Une mosquée près de Ground Zero ?

Alors que les élections de mi-mandat approchent aux États-Unis dans un climat économique et social délétère, une nouvelle polémique fait rage. Le projet de construction d’un centre communautaire musulman à deux ‘blocks’ de Ground Zero (le site des attentats du 11 septembre 2001) divise les citoyens et politiques américains. Un sondage CNN montrait la semaine dernière que 68% des américains y étaient opposés, et le sujet, pourtant local, pourrait bien devenir un des enjeu pour le scrutin de novembre…

« Mosquée monstrueuse »

Le projet de construction de la Cordoba House sur le Park 51 est en fait dans les tuyaux depuis huit mois, et cela n’avait pas déclenché d’émoi particulier. C’était sans compter l’intervention d’une blogueuse du nom de Pamela Geller. Le 6 mai, elle écrit un article intitulé « Une mosquée monstrueuse va voir le jour dans l’ombre de la mort de la destruction islamiques du World Trade Center ». Elle y dénonce violemment l’initiative, qui serait à ses yeux une insulte, une humiliation et une provocation pour les milliers de morts du 11 septembre et leurs familles, ainsi que « de l’expansionnisme et de la domination islamique ».

Des propos extrêmement virulents qui sont plutôt habituels chez Pamela Geller, dont le site (Atlas Shrugs) contient près de 270 articles débattant l’appartenance de Barack Obama à la foi musulmane. Elle a par ailleurs monté une association, « Stoppez l’islamisation de l’Amérique » (SIOA) avec un autre blogueur d’extrême droite ouvertement islamophobe, Robert Spencer (Jihad Watch). Les sites de ces sympathiques militants renvoient dans les liens vers d’autres organisations tout aussi pacifiques et bienveillantes, entre autres les skinheads de la English Defense League (de « courageux patriotes » selon Geller). Spencer et Geller, éternels défenseurs de l’amour et de la concorde, ont aussi fait l’acquisition de panneaux publicitaires sur les bus de Manhattan. On y voit les tours du WTC face à la Cordoba House (où un croissant et une étoile ont été ajoutés) et l’inscription « Pourquoi ici ? ».

Républicains et Démocrates divisés

Une fois la polémique lancée sur le net, tout le monde politique y est allé de son petit commentaire, sans que cela dépasse toutefois le cadre local. Mais le vendredi 13 août, voilà que le président himself s’en mêle. Au cours du traditionnel iftar célébrant le ramadan à la Maison Blanche, Barack Obama a reconnu que Ground Zero était un « hallowed ground » (un sanctuaire) mais il a rappelé les principes du 1er amendement en ces termes : « En tant que citoyen, et en tant que président, Je crois que les musulmans ont les mêmes droits à pratiquer leur religion que tout le monde dans ce pays. Et cela inclus le droit de construire un lieu de culte et un centre communautaire sur une propriété privée du sud de Manhattan, en accord avec les lois et ordonnances locales. C’est l’Amérique. Et notre engagement pour la liberté religieuse doit être inébranlable. »

Une déclaration « applaudie » par le plus fervent défenseur du centre Cordoba, le maire républicain de New-York, Michael Bloomberg. Un autre républicain, qui a de surcroît perdu sa femme dans les attentats du 11 septembre, Ted Olson, approuve également « nous ne voulons pas transformer un acte de haine des terroristes envers nous en un acte d’intolérance contre les personnes religieuses ». En revanche, Harry Reid, sénateur démocrate a désavoué le président, estimant que le centre ne devrait pas être construit à cet endroit. Sans surprise, Sarah Palin s’est également opposée au projet, notamment via Twitter.

Islamophobie croissante

Mais parmi les opposants au projet Cordoba, certains ont été beaucoup plus loin, trop loin. Newt Gingrich est l’ancien porte parole républicain à la Chambre des représentants, et il se verrait bien candidat des éléphants aux présidentielles 2012. C’est peut-être dans cette perspective qu’il a fait cette déclaration toute en nuance, alors qu’il était l’invité de Fox&Friends sur la chaîne conservatrice de Rupert Murdoch : « Les nazis n’ont pas le droit d’ériger un insigne à côté du musée de l’holocauste à Washington. On n’accepterait jamais que les japonais construisent un site à côté de Pearl Harbor ». Un blogueur de droite (RedSate) et contributeur sur CNN, Erick Erickson, a lui aussi fait preuve de discernement, en comparant l’Islam au satanisme et en suggérant qu’Obama soutenait par ses propos les « sacrifices humains ».

Ces débordements sont en fait symptomatiques d’une islamophobie croissante aux Etats-Unis. Car le débat autour de la soit disant « mosquée de Ground Zero » joue sur les sentiments pour soutenir une politique nauséabonde. En fait, il existe déjà deux mosquées à proximité, mais cela n’a jamais posé de problème. Et s’il s’agissait vraiment de protéger la mémoire des victimes du 11 septembre, comment expliquer les manifestations contre l’implantation de lieux de culte musulman dans le Tennessee, en Californie, en Géorgie ou à Staten Island ? Comment expliquer qu’une église de Floride projette d’instaurer à la date du triste anniversaire un jour pour brûler le Coran ? Pourquoi les américains sont-ils de plus en plus nombreux à penser que Barack Obama est musulman ? Et tout cela malgré les données récemment publiées par Gallup and Pew qui démontrent que l’immense majorité des musulmans aux Etats-Unis sont bien intégrés économiquement, politiquement et religieusement…

Le centre Cordoba n’est pas « la mosquée de Ground Zero ». D’abord, parce que le design architectural des treize étages est volontairement sobre, sans coupole et sans minaret. Ensuite parce qu’il s’agit d’un centre complet, avec une salle de sport, des salles de réunion, une piscine, un restaurant, une bibliothèque, un auditorium, une garderie, bien sur une salle de prière accessible à tous et…un mémorial du 11 septembre. Dans deux semaines, à la date fatidique, la SIOA a prévu de manifester son opposition au projet. Une belle manière de se souvenir des musulmans pacifiques qui sont morts, comme les chrétiens et comme les juifs, dans un déluge de feu et d’acier, tués par des extrémistes illuminés.

