Inte(g)risti à risque

Inter Milan’s forward Mario Balotelli (L) reacts with teammate and defender Davide Santone after scoring against Palermo during their Italian Serie A football match between Inter Milan and Palermo at San Siro Stadium, on March 11, 2009 in Milan. Football players of Inter and Palermo observed a minute of silence to pay tribute to the April 6 earthquake’s vicitms prior their match. Monday’s earthquake in central Italy killed at least 291 people, destroyed some 10,000 buildings and left 40,000 people homeless. AFP PHOTO/ DAMIEN MEYER (Photo credit should read DAMIEN MEYER/AFP/Getty Images)

En Italie, on aime le foot. On aime le ballon, les équipes, les stades, les maillots et les joueurs. En Italie, une des premières questions que l’on pose à quelqu’un que l’on rencontre après son prénom et son âge est « che squadra tieni » (quelle est ton équipe préférée) histoire de savoir un peu de quel bois ça se chauffe.

A l’heure de la mondialisation du sport, il est évident que la mixité ethnique au sein des clubs est changée. Beaucoup de joueurs sont recrutés par des clubs hors des frontières de leur nation d’origine. C’est d’ailleurs un facteur qui tend à améliorer le niveau des rencontres internationales et qui pourrait être à l’origine de la fameuse sentence : « aujourd’hui, il n’y a plus de petites équipes ». Si je ne me trompe pas, on avait même fait une loi en France pour interdire qu’il y ait « trop » de joueurs « étrangers » dans un club français.

En Italie, la plupart du temps, cette question de quota est respectée naturellement. Les italiens aiment que leurs clubs de foot représentent la nation par les patronymes et la couleur de peau des joueurs (les argentins, de ce point de vue, bénéficient d’une sorte de laissez-passer). L’Inter de Milan déroge clairement à la règle avec un entraîneur portugais, 5 recrues italiennes seulement cette saison, dont un noir en plus. Je dis « en plus » parce que pour un italien de l’Italie profonde, comme pour un Georges Frêche ici, on ne peut pas vraiment être noir et italien en même temps, ça paraît évident.

Le 23 mai dernier, comme le monde entier le sait, l’Inter de Milan a remporté la finale de la Champion’s league, réalisant ainsi le prestigieux triplé coupe – championnat – champion’s league. Alors qu’ils fêtaient ensemble la victoire dans un bar, un « intériste » (c’est ainsi qu’on nomme les supporters de l’Inter de Milan) a lancé la fatidique « l’Inter ne représente pas l’Italie ». Ses camarades de stade et de beuverie l’ont tué à coups de couteau. Il était 6h du matin.

On peut l’imaginer, cette scène. On peut remonter intérieurement le chemin de cette soirée qui a conduit de l’euphorie d’un match assez tranquille, la gaieté montant tranquillement, en passant par les premiers cris de joie au coup de sifflet final, pour aller jusqu’aux franches accolades viriles mais déjà libidineuses des types ivres dans les bars de la ville et enfin à l’alcool mauvais. On peut refaire la dégringolade des remarques footballistiques sur la pente politique. Mais le geste qui donne la mort en réponse à une phrase qui sonne comme un constat, on a du mal à se l’expliquer.

Je ne fournirai pour ma part aucune explication, si ce n’est celle-ci, toute fantasmée et enveloppée de sucre philosophique en poudre car fondée sur un paradoxe. Cet homme a été tué à cause d’une trop grande tension intellectuelle naissant dans les cerveaux des supporters bien abreuvés. Mais l’alcool n’y est pour rien. Nous admettrons que tous ces supporters avaient en commun une forme de chauvinisme bon train qui est l’apanage du supporter de foot. Tout le monde sait que critiquer le club supporté – et pire encore la nation – est attaquer quelqu’un en son fort le plus intérieur, en l’enceinte même du stade de son âme d’être à l’identité définie.

Et nous déduirons donc le paradoxe suivant : Reconnaître que l’Inter de Milan ne représente pas la nation italienne c’est désavouer sa propre identité culturelle locale, sa raison de vivre première de tiffoso. C’est aimer des « métèques ». L’inter serait donc une insulte à l’Italie italienne du foot italien. Reconnaître la phrase comme vraie reviendrait à désenclaver l’Inter ou pire, considérer que c’est la nation qui est une insulte au club. De ce télescopage mental de drapeaux contenant pourtant des nuances d’une couleur appelée « bleu » dans les deux cas est née la solution définitive. Les lames ont tranché la question, le sang a coulé sur le sol nerazzuro.

Durant cette même nuit, d’autres italiens ont profité de la folie du tiffoso, sachant sans doute que les carabinieri sont friands de distraction à base de ballon rond, d’écran plat et de breuvages alcolisés, en cambriolant une banque : furbi !

Mexique / USA : vives tensions après la mort d’un adolescent

Sergio Adrian Hernandez, un mexicain âgé de 14 ans, est mort lundi sous les balles d’agent(s) de la Border Patrol américaine. Son corps a été retrouvé sous le pont qui rallie Ciudad Juarez et El Paso (Texas). Depuis, les témoignages contradictoires se multiplient et les accusations à peine voilées fusent de part et d’autre du Rio Bravo. Le FBI soutient la thèse de la légitime défense alors que les autorités mexicaines affirment qu’il s’agit d’un « usage disproportionné » de la force. Retour sur un fait divers tragique qui a ranimé le débat sur l’immigration entre Mexique et Etats-Unis.

Circonstances troubles

Le déroulement des événements qui ont débouché sur la mort de Sergio restent extrêmement confus à ce jour…

Pourquoi était-il présent sur les rives du fleuve frontalier avec un groupe d’amis ? Sa mère affirme que c’était juste pour jouer et déjeuner. « Il n’allait pas traverser vers El Paso, ce n’est pas vrai, il était ici, au Mexique ». Du côté de la police des frontières américaines pas de doutes : les jeunes gens tentaient de passer illégalement sur les terres de l’Oncle Sam, une thèse corroborée par le FBI qui parle d’« étrangers clandestins présumés ». Mais un témoin de la scène certifie avoir vu le groupe et qu’aucun des adolescents n’avait sur lui bagages, paquets ou armes, « juste les vêtements qu’ils portaient ». Si l’information est confirmée, elle tendrait à désavouer les gardes-frontière américains.
Qui a ouvert le feu, et pourquoi ? Un rapport préliminaire de la patrouille frontalière d’El Paso indique que les agents patrouillaient à vélo quand ils ont « été attaqués avec des pierres par un nombre inconnu de personnes. Au cours de l’assaut, au moins un agent a fait usage de son arme. L’agent est actuellement mis à pied ». La version des membres du groupe, à laquelle adhère un policier arrivé sur les lieux, n’est pas vraiment raccord. Ils auraient franchi le Rio Bravo par erreur et été surpris par la patrouille. Ce serait pendant que les jeunes retournaient vers le Mexique que « deux agents [auraie]nt utilisé leurs armes en s’approchant du bord [du fleuve] ».
Y a-t-il eu violation de territoire, et si oui, par qui ? Un porte-parole du procureur de l’état de Chihuahua a déclaré qu’une cartouche usagée de calibre 40 avait été trouvée près du corps du jeune homme. Une allégation qui sous entend fortement que les patrouilleurs américains auraient traversé le fleuve, donc la frontière, alors qu’ils n’y sont pas autorisés. Réponse d’un officiel américain souhaitant rester anonyme : il serait en possession d’une vidéo montrant des policiers mexicains traversant le Rio Bravo pour « récupérer un objet indéterminé ». Là aussi, l’accusation sous-jacente est claire : on essaierait d’accabler la police des frontières en manipulant des preuves.
L’enquête en cours devrait déterminer la trajectoire des balles et ainsi contribuer à éclaircir cette sombre affaire. Reste à savoir si les polices des deux pays pourront collaborer pour démêler cet imbroglio.

