To be or not to be… riche !

Depuis quelques jours, plusieurs millionnaires/milliardaires en France et outre Atlantique font le buzz à grands coups d’annonces réclamant d’être taxés plus afin de renflouer les caisses de leurs états respectifs, ou de pouvoir amener une contribution ponctuelle pour soutenir des économies chancelantes. Évidemment, la première pensée du quidam moyen, moi la première : il serait grand temps en effet que les plus fortunés passent à la caisse !

Mais bien vite, un certain cynisme, ancré dans l’empirisme réaliste, refait surface et l’on se demande pourquoi, tout d’un coup, les « riches » voudraient se délester d’un argent qu’ils ont toujours chéri ? Parce qu’ils sentent un danger imminent en provenance des masses laborieuses estime Monique Pinçon-Charlot , rejointe en ce sens par l’ami @Vogelsong. Le quotidien Libération aussi se penche sur la question puisqu’il y consacre un dossier spécial aujourd’hui. Je ne m’appesantirai pas sur cette problématique, donc, puisque d’autres l’ont fait avant moi, et avec bien du talent.

C’est en voyant passer un tweet en provenance de RMC, la radio démago par excellence, qu’une autre interrogation s’est imposée à moi. À ses auditeurs, cette fréquence demandait : « Est-on riche quand on gagne 5.000 euros par mois ? ». Une question floue comme un sondage Ifop et qui a mené, fatalement, à une quasi égalité du OUI et du NON dans les réponses. Un résultat inintéressant au possible et qui m’a poussée à solliciter ma TL à s’exprimer au sujet d’une question, volontairement plus ouverte : « à partir de quel revenu est-on riche? ».

Dans le vénérable Larousse, à « riche » on trouve (les italiques entre parenthèses sont peut-être légèrement modifiés, mais vraiment, à peine) :

Qui a de la fortune, des biens importants : Une riche héritière. (coucou Paris, comment va la duckface ?)
Se dit d’une collectivité dont la situation financière ou économique est prospère : Les pays riches et les pays pauvres. (nous et les autres)
Qui dispose d’une quantité relativement importante d’argent : Aujourd’hui on a touché notre mois, on est riches. (j’ai trouvé deux euros, l’autre jour, ça compte ?)
Qui implique un prix élevé ou une grande valeur, qui se distingue par son caractère luxueux : Une riche demeure. Faire de riches présents. (passe moi mon gode en or, tu veux, François-Marie ? demanda dans un râle la noble Bettencourt)
Qui se distingue par l’abondance et l’excellence des éléments qu’il renferme : Une région au sol riche. (tiens, y’a une barrette de schiste dans ton sol !)
Qui contient tel élément en forte proportion ou quantité : Aliment riche en vitamines.(exemple : le sperme est riche en protéines)
Qui présente de nombreuses possibilités : Une œuvre riche d’enseignements. (ensemble, entre riches, tout devient possible)
Mais revenons à nos moutons, ou plutôt aux réactions des gens de l’intérieur de Twitter qui ne sont donc pas des moutons mais des oiseaux. Bref. Très vite des remarques (justifiées) sont venues pondérer cette demande : parle-t-on en brut ou en net ? S’agit-il de revenu par personne, et prend-on en compte le nombre d’enfants à charge ? Est-ce le seul salaire dont on parle ou également le patrimoine ? Selon que l’on vive à Paris ou en province, les sommes évoquées n’ont pas non plus la même valeur par rapport au coût de la vie… En somme une première constatation s’impose : la richesse est relative !

Hackerspace !

Le 10 juin dernier, comme tous les jeudis, se tenait une conférence au Musée des Arts et Métiers : regards croisés artistes & scientifiques. La littéraire dévoyée et passionnée de geekeries que je suis s’y est rendue. Il faut dire que le programme était alléchant : « hacking, recherches, transdiciplinarité et création à la marge ». Comme beaucoup, j’avais l’image du hacker-pirate, qui s’introduit plus ou moins légalement dans les systèmes informatiques pour dénoncer les failles du Pentagone, des banques ou des nouveaux réseaux sociaux. Mais le hacking est un peu différent de cette image de « robin des bois romantique ». Ainsi, selon les intervenants de la conférence, « le hacking est une mise en application concrète et décomplexée de cette recherche à la marge, dont les objectifs sont la transmission, la création, l’innovation, le partage et la communication. ». Concrètement, leur but est de résoudre des problèmes et d’en faire profiter gratuitement le plus grand nombre. Le terme hacker est alors utilisé dans une acception très large, c’est-à-dire quelqu’un qui conteste intellectuellement les limites d’un système.