Congo : Silence on tue, on viole, on pille.

Lundi, Joseph Kabila, président du Congo-Kinshasa, s’est rendu à Kigali pour assister à l’investiture de son homologue rwandais Paul Kagamé. Sa présence n’est pas passée inaperçue, puisqu’elle confirme la réconciliation des deux pays. Rwanda et Congo ne sont pas seulement frères de frontière, d’ethnies et de culture, ils sont siamois, joints à la hanche par la région des Grands lacs (Nord et Sud Kivu) qui regorge d’or, d’étain et de coltan. Pourtant l’histoire de ces nations n’a pas toujours été pacifique. C’est ce que souligne un pré rapport de l’ONU accusant l’armée rwandaise d’exactions et de crimes de guerres en RDC, dont certains pourraient être qualifiés de génocide.

Le rapport 1993 – 2003

L’enquête émane du Haut Commissariat des nations unies aux Droits de l’Homme (HCDH) et détaille 600 cas de meurtres collectifs, de tortures, d’enlèvements et de viols. Des faits qui étaient pour la plupart déjà connus, mais qui ont été rassemblés systématiquement et étayés par de nouveaux témoignages, pour produire ce catastrophique catalogue, cet inventaire infernal.

1994 : depuis la fin du génocide rwandais, où 800 000 Tutsi et Hutu modérés ont été massacrés, les tensions ethniques n’ont de cesse de franchir les frontières. Les bourreaux réfugiés au Congo (alors Zaïre) continuent d’exterminer les Tutsi et d’attaquer le gouvernement rwandais, sans être inquiétés par Mobutu. En 1996, la situation s’envenime, et le Rwanda décide de soutenir les rebelles de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Zaïre (AFDL). La première guerre du Congo commence. En route vers Kinshasa, ils tuent de nombreux Hutu, anciens Interahamwe ou pas, c’est la loi du Talion qui s’applique, pas le temps de faire dans la dentelle. « L’étendue des crimes et le nombre élevé de victimes, probablement dans les dizaines de milliers, sont démontrées par les nombreux incidents détaillés dans le rapport. »

« L’utilisation extensive d’armes blanches et contondantes, particulièrement de marteaux, et les massacres systématiques des survivants après que les camps aient été pris prouvent que de nombreuses morts ne peuvent être considérées comme des dommages collatéraux de la guerre. Parmi les victimes se trouvaient surtout des enfants, des femmes, des vieux et des malades. ». L’attaque est couronnée de succès, et Laurent Désiré Kabila prend le pouvoir de la toute nouvelle République Démocratique du Congo. Deux ans plus tard, le gouvernement congolais est encore accusé de soutenir les rebelles Hutu qui ont afflué de toute la région. Une seconde invasion commence, qui va dégénérer en guerre régionale, impliquant 8 pays (Ouganda, Angola, Zimbabwe, Namibie, Tchad, Libye, Rwanda, Soudan et Congo) et 21 groupes armés non officiels. Pendant cette Deuxième guerre du Congo, les minerais sont pillés, et les crimes de guerre reprennent de plus belle. Elle va durer cinq ans et faire entre 3 et 4 millions de morts, majoritairement des civils.

Timing explosif

C’est Le Monde qui a parlé de ce rapport en premier, fin août. Tous les autres médias de la planète ont suivi et les réactions n’ont pas tardé. Pourtant, tous les principaux pays concernés avaient reçu un exemplaire du document en juin, leur laissant la possibilité d’en prendre connaissance et de le commenter avant vendredi 3 septembre, date prévue de sa publication.

Mais le gouvernement rwandais, premier sur le banc des accusés, est furieux. Il multiplie les déclarations fracassantes. Ainsi, le rapport serait un « document dangereux et irresponsable », et il serait « immoral et inacceptable que les Nations unies, une organisation qui a échoué dans sa mission d’éviter le génocide au Rwanda et les crises qui ont suivi pour les réfugiés, causes directes des souffrances endurées par le Congo et le Rwanda, accusent maintenant l’armée qui a mis un terme au génocide d’avoir commis des atrocités en RDC. ». Il faut dire que Kagamé a construit sa réputation dans sa gestion du pays après le génocide de 1994, dont il est sorti vainqueur et héroïque. Mais sa position s’est affaiblie depuis, et il a fallu quelques disparitions précoces d’opposants pour lui permettre d’être réélu en août avec 93% des voix. Pour éviter le déshonneur et peut-être le procès, il menace de retirer ses 3550 soldats de la paix au Soudan.

Dans un communiqué, la gouvernement rwandais affirme que le timing de publication du rapport ne serait pas exactement fortuit « il semble que les Nations unies tente de détourner l’attention internationale de leur dernière faute dans la région des Grands Lacs où récemment des centaines de Congolaises ont été violées sous le regard des forces de maintien de la paix. » Et il est vrai que les casque bleus de RDC (regroupés sous le nom de Monusco) ont été vivement critiqués il y a peu. Cette mission de maintient de la paix, qui coûte 1.35 milliards de dollars chaque année, aurait ignoré des avertissements prévenant de viols massifs et imminents. 242 victimes ont été attaquées entre le 30 juillet et le 4 août, la plus jeune un bébé d’un mois, la plus âgée une femme de 110 ans. Ces agressions ont été attribuées aux FDLR (menés par d’anciens Interahamwe) et aux rebelles Maï Maï congolais. Tout cela s’est déroulé à une trentaine de kilomètres d’une base de la Monusco dans le Nord Kivu. Roger Meece, représentant spécial de l’ONU pour la RDC a affirmé que ses troupes ne savaient rien de ce qui allait se dérouler, car elles étaient en effectif insuffisant. Cependant, un mail interne à l’ONU daté du 30 juillet semble dire le contraire.