Contexte et texte con

On l’a vu, les circonstances autour du décès de Sergio Adrian Hernandez sont extrêmement troubles pour le moment. Mais la mort d’un adolescent à Juarez, ville la plus dangereuse du Mexique, ne soulève pas toujours autant d’attention, et certainement pas une intervention du président Felipe Calderòn. En fait, plusieurs éléments ont transformé ce fait-divers en affaire d’Etats.

Même si le P.I.B par habitant est passé d’environ 6800 euros à près de 8500 euros, le Mexique conserve une économie fragile, surtout dans les régions frontalières. Royaume des trafics en tous genres en direction des USA, l’extrême Nord du pays est aussi la terre des maquiladoras où les entreprises américaines s’offrent une main d’œuvre bon marché. Des conditions de vie entre violence et précarité qui poussent chaque année des milliers de travailleurs à traverser le Rio Bravo vers l’herbe forcément plus verte du côté américain. Les mexicains constituent les trois quarts des 12 millions d’immigrants illégaux vivant aux Etats-Unis, voire même 80% selon certaines sources gouvernementales.
Le jeune mexicain est le second à décéder de la main d’agents de la Border Patrol en deux semaines. Le 1er juin, entre Tijuana et San Diego, un homme de 32 ans avait succombé aux impulsions électriques infligées par les gardes-frontières. Depuis le début de l’année, 17 mexicains ont été blessés ou tués par ces patrouilles. Un nombre en augmentation constante comme l’a rappelé le ministère des affaires étrangères, puisqu’il était de 12 en 2009 et de 5 en 2008.
Sordide coïncidence ou conséquence ? La mort de l’adolescent intervient à quelques jours de l’annonce par Obama de l’envoi de 1200 soldats supplémentaires pour garder la frontière entre USA et Mexique. Ils n’étaient auparavant « que » 17 000 pour surveiller quelques 3 200 kilomètres.
Autre charbon attisé par l’évènement : la loi dite SB1070 votée il y a peu par l’Arizona sous les huées des défenseurs des droits de l’homme. Elle devrait entrer en vigueur fin juillet, mais sa constitutionnalité est déjà mise en doute. Pour faire bref, la loi stipule que les policiers pourront désormais demander un justificatif de présence sur le sol américain à toute personne « soupçonnée d’être un immigrant illégal ». Un texte xénophobe qui entérine dans les faits le ‘délit de faciès’ pratiqué dans notre pays depuis belle lurette.
Les chefs d’Etats du Mexique et des Etats-Unis s’étaient rencontrés il y a deux semaines et avaient justement discuté, entre autres, des problématiques d’immigration et de sécurité des frontières. Au cours de la conférence de presse commune, Felipe Calderòn avait déjà exprimé son souhait d’un plus grand respect des droits cils de ses ressortissants sur le sol américain, légaux ou non. Quant à Barack Obama, il avait promis de mettre en place un débat pour une loi fédérale humaine et responsable sur l’immigration, promesse qu’il avait déjà faite lors de sa campagne électorale.
De nouvelles statistiques recueillies par le FBI et par l’Université de Boulder au Colorado, concordent en ce point : l’assimilation immigration / criminalité est plus qu’une exagération irraisonnée, c’est une contre vérité. Non seulement le taux d’immigrants (légaux ou illégaux confondus) ne fait pas croître celui de criminalité, il le ferait même baisser. Par exemple, les crimes violents ont diminué de 35.1 % entre 1994 et 2004, période pendant laquelle l’immigration illégale a doublé.

Les Universités Populaires selon Michel Onfray

Valiumcat les a testées pour vous !

À contre-courant, cet article se propose de revenir sur un des intervenants du battage médiatique qui a eu lieu il y a quelques semaines. Loin de moi l’idée de prolonger la promo d’un auteur… simplement, j’ai découvert Michel Onfray juste avant qu’il déclenche la grande controverse (tellement grande qu’elle n’aura duré que 2 semaines…) à propos de «Maître» Freud.

Je ne critiquerai pas plus avant la psychanalyse. Pour moi, Freud est l’équivalent psychique de Christophe Colomb découvrant un nouveau continent. Il n’a fait que soulever le voile derrière lequel se planquait tout un monde fantasmatique. Michel Onfray, évidemment, n’est pas un découvreur. Mais il me semble intéressant pour son rôle de trublion. Il bouscule le monde intellectuel français.

Mon côté pur et innocent le voit tel qu’il se présente : quelqu’un qui souhaite apporter la connaissance à tous. Mon côté parano vous voit vous marrer en lisant la dernière ligne! N’empêche, les cyniques n’ont jamais vraiment fait avancer les choses.

J’ai découvert une initiative du sieur Onfray en googlisant l’auteur provocateur. Il a eu la volonté de diffuser des connaissances au plus grand nombre. Donc gratuitement, sans inscription, sans examen-couperet à la fin de la session. Enthousiasmant pour une angoissée scolaire comme moi!

J’ai cherché l’univ’ pop’ la plus proche de mon domicile séquano-dionysien (comprenez : je vis en Seine St Denis J ) et j’ai trouvé quelques sessions qui m’ont semblé intéressantes. Chaque conférence commence à 19h pour durer 2h. J’ai donc débarqué un mardi soir à la Bourse du Travail de St-Denis pour découvrir le monde parallèle des colleurs d’affiches anarchistes (les affiches et les colleurs) pour le cycle Luttes Alternatives.

Selon les intervenants, la disposition de la salle varie. Pour la présentation d’Act Up nous étions assis à des tables formant un cercle. Pour celle du CLIP et celle d’Athéturk, les tables étaient alignées et faisaient face aux intervenants. Enfin pour la présentation du Collectif RATP nous étions peu nombreux et en cercle. Je ne sais pas s’il faut en tirer un quelconque symbole…

Le mode de communication et la qualité des intervenants oscillent fortement aussi. Si certains sont très bien documentés, connaissent leur sujet et donnent envie d’intégrer leur mouvement, d’autres sont moins convaincants. Mais chaque débat m’a apporté des connaissances et permis de découvrir qu’un autre monde est possible. En revanche, il vaut mieux supporter les thèses de l’ultragauche pour suivre ces cours (en tous cas ceux de St-Denis). Ils ne le cachent pas, ils sont libertaires, anticapitalistes et se demandent de quoi Sarkozy est le nom… Voici quelques unes des associations ou organismes que j’ai entendus au cours de ces universités populaires.

Act Up : on ne les présente plus, si ? Cette association a 20 ans. Elle mène un combat qui vise à rendre aux malades du SIDA une place autre que celle de victime soumise aux pouvoirs parfois excessifs du corps médical. Entre autres.

