La revanche des geeks

Ils ont longtemps été victimes de leur manque de sociabilité, de leur désintérêt des codes vestimentaires «cool» (baskets Airmoux, sac Westpack, etc. .). On s’est moqué d’eux, les traitant d’«intellos» (Bouh ! La honte ! Il a un cerveau !). Mais le temps de la revanche est venu. Pas la peine de courir ils sont déjà là, partout. Beaucoup ont délaissé leur uniforme de pull jacquard, pantalon sous les aisselles et lunettes culs de bouteilles pour mieux se mêler à nous… Les geeks reprennent le dessus. Tremblez terreurs des cours de récré, ils connaissent peut-être votre IP !

Freaks

Avant tout: qu’est-ce qu’un geek? A l’origine, ce mot viendrait de l’allemand «geck» et du hollandais «gek», qui signifient tous deux un «fou». Dès le XVIIIème siècle, des «gecken» sont exhibés par les foires ambulantes. Il s’agit alors de personnes souffrant de déformations physiques, ou d’un handicap étrange. Ce phénomène part d’Europe puis atteint les Etats-Unis, où les personnes présentées sont aussi appelées «freaks», «chaînon manquant» ou «homme sauvage». Par élargissement le terme sera peu à peu utilisé pour tous les gens excentriques, étranges, différents.

Avec l’essor des nouvelles technologies dans la seconde moitié du XXème siècle, le mot geek commence à désigner les matheux, et autres passionnés de sciences. Dans les catégories de stéréotypes des lycées américains, les geeks sont des intellectuels qui n’ont presque pas de vie sociale et se replient dans leur monde fait d’érudition et souvent d’imaginaire fantastique. De nos jours, le geek est non seulement féru d’informatique mais aussi de science-fiction, de jeux de rôles, de cinéma ou de comics. En fait, on reconnaît le geek à son intense soif de savoir quel que soit son ou ses domaines de prédilection. Il recherchera par exemple des éditions rares s’il aime une certaine bande dessinée, apprendra à parler elfique s’il vénère Tolkien, ou récitera de tête l’intégralité des personnages de Star Trek toutes générations confondues s’il a plus accroché avec le Capitaine Kirk.

Ne pas confondre…

Pour ne pas tout mélanger, au risque d’en offenser certains, voyons les différences entre geek, nerd, no-life et otaku. Le nerd a ceci de commun avec le geek qu’il est passionné de nouvelles technologies. Mais le geek est plutôt technicien, et le nerd, au contraire, théoricien. De plus, en anglais, le mot nerd a une connotation bien plus péjorative que le sympathique geek. Pour le no-life, la base la plus rudimentaire de la langue de Shakespeare vous permet de le comprendre : il s’agit là d’une personne qui n’a aucune vie sociale et passe son temps cloîtré chez lui, sans pour autant avoir le même niveau de connaissances (notamment informatiques) que les geeks ou les nerds. Enfin le otaku, est, un peu comme le no-life, une personne qui passe le plus clair de son temps à une activité d’intérieur (lecture de mangas, jeux vidéo…). Il y a une notion d’obsession dans le terme japonais qui n’est pas non plus très flatteuse.

Geek power

La révolution technologique a été le terreau de la métamorphose geek. Bill Gates (big boss de Windows) et son rival Steve Jobs (fondateur d’Apple) en sont deux des principaux emblèmes. Il y a quelques décennies, on les aurait traités d’illuminés, probablement enfermés à l’asile… « Mais oui, M.Jobs, vous allez fabriquer une machine capable de contenir des milliers de chansons dans quelques grammes de métal, bien sur…Allez, soyez gentils, prenez votre petite pilule, hein ». Seulement dans l’ère du progrès technologique, de plus en plus d’esprits comme les leurs sont sollicités. Les geeks aiment l’informatique, s’imaginer de nouveaux univers à partir de rien ? Vous m’en mettrez 10 000, j’en ferai des concepteurs de logiciels ou de jeux. Ils ne raffolent pas du contact avec des personnes hors de leurs centres d’intérêt ? Qu’à cela ne tienne, nous organiseront de gigantesques évènements où ils pourront échanger avec leurs pairs (conférences sur le web, débats PC contre Mac, Japan Expo, Jeux de rôles grandeur nature, etc).

Il semble que notre société moderne se soit adaptée à une population de geek grandissante. Plus qu’une tendance, c’est un véritable raz-de-marée geek qui déferle sur la planète. Ceux qui apparaissaient comme des ratés sont devenus attachants, et même admirables. Bande dessinée, web comics, musique, cinéma, séries télévisées, littérature, et même monde de la mode, tout le monde veut le sien. On peut se demander ce qui provoque ce soudain engouement. Est-ce l’originalité de ces individus, leur anticonformisme que l’on aime ? Ou avons-nous simplement enfin compris le génie potentiel de ces hommes et femmes (les geekettes) ? Toujours est-il que d’Abby, la craquante gothique de NCIS à Peter Parker, l’alter ego de Spiderman, les zéros sont devenus nos héros.

Quelques références geekologiques :

Films : trilogie Star Wars; trilogie Le Seigneur des anneaux; tous les Star Trek; Retour vers le Futur; Hackers, Antitrust; Napoleon Dynamite; H2G2, le Guide du voyageur galactique; Ghost in the shell; La Mouche; Cyprien; films de série Z (on peut surement ajouter le récent Avatar)

Livres : L’Encyclopédie du savoir relatif et absolu; Le sauveur de l’humanité, toute l’œuvre de Tolkien

Télévision : Star Trek; X Files; Buffy contre les vampires, The IT Crowd, The Big Bang Theory, Doctor Who; Beauty and the geek (télé réalité)

Jeux vidéo cultes: Pacman; Tetris; Mario bros; Prince of Persia; Dune; Final Fantasy ; World of Warcraft

Héros : Albert Einstein, Steve Jobs, Rodolphe (personnage publicitaire qui a tout compris), Steve Urkel

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