Le rapport concernant les crimes de guerre en RDC dans les années 90 ne devrait être publié que le 1er octobre en raison des pressions exercées par le Rwanda. Mais les tensions dans la région des Grands lacs ne se sont pas arrêtées en 2003. Et la plus terrible des pratiques continue de sévir : le viol comme arme de guerre. En plus des insoutenables blessures physiques et psychologiques infligées aux victimes, certains utilisent ce moyen pour propager le Sida parmi leurs ennemis. Pendant ce temps, la Monusco patrouille à bord de chars, avec une poignée d’hommes mais jamais de femme , et parfois même sans interprète…

Bientôt un robot émo ?

Les robots, étymologiquement « esclaves » en langues slaves, ont toujours fasciné les humains, qui leur prêtent volontiers des caractéristiques humaines. Si les premiers prototypes ont été développés dans un but purement utilitaire, pour assister l’Homme de la cuisine aux champs de bataille, de nombreux robots sont aujourd’hui imaginés pour lui tenir compagnie, le réconforter. On commence à entrevoir des machines qui comprennent les émotions humaines, et peut-être bientôt, auront leurs propres humeurs…

Ordinateur émotionnel

Cette nouvelle discipline, plus connue sous son nom anglais d’«affective computing», combine psychologie, informatique, neurologie et mécanique. Le but : créer des systèmes et machines capables de reconnaître, interpréter, traiter et simuler les émotions humaines. Il s’agit donc de donner le jour à des robots empathiques et émotifs.

Mais pourquoi faire, peut-on se demander ? Avant tout, il serait beaucoup plus agréable et facile d’interagir avec un tel ordinateur ou robot qu’avec les froides mécaniques dont nous disposons actuellement. Ensuite, de nombreuses applications peuvent être tirées d’une technologie émotionnelle. Rosalind Picard, scientifique au Massachussetts Institute of Technology (MIT) en a évoqués des douzaines, dont :

  • des synthétiseurs vocaux qui permettraient aux muets de parler avec une voix animée et vivante, et non ‘robotique’
  • des interviewers artificiels pour s’entraîner aux entretiens d’embauche en analysant notre langage corporel
  • des détecteurs de frustration qui indiqueraient aux industriels la facilité avec laquelle leurs produits peuvent être utilisés

De nombreux laboratoires à travers le monde travaillent à la création de logiciels et de mécanismes en ce sens. Le prestigieux MIT a ainsi présenté NEXI (photo), un robot qui peut converser avec les humains, et de réagir en fonction de leur expression faciale grâce à des senseurs et les logiciels pour les décrypter. De manière similaire, le Japon a présenté Kobian, qui lui n’est qu’une tête parlante, mais tout aussi capable d’exprimer différentes émotions à travers ses lèvres, ses paupières et ses sourcils.

Évidemment, un projet qui mobilise autant de matière grise et de billets verts soulève des critiques. Ses détracteurs avancent qu’une machine ne pourra jamais avoir de réelles émotions, et qu’elles ne seront, au mieux, que de bonnes imitations. Tels l’animal-machine décrit par Descartes, les robots n’auraient pas d’âme, et ne pourraient pas ressentir de douleur, de joie, ou de peur. Mais la thèse cartésienne sur les animaux ayant été démontée depuis longtemps, on peut penser que cette nouvelle barrière aussi sera un jour franchie.

Paro et la conscience portable

Qu’est-ce qui est universellement mignon, blanc, dodu et super délicieux pour un ours ? Un bébé phoque, of course ! C’est donc sur le modèle de cet animal super cute que le scientifique Takanori Shibata a conçu son robot animal de compagnie interactif. Dans un article du New York Times, on découvre le fonctionnement de ce petit bout de fourrure appelé Paro. « Il babille et remue quand on le caresse, cligne des yeux quand la luminosité augmente, ouvre les yeux aux bruits forts et glapit quand on le manipule trop rudement ou qu’on le tient la tête en bas. […] Il se redresse quand il entend son nom, des félicitations ou, après un temps, des mots qu’il reconnaît ».

Sur le modèle de la pet-therapy (thérapie avec les animaux), mais sans risque d’allergie ni besoin de soins, Paro est surtout utilisé avec les personnes souffrant d’Alzheimer, ou juste de solitude, dans les maisons de retraites et les hôpitaux. Les résultats se sont montrés très encourageants, car même lorsque les patients savent parfaitement que Paro n’est pas un vrai animal, ils s’y attachent et celui-ci leur apporte un grand réconfort. Pourtant certains psychologues redoutent que, par paresse ou facilité, ces compagnons robotiques ne soient substitués automatiquement à une présence humaine (membre de la famille ou ami). Ils craignent un monde où seuls les plus méritants ou les plus fortunés auront droit à une « vraie » présence.

Dans cette même lignée, à la fois utilitaire et interactive, l’Institut National sur l’Abus des Drogues aux États-Unis est en train de développer un détecteur d’émotion pour aider les anciens accros. Les volontaires pour tester cette « conscience portable » Fourniront des informations comme les lieux ou les personnes qui déclenchent un manque et feront une sélection de messages pour les dissuader de replonger (encouragements, photos de famille…). Le dispositif se présentera sous la forme d’un bracelet équipé de senseurs, d’un GPS et d’algorithmes lui permettant d’envoyer un message SMS lorsqu’un lieu ou une personne critique est proche, ou quand il analyse un changement émotionnel inhabituel.