CLIP : Collectif de Libération de l’Immobilier Privé. La présentation que j’ai préférée pour sa lucidité et sa capacité à produire des solutions viables. Mouvement inspiré du réseau Miethäuser Syndikat, créé par des squatteurs qui ont cherché une solution à la précarité de leur logement. Le CLIP se propose de mettre en place un autre rapport à l’habitat et à la propriété . Prochain apériCLIP : le 5 juillet du côté du Père Lachaise à 19h

Le Collectif RATP : Réseau pour l’Abolition des Transports Payants : les intervenants ne m’ont pas convaincue, mais j’ai quand même appris qu’il était possible de fournir aux usagers des transports en commun gratuits (la preuve, des villes de droite l’ont fait ! L’ironie de la chose est cinglante, non ?) L’intervenant a aussi abordé le problème de surveillance des trajets des usagers par la puce RFID contenue dans le pass Navigo.

Athétürk : association d’inspiration anarchiste promouvant la laïcité et l’amitié franco-turque. L’intervenant avait malheureusement l’air de confondre laïcité et athéisme…

Malheureusement, cet article arrive à contre-temps à double titre. La controverse est morte, les médias sont passés à autre chose. Et les cycles de la Dionyversité sont finis pour le moment. Et oui, les anarchistes aussi prennent leurs vacances d’été… Mais le site de la Dionyversité est très bien documenté, on y trouve les pages de présentation des cycles, des enregistrements de conférences, de la bibliographie…

La garde à vue est-elle illégale ?

Mardi dernier, le Conseil Constitutionnel a entendu les plaidoiries d’avocats venus de toute le pays pour remettre en question la procédure de garde à vue à la française. C’est surtout la quasi-absence de défense pendant cette incarcération qui est critiquée, mais son contrôle et sa durée aussi devront être évalués par les Sages de la rue Montpensier. Que prévoit la loi à l’heure actuelle ? Celle-ci est-elle respectée ? Quels changements peut-on envisager ?

Droits et loi

Régie par le Code procédure pénale, la garde à vue existe donc depuis la création de celui-ci, en 1958. Au départ, elle permettait aux policiers de retenir suspects ou témoins s’il le jugeait nécessaire, sans grandes contraintes de procédure. Ce n’est qu’à partir de 1993 que les droits du garé à vue entrent dans l’équation, avec notamment l’autorisation de présence (minime) d’un avocat. Désormais, un officier de police judiciaire (OPJ) ou un gendarme ne peut vous mettre en garde à vue que si vous « pouvez être soupçonné d’avoir commis ou tenté de commettre un crime ou un délit ». Une définition assez vague qui facilite de nombreux abus. (voir ci-dessous)

Une garde à vue dure normalement 24 heures, et peut être renouvelée une fois pour atteindre les 48 heures (pour des affaires de stupéfiants, de proxénétisme, ou en bande organisée, cela peut aller jusqu’à 72 heures). Dès le début de cette procédure, le procureur de la république doit être notifié, vous devez être informé de ce qui vous est reproché, et de votre droit à voir un médecin et un avocat ainsi que de faire prévenir un proche ou votre employeur. Vous avez aussi le droit de garder le silence et de refuser de signer les procès verbaux que l’on vous présente, mais l’OPJ n’a pas obligation de vous le signaler.

Les forces de l’ordre sont autorisées à vous menotter, à vous mettre en cellule, à prendre des photographies et à relever vos empreintes ainsi que votre ADN (si vous refusez, vous encourez 500 euros d’amende), et à vous fouiller à nu…Même si vous êtes présumés innocent jusqu’à ce qu’un jugement ait eu lieu.

Abus et politique du chiffre

Au début de l’année, le ministère de l’Intérieur a reconnu avoir minoré les chiffres des gardes à vues de manière conséquente, puisqu’il y en aurait eu 800 000 et non pas 600 000. Et même ce nombre hallucinant serait en deçà de la réalité si l’on en croit l’auteur de Gardés à vue, Mathieu Aron. En effet, les gardes à vues routières, ainsi que celles en provenance des DOM-TOM ne sont pas prises en compte. En les incluant toutes, on arriverait à 900 000 procédures de ce type pour l’année 2009, soit près de 2500 chaque jour. Une explosion que beaucoup attribuent à la « politique du chiffre » exigée des policiers.

Les témoignages d’abus lors de gardes à vues sont si nombreux qu’il est impossible de les recueillir ici, cependant, quelques constantes apparaissent dans ceux-ci. Les mots insultes, humiliation, pression psychologique et abus policiers ressortent fréquemment de ces récits. Patrick Klugman, avocat et auteur du Livre noir de la garde à vue cite par exemple une personne gardée à vue pour avoir traversé hors des clous ou encore une femme réduite à supplier pour pouvoir aller aux toilettes. L’hygiène déplorable des geôles (vomi et urine sur le sol, couvertures souillées d’excréments) est également soulignée à maintes reprises. Les victimes de procédures abusives confient souvent avoir eu l’impression qu’une machine infernale se mettait en œuvre contre eux, qui ne les laisserait s’échapper qu’au prix d’aveux, dussent-ils être faux.

La garde à vue telle qu’elle se déroule en France a été a deux reprises indirectement mise en porte à faux par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Dans un arrêt datant de novembre 2008, la CEDH indique que « le prévenu peut bénéficier de l’assistance d’un avocat dès les premiers stades interrogatoires de police ». Un avis renforcé par un second arrêt en décembre 2009, qui stipule que « l’équité d’une procédure pénale requiert d’une manière générale que le suspect jouisse de la possibilité de se faire assister par un avocat dès le moment de son placement en garde à vue ou détention provisoire ».

Réforme ou disparition ?

Si certains, dont Patrick Klugman, réclament l’abrogation de la garde à vue, la plupart des avocats, juges et associations souhaitent plutôt en modifier les modalités. L’augmentation significative de la présence d’un avocat n’est pas la seule piste à explorer. On pourrait par exemple envisager une énonciation plus claire et plus détaillée des critères permettant le placement en garde à vue et sa prolongation. Autre point remis en cause : qui doit contrôler les gardes à vues ? A l’heure actuelle, c’est au procureur de la République (qui applique les politiques gouvernementales) qu’échoit cette mission. Par souci d’indépendance, d’aucuns réclament que le contrôle des gardes à vues soit confié à un juge.

Après avoir entendu les arguments des avocats, le Conseil Constitutionnel a maintenant trois possibilités. Il peut abroger le dispositif de garde à vue, c’est à dire le déclarer contraire à la Constitution, et donc le supprimer. Les sages peuvent aussi décider de valider le dispositif, et donc ne pas exiger de changement de celui-ci. La dernière alternative pour les onze de la rue Montpensier serait d’émettre des « réserves d’interprétation », une sorte de compromis entre les deux précédentes voies où ils pourraient soulever des points précis à modifier, et la direction à emprunter pour ce faire.

La décision du Conseil Constitutionnel devrait être rendue le 30 juillet, et est attendue avec impatience par le ministère de la Justice qui promet depuis des mois une réforme du Code de procédure pénale. Le projet présenté par Michèle Alliot-Marie prévoit pour l’instant de mettre en place un entretien supplémentaire avec l’avocat à la 12ème heure de garde à vue, avec un accès aux procès verbaux de l’audition, puis une présence aux interrogatoires à partir de la 24ème heure. Des mesures dont le coût à été estimé à 90 millions d’euros (une intervention accrue des avocats résulterait dans une augmentation de l’aide juridictionnelle), mais que la grande majorité des défenseurs estiment insuffisantes.

