Inte(g)risti à risque

Inter Milan’s forward Mario Balotelli (L) reacts with teammate and defender Davide Santone after scoring against Palermo during their Italian Serie A football match between Inter Milan and Palermo at San Siro Stadium, on March 11, 2009 in Milan. Football players of Inter and Palermo observed a minute of silence to pay tribute to the April 6 earthquake’s vicitms prior their match. Monday’s earthquake in central Italy killed at least 291 people, destroyed some 10,000 buildings and left 40,000 people homeless. AFP PHOTO/ DAMIEN MEYER (Photo credit should read DAMIEN MEYER/AFP/Getty Images)

En Italie, on aime le foot. On aime le ballon, les équipes, les stades, les maillots et les joueurs. En Italie, une des premières questions que l’on pose à quelqu’un que l’on rencontre après son prénom et son âge est « che squadra tieni » (quelle est ton équipe préférée) histoire de savoir un peu de quel bois ça se chauffe.

A l’heure de la mondialisation du sport, il est évident que la mixité ethnique au sein des clubs est changée. Beaucoup de joueurs sont recrutés par des clubs hors des frontières de leur nation d’origine. C’est d’ailleurs un facteur qui tend à améliorer le niveau des rencontres internationales et qui pourrait être à l’origine de la fameuse sentence : « aujourd’hui, il n’y a plus de petites équipes ». Si je ne me trompe pas, on avait même fait une loi en France pour interdire qu’il y ait « trop » de joueurs « étrangers » dans un club français.

En Italie, la plupart du temps, cette question de quota est respectée naturellement. Les italiens aiment que leurs clubs de foot représentent la nation par les patronymes et la couleur de peau des joueurs (les argentins, de ce point de vue, bénéficient d’une sorte de laissez-passer). L’Inter de Milan déroge clairement à la règle avec un entraîneur portugais, 5 recrues italiennes seulement cette saison, dont un noir en plus. Je dis « en plus » parce que pour un italien de l’Italie profonde, comme pour un Georges Frêche ici, on ne peut pas vraiment être noir et italien en même temps, ça paraît évident.

Le 23 mai dernier, comme le monde entier le sait, l’Inter de Milan a remporté la finale de la Champion’s league, réalisant ainsi le prestigieux triplé coupe – championnat – champion’s league. Alors qu’ils fêtaient ensemble la victoire dans un bar, un « intériste » (c’est ainsi qu’on nomme les supporters de l’Inter de Milan) a lancé la fatidique « l’Inter ne représente pas l’Italie ». Ses camarades de stade et de beuverie l’ont tué à coups de couteau. Il était 6h du matin.

On peut l’imaginer, cette scène. On peut remonter intérieurement le chemin de cette soirée qui a conduit de l’euphorie d’un match assez tranquille, la gaieté montant tranquillement, en passant par les premiers cris de joie au coup de sifflet final, pour aller jusqu’aux franches accolades viriles mais déjà libidineuses des types ivres dans les bars de la ville et enfin à l’alcool mauvais. On peut refaire la dégringolade des remarques footballistiques sur la pente politique. Mais le geste qui donne la mort en réponse à une phrase qui sonne comme un constat, on a du mal à se l’expliquer.

Je ne fournirai pour ma part aucune explication, si ce n’est celle-ci, toute fantasmée et enveloppée de sucre philosophique en poudre car fondée sur un paradoxe. Cet homme a été tué à cause d’une trop grande tension intellectuelle naissant dans les cerveaux des supporters bien abreuvés. Mais l’alcool n’y est pour rien. Nous admettrons que tous ces supporters avaient en commun une forme de chauvinisme bon train qui est l’apanage du supporter de foot. Tout le monde sait que critiquer le club supporté – et pire encore la nation – est attaquer quelqu’un en son fort le plus intérieur, en l’enceinte même du stade de son âme d’être à l’identité définie.

Et nous déduirons donc le paradoxe suivant : Reconnaître que l’Inter de Milan ne représente pas la nation italienne c’est désavouer sa propre identité culturelle locale, sa raison de vivre première de tiffoso. C’est aimer des « métèques ». L’inter serait donc une insulte à l’Italie italienne du foot italien. Reconnaître la phrase comme vraie reviendrait à désenclaver l’Inter ou pire, considérer que c’est la nation qui est une insulte au club. De ce télescopage mental de drapeaux contenant pourtant des nuances d’une couleur appelée « bleu » dans les deux cas est née la solution définitive. Les lames ont tranché la question, le sang a coulé sur le sol nerazzuro.

Durant cette même nuit, d’autres italiens ont profité de la folie du tiffoso, sachant sans doute que les carabinieri sont friands de distraction à base de ballon rond, d’écran plat et de breuvages alcolisés, en cambriolant une banque : furbi !

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