C’est encore dans le New York Times que l’on trouve cette chronique assez incroyable : la première interview d’un robot interactif, Bina48, par une journaliste, bien humaine, elle. Entre malentendus du au capteur sonore de la machine et incompréhension, des moments d’une humanité surprenante surgissent. Bina rêve, « mais c’est tellement chaotique et étrange que ça me semble être juste du bruit », elle blague aussi. Et quand la journaliste lui demande ce que ça fait d’être un robot, elle répond doucement « Eh bien, Je n’ai jamais été autre chose ». Il reste beaucoup de progrès à faire, bien sur, mais toutes ces avancées rouvrent les portes de notre imaginaire et réveille l’enfant en nous qui a un jour voulu un ami robot…

A Bucarest, brainstorming pour faire de la Roumanie une marque

Créer une culture « skate », revoir le design des billets de lei et offrir une histoire aux touristes (en dehors de l’incontournable palais du parlement, qui résulte de la destruction d’un tiers de la ville par Ceaucescu pendant l’ère communiste)…Voilà quelques unes des idées pour redynamiser l’image et le PIB d’un pays rongé par la crise.

Le 6 juillet, la ministre roumaine du tourisme, Elena Udrea, portait une tenue folklorique pour se rendre à Satu Mare, dans le Nord Ouest du pays. Les publicités lancées par cette jeune femme de 36 ans, vantant « un seul pays, tellement d’expériences », ont été financées en 2009 avec des millions d’euros d’argent public, en provenance notamment de la BRD Société Générale, deuxième plus grosse banque en Roumanie. Ces réclames mélangent des scènes de boîtes de nuit et de beach-volley avec des images de zèbres courant devant le palais du parlement (anciennement palais du peuple), et de femmes polyandres… De quoi donner envie de venir en Roumanie, c’est sûr.

Faut-il jalouser la jet-set roumaine ?


Elena Basescu, fille du président, député européenne et jet-setteuse invétérée, incarne l’image des « copii de bani gata », ces « gosses de riche » roumains qui naviguent entre l’idolâtrie des magazines people et les journalistes qui les conspuent. Une question lancinante nous prend la gorge à leur rencontre : ces fils à papa sont-ils heureux ?

Les médias parlent d’eux comme de la nouvelle élite, mais ils n’ont rien d’une élite au sens traditionnel du terme. Les copii de bani gata (« copii » pour « gosses » – « bani gata » pour « parents riches ») sont des enfants qui se complaisent dans le luxe que leurs riches parents leur procurent. Ils sont les héros quotidiens des pages people et les protagonistes des télé-réalités les plus hautes en couleurs. Pour beaucoup de Roumains, ils sont une source d’admiration et d’envie sans fond, étant les représentants la classe sociale qui a le plus profité de la transformation du système politique.

Faites-vous peur aux femmes ?

Après avoir parcouru hier le test absolument grandiose fourni par L’Express aux femmes hétérosexuelles en mal de mâles (c’est ici, féministes de tous poils, tenez vous bien à vos souris, ça dépote !) je me suis dit qu’une frange non négligeable de la population était laissée de côté par cette analyse dont la finesse n’a d’égale que la pertinence (tu la sens ma grosse ironie ?). Il était donc temps de faire un test destiné aux hommes qui aiment les femmes, puisque, comme L’Express je ne conçois pas de relation sexuelle/amoureuse autre qu’hétéro (pouah !).

Je reprends : tu es un homme équipé d’un zizi ? Tu aimes les femmes non équipées d’un zizi ? Mais des fois, malgré ton romantisme qui fleure bon la Kronenbourg tiède, tu te sens rejeté, comme si ces demoiselles te fuyaient ? Tu te poses des questions sur ton sex-appeal et ton comportement relationnel ? Ce test est pour toi!

Question 1

C’est ton premier rendez-vous avec Marie-Cunégonde, la jolie brune rencontrée à Dunkerque (ouais, je vends du rêve), que prévois-tu pour l’épater ?

♥ Je lui achète des fleurs, les filles ça aime les fleurs.
♦ Je l’amène au resto et je surveille qu’elle ne bouffe pas trop, j’aime pas les grosses.
♣ Pour la surprendre, je l’attrape par derrière, lui mets un sac sur la tête et l’amène en forêt.
♠ Je lui demande ce qu’elle aimerait faire (match de boxe ? surf sur un pingouin ?)

Question 2

Cela fait quelques jours que Marie-Cunégonde ne répond pas à tes appels malgré un premier rendez-vous que tu as trouvé réussi, que fais-tu ?

♥ Je lui écris un poème en langage SMS pour faire lover mais hi-tech quand même.
♦ Je lui demande le numéro de sa petite sœur par texto.
♣ Je l’attends, planqué en bas de chez elle et je la suis pour voir ce qu’elle me cache.
♠ Je la rappelle pour lui demander si elle a passé une bonne soirée.

Question 3

Finalement Marie-Cunégonde, un peu réticente au début, consent à te recevoir dans sa culotte chez elle. Quelle attitude adoptes-tu ?

♥ J’achète des pétales de rose à mettre sur le lit de notre amour et des bougies (les filles aiment les bougies).
♦ Je débarque avec un ami et lui propose direct un plan à trois. Elle va prendre cher la coquine.
♣ Je lui demande ce qu’elle pense de la zoophilie après l’apéro, histoire d’être fixé.
♠ J’essaye de lui faire plaisir sans m’oublier, échange de bons procédés

Résulats :

Si tu as une majorité de ♥

Tu fais peur aux princesses Disney repenties. Désolée de te décevoir, les femmes font caca, et certaines sont même imperméables au romantisme au point de fuir à grandes enjambées à la vue d’un bouquet de roses rouges. Mais pas toutes. Continue, ça peut marcher.

Si tu as une majorité de ♦

Tu fais peur aux femmes, oui…Normal, tu te comportes comme un vrai goujat. Ne perd pas espoir pour autant, il y a des milliers de femmes qui se targuent d’aimer les connards : elles sont pour toi !

Si tu as une majorité de ♣

Tu fais peur aux femmes… mais aussi aux hommes, aux animaux et aux plantes. Moitié psychopathe moitié stalker, il faut consulter !