Salles de shoot » : irresponsables ou indispensables ?

De Matignon à Twitter, les Centres d’injection supervisés (CIS) ne cessent de faire couler l’encre et la salive, d’activer les langues, plumes et claviers. Tout le monde a son avis sur cette question qui divise la majorité présidentielle comme l’opinion publique. Un sondage en ligne du Parisien demandant « Êtes-vous favorables à l’installation de salles d’injection pour toxicomanes ? » a obtenu 33.9% de oui, contre 66.1% de non, avec 1852 votants (résultat à 13h27). Mais les jugements portés ne sont pas toujours éclairés. Je vous propose donc un retour sur les déclarations des politiques, et un point sur ces fameuses « salles de shoot » à la lumière du rapport de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

Divergences partisanes

L’incendie polémique a été allumé par les propos de Roselyne Bachelot, le 19 juillet, pendant la conférence internationale sur le sida à Vienne. Elle avait en effet annoncé « une concertation avec tous les partenaires concernés […] sur l’opportunité d’ouvrir des salles de consommation de drogue supervisées ». A peine la suggestion de la possibilité d’éventuellement en parler, mais cela suffit à déchaîner partisans et opposants.

Adversaires

Lundi 9 août, 15 députés affiliés UMP (dont 13 du collectif Droite populaire, connu pour ses position borderline frontistes) se sont fendus d’un communiqué rejetant vivement l’idée même d’un débat. Morceaux choisis« Comme si le fait de se droguer dans un local aseptisé rendait la drogue plus douce et moins dangereuse ! », « l’usage des drogues se banalise à cause des discours permissifs qui tentent d’en minimiser les dangers. Réglementer l’usage de drogue pour mieux la combattre est une utopie lourde de conséquences. » (le communiqué en entier ICI)
Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP est « vraiment opposé » à l’initiative qui enverrait « un très mauvais signal », selon lui, « l’objectif qu’on doit poursuivre, c’est de casser la dépendance à la drogue et pas, d’une certaine façon, d’accompagner la dépendance. ».Même son de cloche chez Brice Hortefeux. Le ministre de l’Intérieur, avait invectivé, en juillet « Lorsque j’entends des responsables politiques défendre la dépénalisation du cannabis et l’implantation des salles de shoot, je me demande : jusqu’où ira-t-on dans l’irresponsabilité ? »
Le cabinet de François Fillon a fait savoir, mercredi qu’à ses yeux, les salles d’injection supervisées n’étaient « ni utiles, ni souhaitables ». Matignon a rappelé que « [sa] priorité est de réduire la consommation de drogue, non de l’accompagner, voire de l’organiser »
A droite de la droite, la vice-présidente du Front national Marine Le Pen, juge que « Le soutien apporté par la ministre de la santé à l’ouverture de salles d’injection de drogue est aussi irresponsable que révélateur. […] le gouvernement Sarkozy est en plein délire, au mépris de la santé des Français. »
Pour Etienne Apaire, président de la Mission interministérielle de lutte contre la toxicomanie (MILDT) qui dépend de Matignon, « La réflexion doit se poursuivre, elle mérite d’exister. Mais néanmoins, pour l’instant, la politique du gouvernement est plutôt de lutter contre la dépendance, plutôt que d’accompagner les usages. » « C’est, selon nous, discutable sur le plan philosophique, puisque cela vise à accompagner, et non in fine à rompre avec la dépendance. »

Défenseurs

Un des premiers à s’être rangé du côté de la ministre de la Santé est le maire UMP de Marseille, Jean-Claude Gaudin, qui s’est dit mardi « sur la même longueur d’ondes » que Mme Bachelot. Son adjoint chargé de la santé, de la toxicomanie et du sida a précisé que dans la ville « [ils en sont] aujourd’hui au stade de la réflexion ». Le soutien du maire de Marseille au projet a été retiré ce jeudi après le coup de frein de Matignon, il a carrément fait volte face…
Autre appui dans la majorité, la secrétaire d’Etat à la Famille, Nadine Morano. Elle appelait mercredi à « ouvrir le débat parce que lorsqu’on permet à des personnes qui sont toxicomanes de pouvoir consommer leur drogue sous contrôle, avec accompagnement, si on arrive à sortir ces personnes-là de la drogue, je crois qu’on aura gagné un combat. »
Le Parti socialiste aussi s’est prononcé en faveur de l’initiative, même (surtout) après le communiqué lapidaire de Matignon. Najat Vallaud-Belkacem, responsable des questions de société : « estime très regrettable cette fin de non-recevoir. » Et d’insister : « Les propos du Premier ministre montrent qu’il n’a vraisemblablement pas compris de quoi il s’agissait ici. Nous parlons d’un système de pris en charge des toxicomanes dont l’objectif est bien le soin et le sevrage. Il est regrettable que François Fillon reste sourd à l’appel des médecins et considère les toxicomanes comme des délinquants et non comme des malades. »
Sans surprise, les Verts aussi soutiennent l’expérimentation de CIS. Leur porte-parole Jean-Louis Roumégas soulignait la particularité de notre pays dans ce domaine : « Il y a beaucoup de réticences en France alors qu’il y a des pays où ça existe. Cela n’augmente en rien la consommation, mais permet le contact avec un personnel spécialisé, médical, éducatif. »
Jean-Pierre Couteron, psychologue clinicien spécialisé en addictologie et président de l’Association nationale des intervenants en toxicomanie s’est indigné face à certaines critiques « Ces centres, qui visent un sous-groupe de toxicomanes exclus, leur permettront de sortir la tête de l’eau. Opposer l’accompagnement à la guérison est insupportable et relève d’une nullité scientifique absolue. »

Centres d’injection supervisés

Ce n’était pas un hasard si Mme Bachelot a évoqué, lors de la conférence de Vienne, la possibilité d’un débat autour de ces Centres d’injection supervisés. La Direction générale de la santé avait auparavant commandé à l’Inserm une expertise concernant la réduction des risques chez les usagers de drogues. 14 experts (épidémiologistes, sociologues, économistes, psychiatres, hépatologues, addictologues et autres professionnels de santé publique) ont rendu le résultat de leur analyse fin juin.

Réduction des risques

D’abord, pour comprendre dans quel cadre s’inscrit la proposition de mise en place de CIS, il faut connaître le sens de ce que l’on appelle une politique de « réduction des risques ». Cela « englobe des stratégies appartenant à la prévention des usages de substances psychoactives […], à la réduction des risque liés à l’usage de telles substances […] à la prise en charge de la dépendance sous toutes ses formes […] ». La première décision politique en ce sens a été prise en 1987 par la ministre de la Santé d’alors, Michèle Barzach. C’est cette femme, pourtant de droite, qui a autorisé la vente de seringues sans ordonnance dans les pharmacies. Une mesure qui provoqua un scandale malgré sa nécessité flagrante à l’époque où héroïne et sida forment un duo infernal et meurtrier. Sept ans plus tard, c’est encore une ministre de la Santé, de droite aussi, qui officialise les Programmes d’échange de seringues (PES) par un décret.

