mère qui n’a pas les moyens de s’offrir une aide à temps plein se voit réduite en esclavage, répondant aux moindres attentes de son enfant. Finies aussi les sorties improvisées, les grasses matinées, les longs voyages à la dernière minute… « A quoi bon avoir un enfant si c’est pour lui reprocher de me priver de ma liberté, de mon indépendance, de ma spontanéité ? » se demande par exemple Aurélie.

Les aspects physiologiques de la grossesse et de l’accouchement (douleur, fatigue, « une scène d’Alien » pour Magali), la carrière et les doutes sur la capacité à être une « bonne mère » sont également des raisons citées plusieurs fois par les témoins.

Pression sociale

Parmi les questions que j’ai posées à toutes ces femmes, celle de l’anonymat dans cet article a amené des réparties intéressantes. Ainsi, seules Marie-Amria et Aurélie n’ont pas souhaité que leur nom soit tronqué. La première parce qu’elle « assume et ne risque rien », la seconde pour « lever, à [sa] petite échelle, ce « tabou » ». Plusieurs souhaitent préserver leur vie privée de l’omniscient Google, mais quatre autres ont précisé qu’elles craignaient une certaine pression sociale, d’avoir à se justifier auprès d’inconnus voire que cela leur porte préjudice pour un prochain emploi.

Car, à l’exception de Florence qui n’a « pas de remarque désobligeante à déplorer pour le moment », toutes ont eu un droit à un florilège d’agressions, souvent en provenance de parfaits inconnus. Plus de la moitié ont été taxées d’égoïsme pour leur choix de vie, comme si faire un enfant pour sauver un couple ou se retrouver dans les traits d’un mini-moi était une preuve d’altruisme exacerbé. D’autres épithètes peu flatteuses sont également fréquentes telles « vieille fille », « aigrie », « triste », « anormale » et même « monstrueuse ».

Autre assertion que six des témoins ont entendue de manière récurrente « Tu changeras d’avis ». Vous avez bien lu, pas de point d’interrogation, c’est une certitude. Parfois associée à l’évocation de la fameuse horloge biologique, cette affirmation présomptueuse agace plus qu’elle ne blesse. Doit-on comprendre que les femmes ne sont que des utérus en attente d’utilisation ? Des pondeuses en puissance prête à se déclencher sur commande d’une bombe à retardement ovarienne ?

La pression sociale et familiale est telle qu’Aurélie dit avoir un instant pensé à céder, juste pour y échapper.

Il y a 61 ans, Simone de Beauvoir écrivait « Le Deuxième Sexe », une réflexion sur la place de la femme dans la société. L’une des idées qu’elle exposait était celle-ci : l’individualité de la femme est combattue par l’intérêt de l’espèce. Au vu des témoignages que j’ai reçu, force est de constater que cette rixe n’est pas terminée. On pardonne rarement à une femme de vouloir être « juste » elle, en tant que personne. On n’admet pas que des projets créatifs, amoureux ou professionnels puissent être source d’épanouissement pour les femmes. Pourquoi ? Parce que ce mode de vie est minoritaire et donc…différent. Différent, le voilà le gros mot, celui qui donne le droit d’ostraciser celles qu’on ne comprend pas, qu’on ne connaît pas.