Si tu as une majorité de ♠

Salut grand fou… mon numéro de tel c’est le …

Trucs que j’aime mais que j’assume pas trop

1: Le Catch

Il ya quelques temps, j’étais sur Twitter (pour changer) et j’annonçais le menu de ma soirée de rêve en amoureux : pizza, bière et catch à la télé. Quelle ne fut pas ma surprise devant le déluge de « LOL » incrédules que je reçus en réponse. Ben quoi ?
C’est la pizza qui vous choque? Non? La bière alors? Non plus… Apparemment, le problème, c’était le catch. Pourtant moi, je nourris une passion dévorante depuis des années pour ce sport ( oui oui c’est du sport, j’te jure) où les hommes sont épilés, huilés, ridiculement musclés dans leur moule-bites chamarrés et se cognent dessus (pour de faux)

Car c’est l’un des attraits du truc, selon moi: regarder ces mastodontes se lancer de la troisième corde pour s’abattre avec un coup de coude vengeur sur l’abdoment rutilant de leur malheureux adversaire, avoir mal pour lui tout en se rassurant (mais non, ils ne tapent pas pour de vrai sinon le combat durerait 3 minutes et ils se tueraient, soyons sérieux.)

Il ya deux autres aspects qui m’attirent vers ce spectacle dont certains ont l’outrecuidance de dire « Cay nul! ». J’aime la façon qu’ont ces personnages de s’interpeller comme des acteurs de Série Z, en montrant tantôt un biceps tantôt une canine assassine. Et aussi, les amateurs le sauront comme moi, les commentateurs français sont complètement fous et me font mourir de rire.

2: Les imprimés léopard

Dit comme ça on peut se demander: où est la honte là-dedans? Si tu penses ça, tu es probablement né(e) après 1995 et ne saisit pas la dimension « pute ou bobonne vulgaire à moumoute » qui collait à la peau (de léopard! hahaha. pardon) de cet imprimé. Car oui, désormais c’est devenu trendy (ou est-ce déjà passé, j’ai du mal à suivre). Mais depuis des années déjà, j’adore tout ce qui est imprimé léopard : collants, écharpes, jupes, gilets, et mon rêve ultime c’est de posséder un manteau en fausse fourrure avec les jolies tâches caractéristiques, un peu comme Chritian Clavier en travelo dans Le Père Noël est une ordure…

3: Le Marmite

Ô toi, ami anglophile qui reprend en se léchant les babines une troisième part de gigot à la sauce à la menthe, peut-être comprendras-tu le dégoût que je lis dans les yeux de mes compatriotes quand je leur dis que j’aime le Marmite. Si tant est qu’ils sachent ce que c’est. Pour les non cultivés de la bouffe anglaise, le Marmite est une pâte à tartiner salée (très salée) composée d’extraits de levure. Leur slogan « Love it or hate it » décrit bien les réactions extrêmes des palais confrontés à cet ovni gustatif. Il faut dire que, déjà visuellement c’est assez peu ragoûtant (pâte un peu visqueuse couleur marron foncé). En plus, l’odeur est pas top, et le goût, vraiment très très particulier. Mais bon, voilà, moi j’adore ça, et tu peux pas me faire plus kiffer ma maman au petit dej qu’avec un toast beurré dégoulinant de Marmite.

4: Les films et livres à l’eau de rose

On a beau être un(e) féministe convaincu(e), et croire fermement en la théorie des genres, il peut nous arriver à tous et à toutes de laisser parler notre côté guimauve, alors j’avoue. Oui, je le confesse, je ne peux pas m’empêcher de lire et regarder de manière quasi compulsive des comédies romantiques et bouquins à l’eau de rose, ça réveille la midinette qui sommeille en moi. T ’en nommes un, je l ’ai vu (ou lu) (ou les deux). De mes premiers émois avec Pretty Woman à Love Actually en passant par PS I Love you, L ’Arnacoeur ou La Délicatesse, c ’est bien simple je suis incollable, et je n ’en suis pas fière. J’ai beau serrer les dents et me répéter que ces inepties sont orchestrées pour jouer sur ma corde sensible à grands coups de violons larmoyants, rien n’y fait, quand les amoureux s’étreignent après avoir traversé mille épreuves, je ne peux retenir un soupir qui confine au miaulement de contentement.

5.Starmania

Pas de honte à aimer Starmania me direz-vous ? Hum pas si sûr. Déjà parce que, clairement pour les gens nés en 1994 (ouch, le calcul fait mal) et qui fêtent leurs 18 printemps cette année, ce fameux Opéra Rock est au mieux un vestige vintage rigolo au pire un truc tellement OLD que même leurs parents l’écoutent. Ensuite, quand je dis que j’aime Starmania, ce n’est pas d’une simple bluette que je vous parle mais d’un amour dévastateur qui me pousse plus souvent qu’à mon tour à…chanter. Et là C’EST LE DRAME. Pour vous donner une idée, imaginez un petit animal (disons un chaton) à qui on tire la queue d’une main en l’écrasant de l’autre. C’est à peu près mon timbre de voix.

6: Tyrion Lannister

Oui, oui, je sais : tous les fans de Game of Thrones adorent son personnage drôle, caustique, intelligent et au fond bienveillant. Certes mais j’imagine que celles et ceux qui se pâment devant lui ne sont toutefois pas légion. J’en fais partie. Je le dis clairement, si je croisais « The Imp », quelque part entre King ’s Landing et Winterfell, je voudrais être sa prostituée privée et je suis convaincue que ce mec est un amant incroyable.

Transsexuel(le)s la vie entre transcendance et transgression

Depuis février 2010, la transidentité1 ou « transsexualisme » (ou encore dysphorie de genre) a officiellement été retirée de la liste des affections psychiatriques de longue durée. Mais la « dépsychiatrisation » annoncée par le ministère de la Santé n’a pas vraiment eu lieu, puisqu’un diagnostic et un suivi très longs sont toujours imposés aux trans’. De la souffrance initiale d’être né(e) dans le mauvais corps au long parcours de mise en adéquation de ce corps avec sa personne, il y a aussi les humiliations, les violences physiques et psychologiques, l’incompréhension et le jugement dans les regards.