Les temps ont changé, les produits et leurs usagers aussi. La consommation d’héroïne par injection a beaucoup baissé depuis 20 ans, le nombre de contamination VIH par ce biais aussi. Ces problèmes persistent néanmoins, et de nouveaux risques sanitaires se sont accrus. A l’heure actuelle, c’est le virus de l’hépatite C (VHC) qui est le plus présent et le plus préoccupant. Sa prévalence au sein des populations d’usagers problématiques (« consommateurs de drogues injectables ou consommateurs de longue durée, utilisateurs réguliers d’opioïdes, de cocaïne et/ou d’amphétamines ») est de l’ordre de 60%. Ce chiffre ahurissant s’explique par la contagiosité importante de ce virus et sa durée de vie considérable. L’usage de crack et de cocaïne ayant augmenté, le partage des pailles ou pipes qui servent à la prise a également participé à la contamination d’un grand nombre de toxicomanes.

Recommandations

Il existe déjà en France plusieurs mesures de réduction des risques. Il y a la prévention du passage à l’injection (dialogue, flyers, etc..), les traitements de substitution aux opiacés (méthadone et buprénorphine haut dosage), les Programmes d’échange de seringues (mise à disposition, gratuite ou non, du matériel servant à la préparation de l’injection), et les distributeurs automatiques de kits stériles. Le rapport de l’Inserm pointe toutefois plusieurs lacunes non négligeables : manque d’adaptation aux populations, aux individus et aux produits depuis des dizaines d’années, absence d’approche pluridisciplinaire (médical, social, psychiatrique). D’autre part, les femmes et les personnes incarcérées sont peu ou pas prises en compte dans les politiques de réduction des risques. Les CIS font partie des mesures que l’Inserm recommande d’étudier afin d’élargir la palette d’outils existante.

Ce type de structures existe déjà en Allemagne, en Australie, au Canada, en Espagne, au Luxembourg, en Norvège, aux Pays-Bas et en Suisse. Les usagers de drogues y apportent leur produit sous la supervision d’un personnel qualifié, ce qui limite les risques d’overdose et de matériel souillé (donc contamination VIH/VHC, abcès, etc). Les encadrants de ces CIS peuvent aussi accompagner les usagers vers une aide médicale en cas de volonté de sevrage ou une aide sociale pour les populations les plus précarisées. Car c’est surtout à ces dernières que sont destinées les CIS : sans domicile fixe, personnes s’injectant très fréquemment et/ ou sur la voie publique, ayant eu une overdose récemment, porteurs de maladies infectieuses ou usagers ayant « rechuté ». Les mineurs ou usagers débutants n’y sont pas admis, et l’anonymat y est garanti, pour faciliter l’accès des populations laissées pour compte. Contrairement à ce que leurs opposants semblent craindre, il n’existe, selon le rapport de l’Inserm « pas de preuve que la présence de CIS augmente ou diminue la consommation de drogues chez les usagers ou dans la communauté ou bien qu’elle augmente les rechutes chez les usagers de drogues en traitement ». En revanche, une diminution de l’injection en public et du matériel d’injection abandonné dans l’espace public a été constatée. Enfin, le nombre d’usagers entrant en traitement pour leur dépendance augmente également grâce à ces structures.

Le rapport de L’Inserm est disponible sur le site, sous le nom de « Contamination par le VIH et les hépatites : réduire les risques pour les usagers de drogue « .

Des morts pour l’or du Salvador

L’Etat du Salvador est actuellement poursuivi par une compagnie minière canadienne pour des dommages de 100 millions de dollars. Une affaire internationale digne d’un roman policier, où se mêlent libre échange, souveraineté des Etats, mais aussi corruption, meurtres et intimidation…Face à une entreprise gourmande et tentaculaire, les populations locales feront-elles le poids ?

El Dorado

C’est le nom du projet développé par Pacific Rim, une entreprise minière basée à Vancouver, sur la petite commune de San Isidro. Située à environ 65 kilomètres à l’est de la capitale San Salvador, la propriété s’étend sur 14 400 hectares et est traversée par cinq cours d’eau, dont la rivière Lempa, l’une des plus importantes du pays. Acheté il y a huit ans par l’entreprise, le terrain a déjà été foré et la quantité d’or estimée à un peu plus de 2 282.05 kilogrammes par année d’extraction, soit un gain potentiel de 190 millions de dollars au total.Quand on ajoute à cela l’explosion du cours de ce métal précieux ces dernières années, on constate qu’El Dorado est un nom bien choisi pour le projet de Pacific Rim. Mais, malgré les quelques 70 millions de dollars investis dans la recherche de veines d’or, le permis d’exploitation demandé en 2004 n’a toujours pas été accordé par le gouvernement.

David contre Goliath

Si au début, les habitants de San Isidro sont favorables au projet de Pacific Rim, la situation ne tarde pas à changer. Les emplois promis par la compagnie minière ne sont garantis que pendant la durée de vie de l’exploitation (6.2 ans si l’on en croit les chiffres de Pacific Rim).De plus en plus de pays avoisinants connaissent des problèmes liés à l’exploitation de leurs ressources minières. L’extraction d’or demande un usage massif de cyanide et d’eau, et engendre le rejet dans l’eau d’arsenic ou encore de mercure. Les salvadoriens, qui ont déjà de grandes difficultés à accéder à l’eau potable, craignent que leurs cours d’eau soient ainsi pollués, empoisonnés. La prise de conscience se généralise aussi grâce à Radio Victoria ou au rappeur MC Lethal.

Les activistes pugnaces, avec le soutien de membres du parlement US et de nombreuses ONG parviennent à empêcher l’exploitation de la mine en faisant pression sur le gouvernement. En juillet 2008, Pacific Rim semble se décourager et quitte le pays. Mais cinq mois plus tard, ils annoncent au gouvernement salvadorien qu’ils vont le poursuivre pour infraction au CAFTA, le Traité de Libre Echange Centraméricain. Le Canada n’est pas signataire de cet accord ? Qu’à cela ne tienne, Pacific Rim déplace sa filiale des îles Cayman jusqu’au Nevada pour pouvoir porter plainte auprès de la Banque Mondiale.

Ramiro, Marcelo et Dora

En 2009, trois activistes anti-Pacific Rim sont morts dans la région de San Isidro. En juin, Marcelo Rivera, professeur et activiste anti-Pacific Rim disparait. Son corps est retrouvé deux semaines plus tard, au fond d’un puits, à des kilomètres de son domicile. La police n’ouvre pas d’enquête et conclue à une improbable bagarre entre ivrognes, malgré des marques évidentes de torture (ongles, nez bouche et scalp arrachés, traces de brulures sur la peau). Puis en Décembre, c’est au tour de Ramiro Rivera d’être abattu, alors même qu’il était sous protection policière. Dans une interview qu’il avait accordée l’année précédente, il disait s’attendre à ce sort car il avait reçu des menaces de mort. Six jours plus tard, Dora Sorto Recinos est tuée.

Il va sans dire que Pacific Rim n’a jamais été directement lié à ces trois meurtres, et a bien sur déclaré n’y être impliqué d’aucune manière. Dans un pays où 12 personnes meurent tous les jours, on fait vite l’impasse sur quelques cadavres gênants. Pourtant, la même année, les incidents se multiplient, de plus en plus troublants. De nombreux militants ou journalistes de radio Victoria reçoivent des menaces par mail en provenance d’un certain ‘exterminio pacificrim’. Au domicile d’un activiste, des voleurs des voleurs s’emparent d’affiches de campagne, d’une clé USB regorgeant d’informations, mais laissent bijoux et argent liquide sur place. Luis Quintanilla, un prêtre qui milite aussi contre l’exploitation de la mine d’or, échappe de peu à quatre gros bras cagoulés.

Corruption et fraude électorale

Cette absence de réactivité des autorités locale pourrait s’expliquer par l’intérêt qu’ont les maires et autres procureurs de la région à protéger Pacific Rim et son ‘El Dorado’. Comme la loi fiscale salvadorienne taxe les profits des entreprises au niveau local, 1% des revenus de la compagnie reviendrait à la petite ville de San Isidro. Au vu des bénéfices projetés, ce petit pourcentage suffirait à décupler le budget de la commune, pour qu’il atteigne le million de dollar. Une somme considérable pour une aussi petite ville, suffisante peut-être pour faire taire les curieux.

Déjà, lors des dernières élections municipales et législatives, plusieurs ONG ont découvert que des dizaines de honduriens avaient été payés 100$ pour traverser la frontière et voter pour José Ignacio Bautista, le maire depuis 13 ans, appartenant au parti de droite ARENA. Des guatémaltèques aussi avaient été découverts dans les bureaux de vote, forçant à interrompre le scrutin. Bautista est quand même réélu, et les militants qui s’y opposent affirment « Tous les gens de la municipalité savent que Pacific Rim lui a donné de l’argent pour sa campagne, et pour qu’il les laisse continuer leurs projets de minage ». Une corruption qui ne se cache pas, mais à laquelle le nouveau président de gauche, Mauricio Funes, a promis de mettre fin.

Le verdict de l’affaire Pacific Rim VS l’Etat du Salvador devrait être rendu d’ici la fin de l’année. C’est le CIRDI (Centre International pour le règlement des différends relatifs aux investissements) qui jouera le rôle d’arbitre, un arbitre dont l’impartialité à été questionnée à maintes reprises. Reste que le jugement qu’annoncera cette institution pourrait définitivement faire pencher la balance en faveur des investisseurs étrangers, au détriment des populations locales et de la souveraineté nationale. Est-ce que, bientôt, une entreprise étrangère pourra avoir de pouvoir que le gouvernement au sein des Etats ?

Twitter et le « gentil pirate »

Son nom ne vous dit peut-être rien (si vous vivez dans une cave avec infosport en boucle), mais François Cousteix est certainement le plus connu des hackers français. Il a été condamné jeudi 24 juin à cinq mois de prison avec sursis pour avoir pénétré illégalement dans le système informatique du site de micro-blogging Twitter. A tout juste 24 ans (il les a fêtés au début du mois), ce petit malin avait entre autres craqué les comptes de Barack Obama, Britney Spears, et…des administrateurs du site.

Hacker Croll

En avril 2009, François, plus connu sous son pseudonyme de Hacker Croll, parvient à infiltrer Twitter. Autodidacte, il n’est pas un de ces génies de l’informatique qui lisent du code comme d’autres Voltaire. Alors comment a-t-il fait ? Il s’est servi de la faiblesse la plus commune dans les réseaux informatique : le facteur humain. Dans un premier temps, il a trouvé le nom des administrateurs du site, information publique facilement accessible. Puis, des semaines durant, il a navigué sur les réseaux sociaux, les blogs, collectant toutes les informations possibles sur ses « cibles ». Armé de ces seuls outils, il arrive sur les comptes de plusieurs stars. Mais le plus incroyable reste à venir. Sur les comptes des administrateurs, il découvre un nombre impressionnant d’informations sensibles de la société : liste de tous les employés, numéros de cartes bleues, numéros de téléphones, contrats confidentiels, comptes-rendus de réunion, grilles de salaires…

Ethique

En de mauvaises mains, ces informations auraient pu être utilisées pour détourner de l’argent ou faire chanter l’oiseau Twitter. Mais Hacker Croll se veut « éthique ». Lors de son procès pour « intrusion dans un système informatique de traitement de données », il a expliqué qu’il voulait juste « sensibiliser les internautes sur le choix de leur mot de passe ». Il rentrerait ainsi dans la catégorie des chapeaux blancs, ou white hats, les pirates qui agissent avec une certaine déontologie. Par opposition, les black hats sont supposés être les méchants, ceux qui créent des virus, espionnent, escroquent. Lui, avec son visage d’enfant et ses propos innocents, on croirait presque un ange. Ce serait vite oublier qu’il avait, en 2007, détourné quelques milliers d’euros sur un site de jeu. Cette petite incartade lui avait valu huit mois de prison avec sursis. Mais aujourd’hui, soulagé du verdict assez clément, il rentre dans les rangs. Il a trouvé un travail chez Rentabiliweb, une façon légale d’exploiter ses dons en informatique.

Twitter à l’amende

Il faut croire que François Cousteix n’avait pas complètement tort, en relevant ainsi les failles dans la sécurité du site Twitter. La Commission fédérale du commerce américaine (FTC) a en effet enjoint celui-ci de « ne plus mentir » à ses utilisateurs. Concernant sa politique de sécurité des données, l’oiseau du micro-blogging annonce sur sa page : « Twitter est très attentif à sauvegarder la confidentialité de vos informations personnelles. Nous employons des mesures administratives, physiques et électroniques pour protéger vos informations d’un accès non autorisé ». Des mesures qui ne devaient pas vraiment être suffisantes, puisqu’en 2009, ce n’est pas un mais deux hackers qui ont réussi à les craquer. Avant notre petit auvergnat (quand y’en a un ça va), un autre, plus taquin avait accédé à des dizaines de comptes, en trouvant le mot de passe ‘happiness’. Il avait ainsi posté un tweet au nom de Barack Obama proposant de gagner 500 dollar d’essence gratuite à tous ses followers. La FTC, peu amusée par ce manquement à la sécurité informatique a enjoint à Twitter de procéder à une mise à niveau, qui sera vérifiée pendant 10 ans un an sur deux. Tout manquement à cette consigne pourrait coûter jusqu’à 16 000 dollar par jour. C’est la première fois qu’un réseau social est condamné, peut-être un avertissement aussi pour le géant Facebook.

Hacker Culture Club

A lire, à voir, à faire

  • Hackers, de Iain Softley : un thriller plutôt bien balancé même si les effets spéciaux font un peu sourire maintenant, messieurs, petit bonus : Angelina Jolie en combinaison moulante.
  • Antitrust, de Peter Howitt : là aussi un thriller, très référencé, clairement anti Bill Gates (excellent Tim Robbins).
  • Ghost in the shell, de Mamoru Oshii : film d’animation très poétique et très violent qui pose des questions intéressantes sur ce qui distingue l’humain de la machine.
  • Die hard 4, de Len Wiseman : du bon gros film d’action qui tâche, à déguster avec une pizza et des copains un soir où on ne veut pas réfléchir.
  • How To Become A Hacker, de Eric Raymond : livre de reference pour les petits curieux
  • Hackathon : Organisés par des développeurs du logiciel libre, il s’en déroule partout dans le monde, invitations only

Afghanistan : la « sale guerre » révélée par Wikileaks

C’est la plus grande fuite de renseignement de l’histoire des États-Unis. Le site Wikileaks a obtenu et diffusé 92 000 rapports confidentiels ou secrets de l’armée américaine stationnée en Afghanistan. Les documents couvrent la période de janvier 2004 à décembre 2009, et donnent à voir une guerre déjà perdue mais stagnante, chère en argent et en vies. Les quotidiens The New York Times (USA), The Guardian (GB) et Der Siegel (All.) ont pu visionner, analyser et sélectionner ces rapports depuis plusieurs semaines.