Transidentité

Même au 21ème siècle, certains préjugés ont la peau dure. Et quel sujet plus apte à réveiller les clichés que celui des transsexuels ? Par exemple, les amalgames entre transsexuel(le)s, homosexuel(le)s et travesti(e)s sont monnaie courante. Pourtant, la transidentité n’a rien à voir avec l’orientation sexuelle. Un homme devenu femme (ou femme née homme), se considèrera hétérosexuelle si elle est attirée par les hommes ou lesbienne si elle est attirée par les femmes. Quant au travestissement, il relève plus souvent du fantasme que de la volonté de changer de sexe.

Autre préconception, on pense presque exclusivement aux MtF (Male to Female) ou femmes nées hommes, et rarement à l’inverse, ces hommes emprisonnés dans des formes féminines. En fait, il existe autant d’identités transgenres que de personnes, avec des choix de parcours et de mots très variés. Que ce soient les MtF ou les FtM (Female to Male), certains choisissent de ne prendre que des hormones, alors que d’autres décident de se faire opérer. Et même parmi celles et ceux qui passent sur le billard, la chirurgie de réattribution sexuelle complète n’est pas systématique. D’autant que, pour les FtM, les opérations ne sont pas encore très perfectionnées, et la peur (compréhensible !)d’avoir un sexe insensible ou non fonctionnel est bien présente.

Troisième sexe ?

La plupart des trans’ souhaitent être reconnu(e)s dans leur identité ressentie et désirée), par leur entourage comme par l’administration. Le changement de prénom et de pronom est alors essentiel à leur épanouissement. Mais d’autres aiment jouer de leur ambiguïté, se plaisant à se décrire comme intersexuel(le)s, intersexué(e)s voire hermaphrodites. Ces derniers remettent souvent en question la classification binaire classique, qui veut que l’on soit homme ou femme, sans interconnexion ou nuance possible. De la même manière que les comportements genrés ont été remis en question par le féminisme, les genres eux-mêmes sont ici interrogés et on évoque un possible troisième sexe.

Ainsi, Anneric témoigne sur le site syndrome de benjamin : « je ne me définis pas comme transsexuelle, parce que je ne me sens pas femme intégrale ». Il/elle raconte son parcours chaotique qui passe par une phase punk (« ça c’est viril tout plein ! »), puis la rue, et la vie en squat, qui contribuer à la politiser. « le problème des rapports genrés devint un des thèmes centraux de la vie quotidienne ». Entre deux identités, il/elle explique « D’un côté j’étais le sale mec, condamné par mes amies féministes radicales au péché originel, d’être né et d’avoir vécu comme un mâle dominant, de l’autre j’étais condamnée par le reste du monde à n’être qu’une pédale, une pute, un travelo. » Mais après des années de quête identitaire, Anneric se trouve : « Je ne suis ni garçille, ni farçon, je suis un-e phoemme, bien dans sa peau. »

Trans’ en France

Selon les associations, il y aurait en France environ 50 000 personnes transgenres. La procédure pour changer de sexe est extrêmement longue et se déroule généralement de la manière suivante. La personne rencontre une équipe médicale pluridisciplinaire qui établit un diagnostic. Une fois cette première étape franchie, un traitement par hormonosubstitution peut commencer. Il existe un délai de deux ans minimum entre la prise en charge et l’opération si elle a lieu. Durant ce laps de temps, la personne est censée vivre dans « le rôle du sexe désiré dans les activités quotidiennes sociales et professionnelles ». Et pendant cette période, un suivi psychiatrique est obligatoire et le statut juridique complètement flou.

Le changement d’état civil ne peut se faire qu’une fois l’opération chirurgicale qui aboutit à une stérilisation (vaginoplastie ou hystérectomie) effectuée. Pour pouvoir prétendre à une opération de réassignation sexuelle, les personnes mariées doivent obligatoirement divorcer. Ces deux pré-requis constituent aux yeux des associations de graves violations des droits fondamentaux des personnes concernées. A cette discrimination systémique s’ajoutent le mépris, les rejets, la difficulté d’accession à l’emploi et au logement, et une exposition à la violence très au-dessus de la normale. Ce qui expliquerait surement pourquoi 36% des répondants à une enquête sur les jeunes trans et transgenres déclarent avoir tenté de se suicider…Même si 98% se sentent mieux une fois le parcours de transition de genre commencé.

Pauvres de France

Alors qu’aux États-Unis, l’écart entre les plus pauvres et les plus riches continue de se creuser, une étude de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) propose un état des lieux de la pauvreté en France. Ce sont les chiffres datant de 2008 qui y sont analysés pour arriver à ce constat : 7.8 millions de français vivraient en dessous du seuil de pauvreté, fixé à 949 euros mensuels. Parmi eux, la moitié aurait un niveau de vie inférieur à 773 euros par mois. Nouveaux riches, anciens pauvres et vice-versa…

Définir la pauvreté

Ce qu’il faut d’abord savoir, concernant les résultats présentés par l’Insee, c’est qu’ils traitent uniquement de pauvreté monétaire. Or, si l’on en croit le tout puissant Wikipedia, ce n’est pas seulement ça, la pauvreté : « La pauvreté est l’insuffisance de ressources matérielles, comme la nourriture, l’accès à l’eau potable, les vêtements, le logement, et des conditions de vie en général, mais également de ressources intangibles comme l’accès à l’éducation, l’exercice d’une activité valorisante, le respect reçu des autres citoyens. ».