Au moins 195 civils tués

Premier constat à la lecture des documents, le nombre de civils tués ou blessés au cours des années de présence américaine sur le sol afghan a été sciemment sous estimé. Si les villageois sont de plus en plus victimes d’attaques des rebelles, une autre menace pèse sur eux : celle des bavures de la force internationale, surnommées « blue on white » (bleu sur blanc). Les rapports font état de 144 « incidents » de ce type, qui ont causé la mort de 195 personnes et blessé 174 autres.

Un bilan peu glorieux mais qui pourrait être sous-estimé en raison d’incidents non élucidés ou disputés. Dans le Guardian, Rachel Reid, qui enquête sur les incidents touchent des civils en Afghanistan pour Human Rights Watch, ne semble pas surprise : « Ces dossiers mettent en lumière ce qui a été une tendance constante des forces US et de l’OTAN : la dissimulation des victimes civiles. Malgré de nombreuses directives tactiques ordonnant des investigations transparentes quand des civils sont tués, il y a eu plusieurs incidents sur lesquels j’ai enquêté les mois derniers où ce n’est toujours pas le cas. »

Bavures « bleu sur blanc »

Les rapports montrent la multiplication de morts de piétons ou motocyclistes isolés, une augmentation qu’on peut attribuer à la paranoïa croissante des troupes alliées, qui craignent de plus en plus les attaques suicide. Ainsi, en Octobre 2008, des troupes françaises ont ouvert le feu sur un bus qui passait trop près de leur convois. Huit enfants ont été blessés, mais aucune enquête ne semble être en cours. L’utilisation accrue de drones pourrait aussi être responsable d’une partie des victimes civiles, en raison de leur manque de précision, on est loin des frappes chirurgicales…

Là où le bât blesse, c’est que les accidents dits « bleu sur blanc » ont parfois des faux airs de vendettas organisées. En août 2007, une escouade polonaise a lancé une attaque au mortier sur une fête de mariage, justement quelques jours après avoir subi une explosion de bombe artisanale. Bilan de cette offensive : 26 blessés, et 6 morts, dont une femme enceinte. Le rapport sur cette attaque était classé dans une section intitulée « incidents qui pourraient causer une couverture médiatique négative ». Les responsables de ces exactions sont passés en procès pour crime de guerre, sans résultat à ce jour.

Alors que la nouvelle stratégie de l’administration Obama en Afghanistan est de réduire le nombre civils tués (drôlement bonne idée ! un vrai trait de génie, ça !), les rapports discréditent la politique menée. Les civils afghans continuent de tomber, sous les balles alliées ou les tirs rebelles, grands perdants de cette guerre à 300 milliards de dollars qui n’en finit plus.

Expérimentation animale, quelles alternatives ?

Le 12 juillet, la commission de l’agriculture du Parlement européen a approuvé en deuxième lecture un projet de nouvelle directive visant à limiter l’expérimentation animale. Décriées depuis de nombreuses années par les défenseurs des animaux, ces expériences dites « in vivo » sont encore largement utilisées dans la recherche biomédicale, les tests de toxicité des produits et l’éducation. Chaque année dans le monde, ce sont entre 50 et 100 millions de vertébrés qui sont utilisés. Pourtant, des méthodes alternatives peuvent la plupart du temps s’y substituer.

Indispensable ?

A l’heure actuelle, les animaux présents en laboratoire sont presque tous élevés dans ce but. Il arrive néanmoins que des refuges vendent leurs laissés-pour-compte pour la recherche ou les tests. Plus rarement, des spécimens sont aussi prélevés directement dans la nature. Les « procédures » qu’ils subissent une fois enfermés peuvent durer quelques heures, plusieurs mois et jusqu’à des années. Parfois, les animaux sont « réutilisés » pour d’autres tests. Quand l’animal ne meurt pas des effets directs de la procédure, il est euthanasié. Reste que de plus en plus de pays encadrent quand même ces pratiques, par exemple en rendant l’anesthésie obligatoire ou en exerçant des contrôles des conditions de vie des animaux.

Les partisans de l’expérimentation animale avancent qu’elle a permis de grandes avancées dans la médecine (vaccins, transplantations, pontage coronarien…). Selon eux, ces bénéfices pour la santé humaine dépassent le coût en souffrance animale. Pour ces adeptes du « in vivo », les animaux ne sont les égaux de l’homme et pratiquer de tels tests sur des humains ne serait pas éthique. Autre avantage à leurs yeux, par rapport au cobaye humain, ils peuvent maîtriser totalement l’environnement de leur sujet d’étude : alimentation, température, éclairage, etc…Dernier pion avancé sur l’échiquier du débat éthique : les animaux vivent parfois bien moins longtemps, ce qui permet de réaliser des expériences portant sur toute leur vie, voire sur plusieurs générations.

Spécisme et cruauté

Les associations de protection des animaux, de leur côté, avancent presque toutes les mêmes arguments contre la vivisection. Elles mettent en question sa moralité (avons-nous le droit de faire de telles expériences ?), sa nécessité (en avons-nous besoin ?) et sa validité (ces expériences nous sont-elles apprennent-elles vraiment quelque chose d’utile ?). Pour les anti-spécistes, les animaux, dès lors qu’ils peuvent ressentir de la douleur, ont des droits similaires aux nôtres. Sur le site de l’Animal Liberation Front (ALF), on retrouve souvent cette interrogation : feriez-vous à un humain ce que vous faites à ces animaux ? Par ailleurs, dans plusieurs cas, des médicaments ou produits testés sur les animaux se sont avérés dangereux pour l’homme. Enfin, la trivialité de certains tests est aussi mise en avant, notamment lorsqu’il s’agit de cosmétiques.

Toutefois, une différence dans le mode d’action peut-être observée entre les différentes associations. L’ALF, classé comme organisation terroriste dans plusieurs pays, promeut la libération avant tout, ainsi que la destruction de matériel médical et l’intimidation de scientifiques. L’objectif ici est avant tout l’immédiateté. Des conseils figurent même sur leur site Internet pour réussir votre opération de délivrance. Les autres associations, comme 30 millions d’amis ou People for the ethical treatment of animal (Peta), travaillent plutôt dans la légalité pour atteindre leurs objectifs en encourageant et en finançant le développement des solutions alternatives. Ce sont des actions plus modérées, opérant sur le long terme, et qui ne convainquent pas les plus pugnaces.

Développer les trois ‘R’

Il existe plusieurs fondations ou instituts consacrés à la recherche de solutions alternatives aux expériences sur les animaux. Ces organismes choisissent la voix du milieu entre les partisans et les plus farouches opposants : ils ne se déclarent pas contre l’expérimentation animale, mais pour de nouvelles techniques qui la remplacent. Dans ce domaine, le plus éminent acteur est le Center for Alternatives to Animal Testing (CAAT). Il existe depuis 1981 et agit dans les domaines de la science (recherche et financement), de la collaboration (organisation de conférences pluridisciplinaires) et de la communication (au travers du site Altweb). Son travail est fondé sur le principe des trois ‘R’ : remplacement, réduction et « raffinement » (refinement en V.O).

Remplacement : dans cette catégorie, on trouve les méthodes qui remplacent l’animal, soit de manière absolue (plus aucune utilisation d’animaux) soit de manière relative (utilisation de tissus ou cellules animales). Les techniques appelées « in vitro » figurent donc dans cette catégorie. Cependant, les cellules ou tissus étudiés proviennent d’animaux tués dans ce but, il s’agit donc d’un remplacement relatif. Parmi les méthodes de remplacement absolu, il y a l’épidémiologie, les autopsies, la modélisation informatique (dite « in silico »), la peau synthétique, l’observation académique, les modèles plastiques ou encore…la prévention !

Réduction : quand le remplacement n’est pas possible (ou du moins pas encore), les scientifiques se doivent de trouver des moyens de réduire le nombre d’animaux utilisés. Il s’agit en fait d’optimiser les résultats obtenus, par exemple au moyen de statistiques sophistiquées. On peut aussi envisager la partage de résultats afin d’éviter des tests inutiles, une option que la course aux brevets ne facilite pas.

« Raffinement » : cette voie vise en quelque sorte à limiter les dégâts. Il s’agit d’améliorer la vie des animaux qui sont en laboratoire. On cherche ainsi à diminuer ou éliminer la douleur et le stress infligés. L’utilisation de techniques moins invasives (par exemple le remplacement des incisions par des ultrasons ou de l’IRM) fait partie de cette catégorie. On peut également utiliser des organismes dits inférieurs (plantes, microorganismes, invertébrés).

D’ici 2013, l’expérimentation animale pour des produits cosmétiques sera interdite en Europe. Mais avant même que cette directive ne rentre en application, certains tirent la sonnette d’alarme, craignant une délocalisation des laboratoires dans des pays moins regardants. Pourtant, l’expérimentation animale n’est pas seulement archaïque et cruelle pour les animaux, elle est aussi beaucoup plus chère à moyen terme. Si la souffrance animale n’émeut pas les dirigeants de laboratoires pharmaceutiques, cet argument devrait, lui, toucher leur corde sensible : le portefeuille.

Daghestan : un « endroit rêvé » entre violence, misère sociale et corruption

Si l’on en croit le site russie-voyage.com, « la République du Daghestan est un endroit rêvé pour un voyage en Russie… ». Et le boniment se poursuit, vantant les beautés de la région, ses trésors architecturaux, historiques et naturels. Évidemment, nulle mention de la violence sous-jacente qui y règne en permanence et explose régulièrement. Car depuis la chute de l’URSS, les ingrédients les plus volatils se mélangent dans cette région du Caucase Nord. Corruption, disputes ethniques, religieuses et économiques maintiennent la zone au bord de la guerre civile.

Portrait d’un pays rebelle

La plupart du temps, le Daghestan, moins médiatique que la Tchétchénie, frôle à peine les oreilles et les yeux des lointains et souvent indifférents occidentaux que nous sommes. C’est pourtant la plus grande république du Caucase Russe, la plus peuplée aussi, avec ses 2.6 millions d’habitants. Autre particularité : une incroyable diversité ethnique. On y trouve plus de 40 dialectes, même si la langue officielle est le russe. L’ethnie la plus importante est celle des Avars. Les populations sont par ailleurs divisées en clans.

Comme sa voisine tchétchène et les autres république du Caucase russe (Karatchaïévo-Tcherkessie, Kabardino-Balkarie, Ossétie du Nord, et Ingouchie), la République du Daghestan est majoritairement musulmane (91% de la population). C’est traditionnellement l’islam soufiste qui est pratiqué par les populations, mais de nombreux missionnaires wahhabites, protégés par les rebelles islamistes, leur disputent désormais leurs fidèles.

En dehors de quelques grandes villes, dont la capitale Makhatchkala, les habitants de cette république sous tutelle vivent surtout à la campagne. Sa configuration géographique entre Mer Caspienne et montagnes a permis au Daghestan de conserver longtemps cette variété culturelle exceptionnelle. Mais le géant russe, cherchant à combler ses aspirations d’empire tentaculaire, a commencé des campagnes d’unification il y a déjà cent cinquante ans dans la région. Il n’est parvenu à ses fins qu’après 30 ans, et avec la mobilisation de 300 000 hommes des troupes du Tsar. Il existe donc au Daghestan une vraie tradition d’’insoumission, qui perdure sous une autre forme aujourd’hui.

Violences quotidiennes

Ces derniers mois, le Daghestan a connu des violences pratiquement tous les jours. Il y a les assassinats de figures de l’autorité par les rebelles islamistes, mais aussi les règlements de comptes entre clans, et le terrorisme qui tue à l’aveuglette. Depuis le début de l’année, 82 membres des forces de l’ordre ont été tués, et 131 blessés. Mais les policiers et les juges ne sont pas les seuls à être visés par les insurgés djihadistes, puisqu’un pasteur de l’église orthodoxe, qui avait converti 800 personnes à sa foi a récemment été abattu. C’est aussi du Daghestan qu’étaient originaires les deux terroristes qui se sont faites exploser dans le métro moscovite en mars.

Les rebelles semblent par ailleurs chercher une nouvelle stratégie contre Moscou, en attaquant des cibles économiques, comme ce fut le cas dans une des républiques voisine, où une centrale hydroélectrique a été partiellement détruite. Frapper dans les bourses, ça fait toujours mal (^^), surtout quand on sait que le sous-sol du Caucase russe est bourré de pétrole, de gaz et de charbon.

Côté civils, le bilan est a priori moins lourd, avec 11 civils tués par des actes de terrorisme et 57 blessés. Mais le fonctionnement clanique et l’esprit rural et très pieu font du meurtre une occurrence plutôt fréquente dans le pays. Typiquement, si le membre d’un clan A est assassiné, et qu’on soupçonne un membre du clan B d’en être responsable, ce dernier ne va pas tarder à avoir un trou plutôt inconfortable dans la peau. Du coup, son clan voudra à son tour se venger, et ainsi de suite. Il peut également y avoir bataille pour l’accession à tel ou tel poste de pouvoir, avec un déroulement similaire. Le nombre des victimes de la violence politique exercée par le pouvoir central pour conserver sa mainmise n’est pas connu(surprise!).

Le Daghestan est considéré comme la république la plus corrompue de Russie, ce qui n’est pas peu dire. Le président y est mis en place par Moscou, et les administrations locales reviennent généralement au plus offrant, au plus riche, au plus puissant. Pour les autres, il ne reste que les miettes, et 20% de la population n’a pas d’emploi légal. Le marché noir et la prostitution fleurissent au détriment des plus modestes. Une injustice flagrante qui contribue à la défiance des daghestanais face aux autorités, et à l’augmentation du nombre de rebelles recrutés parmi les déçus du système.