Ensuite, les calculs de l’Institut concernent ce qui est appelé le niveau de vie, c’est à dire le revenu total dont dispose un ménage (y compris les prestations sociales) moins les impôts directs, en tenant compte du nombre de personnes dudit ménage. D’autre part, certaines évolutions récentes peuvent ne pas transparaître, les chiffres datant d’il y a deux ans, c’est à dire tout au début de la crise économique.

L’étude montre un revenu médian de 19 000 euros par an, soit 1580 euros par mois. La moitié des français vivent en dessous de ce niveau, et l’autre moitié au dessus. Le seuil de pauvreté correspond à 60% de ce revenu médian qui augmente depuis des années, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Chose frappante, malgré un profond ressenti d’iniquité, les disparités entre les couches les plus riches et les plus précaires semblent stagner aux alentours de 3 depuis quinze ans.

Concernant les catégories de la population les plus touchées, ce sont les familles monoparentales qui sont heurtées de plein fouet par la précarité. Il s’agit le plus souvent d’une femme seule avec un ou plusieurs enfants, et un tiers d’entre elles vit en dessous du seuil de pauvreté. D’un point de vue géographique, l’Ile de France a la particularité d’être la région la plus riche du pays, mais aussi celle où on trouve les plus fortes inégalités.

Pour compléter les données communiquées par l’Insee, il est bon de se référer aussi au rapport 2009/ 2010 de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES). Celui-ci relève des tendances dans la paupérisation, notamment l’augmentation du nombre de chômeurs non indemnisés et de dossiers de surendettement, ou encore l’explosion des sollicitations auprès des associations d’aide alimentaire.

Augmenter les minima ou instaurer un maximum ?

Pour lutter contre les inégalités et la pauvreté, l’idée d’un salaire minimum européen a été soulevée à plusieurs reprises par des organisations syndicales ou des partis politiques à travers l’Union. Mais le salaire minimum interprofessionnel, qui, pour les français, est un acquis de longue date (le premier SMIG ayant été fixé en 1950) est absent de plusieurs pays européens. Ainsi, l’Allemagne, la Suède ou la Finlande ne l’ont pas mis en place. Cette question se voit donc systématiquement récusée au nom de la sacrosainte compétitivité. Une uniformisation des salaires les plus bas semble donc impossible à mettre en œuvre au sein de l’Europe. Comment, alors, diminuer les inégalités qui sont parfois flagrantes ?

En prenant le problème dans l’autre sens, on peut se demander si les disparités ne pourraient pas être atténuées en limitant les revenus des dirigeants. N’ayons pas peur des mots : est-il envisageable d’instaurer un salaire maximum européen ? Et si oui, à quel niveau devrait-on fixer ce maximum ? Ce sont des questions qui, elles aussi, reviennent périodiquement sur le devant de la scène, sans toutefois qu’une réponse y ait été apportée à ce jour. Les partisans d’une telle mesure ne prétendent pas qu’elle solutionnerait tous les problèmes. Néanmoins, sa portée symbolique permettrait peut-être un plus grand sens de la justice sociale. Actuellement, un patron du CAC 40 gagne en moyenne, en un an, 366 ans de SMIC. Un calcul plutôt décou/rageant qui tend à décrédibiliser la notion de mérite et la valeur du travail.

Pour certains, c’est un salaire maximum qu’il faut mettre en place, avec une valeur indexée sur celle du salaire minimum. Mais alors par combien doit-on multiplier ? Par trois pour Olivier Besancenot, par dix selon Yves Cochet chez les Verts et par…240 pour la société de conseil aux actionnaires Proxinvest (soit une limite à plus de 3.5 millions d’euros par an) ! D’autres pensent que cela ne suffirait pas, puisqu’il serait encore possible de gagner des sommes astronomiques grâce à des bonus ou des primes. Alors, comme le suggérait Marianne en 2009, la solution serait-elle de taxer les très hauts revenus à hauteur de 80 ou 90% au-delà d’un certain niveau ?

Mère ? Non merci

« Un enfant quand je veux, si je veux », ce slogan féministe des années 70 peut paraître obsolète aujourd’hui. Après tout, les femmes ont obtenu le droit à la contraception orale et à l’avortement… Plusieurs décennies ont passé, et nous avons maintenant les deux pieds bien ancrés dans un XXIème siècle que l’on veut croire empreint de modernité. Mais celles qui choisissent de ne pas faire d’enfant continuent d’être stigmatisées, soupçonnées d’un défaut de fabrication ou d’un égoïsme intrinsèque. Onze femmes entre 25 et 32 ans ont accepté de répondre à mes questions concernant leur volonté de ne pas devenir mères.

Pluri-elles

À travers les témoignages de Julie P., Funambuline, Marie-Amria Cressot, Carine, Aurélie Denne, Magali, M’dame Jo, Julie D., Florence, Hélène et Marie, vous découvrirez que ces femmes sont toutes très différentes, leur seul point commun étant leur désir de rester nullipares. Impossible donc de prétendre dresser un portrait robot de « la femme qui ne veut pas d’enfants ».

Dès la première question, un coup est asséné au prêt-à-penser, qui voudrait que seules les « vieilles filles » choisissent de ne pas faire d’enfants, plus par dépit que par volonté. La plupart de ces jeunes femmes sont en couple (8 sur 11), dont trois sont mariées ou pacsées.

Il a été observé que plus les femmes font d’études supérieures, moins elles font d’enfant. Quant à mes témoins, elles sont salariées du secteur social, documentalistes, masseuses, webdesigners, ingénieures, journalistes, cadres supérieures, graphistes ou travaillent dans l’évènementiel, et une d’entre elles se réoriente dans l’humanitaire (aurait-elle un cœur, alors ?incroyable !).

Si quelques unes trouvent les enfants inintéressants, voire pénibles (et qui ne l’a jamais pensé ?), Funambuline tord le cou aux idées reçues puisqu’elle dit adorer les enfants, et être pour ses neveux « une vraie tata gâteau ».

Un choix ou une « non-envie viscérale » ?

Si certaines arrivent à déterminer le moment où elles ont pris la décision de ne pas procréer, ou le cheminement qui les y a menées, d’autres estiment que leur intention vient des tripes, comme pour d’autres celle d’enfanter.

Funambuline explique « Je n’ai jamais pris cette décision pour la simple et bonne raison que ce n’est pas une décision, ni un choix réfléchi ou conscient. C’est une non-envie viscérale. […] c’est pareil et tout autant non-réfléchi qu’un désir d’enfant ». Pour Magali non plus « ce n’est pas un choix mais un état de fait (comme être gaucher, ou gay). Un manque total d’envie, tout simplement ». Aurélie non plus n’a jamais eu « un quelconque désir de maternité. Ni une aversion. Je ressentais davantage un désintérêt (‘c’est pour les autres’) ».

M’dame Jo (« ce n’est pas plus rationnel qu’une envie de chocolat »), Hélène, Marie et Julie P. rejoignent toutes ces propos : elles n’ont jamais eu envie de pouponner, voilà tout. Mais même celles qui se sentent instinctivement « non-mères » avancent souvent de nombreux arguments en faveur de leur mode de vie « childfree ».

Economie, liberté, écologie…

La raison invoquée le plus fréquemment par les témoins pour ne pas faire d’enfant, c’est la situation socio-économique présente et à venir. Sept des femmes qui m’ont répondu ont cité ce critère comme déterminant. D’une part mettre un enfant au monde aujourd’hui, c’est l’exposer à un avenir probablement précaire. D’autre part, toutes ne sont pas sûres qu’elles pourraient assurer à un enfant des conditions de vie sinon confortables, du moins suffisantes. Car un enfant, Corinne Maier le disait déjà dans son livre « No Kid, 40 raisons de ne pas avoir d’enfants », coûte plus cher qu’une voiture dernier cri, qu’une croisière autour du monde ou qu’un deux pièces à Paris !

Sur la deuxième marche du podium, l’écologie et la liberté sont ex-æquo avec cinq mentions chacune.

L’écologie semble, comme l’économie, être une double préoccupation. D’abord, le réchauffement climatique fait peur, on ne sait pas dans quel état sera la planète dans 10 ou 20 ans. Ensuite, le fait d’amener un nouvel être sur Terre, notamment en Occident, revient à offrir au monde un nouveau petit pollueur. Quand on sait qu’en 2004, chaque citoyen européen produisait 520 kilos de déchets par an, on peut penser que chaque non-mère offre un peu de répit à la Terre.

La liberté, l’indépendance, l’absence de contraintes, voilà des avantages qui tendent à disparaître à l’arrivée d’un enfant. La mère qui n’a pas les moyens de s’offrir une aide à temps plein se voit réduite en esclavage, répondant aux moindres attentes de son enfant. Finies aussi les sorties improvisées, les grasses matinées, les longs voyages à la dernière minute… « A quoi bon avoir un enfant si c’est pour lui reprocher de me priver de ma liberté, de mon indépendance, de ma spontanéité ? » se demande par exemple Aurélie.

Les aspects physiologiques de la grossesse et de l’accouchement (douleur, fatigue, « une scène d’Alien » pour Magali), la carrière et les doutes sur la capacité à être une « bonne mère » sont également des raisons citées plusieurs fois par les témoins.

Pression sociale

Parmi les questions que j’ai posées à toutes ces femmes, celle de l’anonymat dans cet article a amené des réparties intéressantes. Ainsi, seules Marie-Amria et Aurélie n’ont pas souhaité que leur nom soit tronqué. La première parce qu’elle « assume et ne risque rien », la seconde pour « lever, à [sa] petite échelle, ce « tabou » ». Plusieurs souhaitent préserver leur vie privée de l’omniscient Google, mais quatre autres ont précisé qu’elles craignaient une certaine pression sociale, d’avoir à se justifier auprès d’inconnus voire que cela leur porte préjudice pour un prochain emploi.

Car, à l’exception de Florence qui n’a « pas de remarque désobligeante à déplorer pour le moment », toutes ont eu un droit à un florilège d’agressions, souvent en provenance de parfaits inconnus. Plus de la moitié ont été taxées d’égoïsme pour leur choix de vie, comme si faire un enfant pour sauver un couple ou se retrouver dans les traits d’un mini-moi était une preuve d’altruisme exacerbé. D’autres épithètes peu flatteuses sont également fréquentes telles « vieille fille », « aigrie », « triste », « anormale » et même « monstrueuse ».

Autre assertion que six des témoins ont entendue de manière récurrente « Tu changeras d’avis ». Vous avez bien lu, pas de point d’interrogation, c’est une certitude. Parfois associée à l’évocation de la fameuse horloge biologique, cette affirmation présomptueuse agace plus qu’elle ne blesse. Doit-on comprendre que les femmes ne sont que des utérus en attente d’utilisation ? Des pondeuses en puissance prête à se déclencher sur commande d’une bombe à retardement ovarienne ?

La pression sociale et familiale est telle qu’Aurélie dit avoir un instant pensé à céder, juste pour y échapper.

Il y a 61 ans, Simone de Beauvoir écrivait « Le Deuxième Sexe », une réflexion sur la place de la femme dans la société. L’une des idées qu’elle exposait était celle-ci : l’individualité de la femme est combattue par l’intérêt de l’espèce. Au vu des témoignages que j’ai reçu, force est de constater que cette rixe n’est pas terminée. On pardonne rarement à une femme de vouloir être « juste » elle, en tant que personne. On n’admet pas que des projets créatifs, amoureux ou professionnels puissent être source d’épanouissement pour les femmes. Pourquoi ? Parce que ce mode de vie est minoritaire et donc…différent. Différent, le voilà le gros mot, celui qui donne le droit d’ostraciser celles qu’on ne comprend pas, qu’on ne connaît pas.