Voleurs de caddies

Un exemple : Le projet Consumers BGone. Plusieurs grandes surfaces équipent leurs caddies de système anti-vol (fort nécessaire quand on connaît le nombre de caddies volés qui encombrent les rues de nos belles villes !!). Lorsque le caddie sort du périmètre établi, le petit émetteur dont il est équipé bloque les roues de l’engin… Le voleur ne peut donc plus manœuvrer aussi facilement. Le but est qu’il abandonne le caddie et soit empêché de commettre son délit. Terrible délit s’il en est… Le problème, c’est que ce système est faillible, comme l’on prouvé les créateurs de ce projet. L’émission via un simple téléphone portable d’une fréquence adéquate débloque les roues du caddie. D’un côté une technologie chère et faillible, utilisée pour prévenir un délit somme toute peu dangereux (on peut se poser la question de savoir si le vol de caddie est un « phénomène de société » si important qu’il faille dépenser tant d’argent pour sécuriser tous les caddies d’une grande surface…). De l’autre, une solution pour débloquer les roues de l’engin, simple à mettre en place. Et ludique. Ca vous dirait de voir ce que ça donne le blocage de roues des caddies de vos concitoyens lors de leur frénésie consumériste ???? ;).

Tmp/lab : laboratoire temporaire

Afin de présenter et développer toutes sortes d’idées et de solutions … il fallait un lieu. Ben oui, Paris est la ville-lumière, mais elle ne brille pas par le nombre de hackerspaces qu’elle abrite. Le prix des loyers étant ce qu’il est, c’est à Vitry-sur-Seine que le collectif a établi sa base, entre les rails SNCF, un site Sanofi qui pue de manière aléatoire, et une belle zone industrielle tout droit sortie de vos romans cyberpunks préférés. Le lieu comme l’esprit du hackerspace se veut temporaire, d’où le nom /tmp/lab. Sur leur wiki, on retrouve cette explication :« Le nom /tmp/lab s’inspire de l’idée de permatemp, le temporaire qui reste en place — mais qui reste temporaire et nomade par nature, autant que de la culture Unix des systèmes ouverts ». On y découvre aussi les différents projets qui grandissent sur le terreau fertile du lab (Bidouillage et flashage de routeurs OpenWRT, Biodiesel expérimental, entre autres). Bonne nouvelle pour les curieux, le hackerspace est ouvert tous les jeudis, à tous et bien sur gratuitement (calendrier des conférences).

Aventure en zone industrielle

C’est donc jeudi dernier que j’ai eu le courage de traverser tout Paris sous des températures caniculaires le 8 juillet dernier, avec la rédac’ chef de L’actu à la loupe, si si !!! Nous avons raté la station de RER (il faut descendre à la station Les Ardoines), sauté des grilles, pénétré dans des parkings d’entrepôts, visité des stations de lavage de poids lourds, rebroussé chemin, puis sommes revenues sur nos pas, avons trouvé le panneau AS24, demandé notre chemin à de charmants jeunes hommes, sommes entrés chez des gens (ben quoi ??? la porte était ouverte!) et finalement, en descendant un escalier en béton presque entièrement camouflé par des buissons fleuris, nous avons découvert le hackerspace !!!! On nous a élégamment offert des bières (non, non on ne les a pas du tout réclamées, pour qui vous nous prenez ???). Et hop, on a assisté à des présentations passionnantes ! Malheureusement, la SNCF et ses horaires limités nous ont forcés à quitter le hackerspace en catimini pendant que continuait l’échange sur la biologie synthétique et le biohacking (article coming soon, NDLR). Pour couronner le tout, sur le retour, on a eu la chance et l’honneur de se faire klaxonner par des abrutis en Papamobile (il faudra un jour que je vous liste toutes les attitudes des blaireaux qui sont capables de klaxonner une fille qui marche tranquillement sur un trottoir même pas habillée en prostipute… Vous croyez franchement que la dite fille va se mettre à courir après la voiture pour stopper le gars et lui sauter au cou tellement elle kiffe ???), l’une d’entre nous a frôlé l’accident cardiaque à cause de la fourberie d’un chien de garde… Bref, une soirée que je n’oublierai pas de si tôt !!!

Voyages au long /court

A cette période de l’année, les gens se divisent en deux catégories : ceux qui partent en vacances, et les autres. Parce qu’un voyage, pour la plupart d’entre nous, c’est inévitablement un ailleurs. Qu’importe la distance pourvu qu’on ait le dépaysement. Cette logique un peu fataliste, où l’évasion est intrinsèquement liée au déplacement physique, est chahutée par le collectif Nogo Voyages. La bien nommée Gwenola Wagon et son collègue Stéphane Degontin présentaient jeudi dernier, au tmp/lab, quelques uns de leurs projets. Excentriques et ludiques, les voyages qu’ils imaginent sont autant d’occasions de se réapproprier l’espace public, de réenchanter le quotidien, ou de créer l’aventure dans le banal.

Random GPS

Adieu cartes, boussoles et autres étoiles du berger ! Aujourd’hui, le sens de l’orientation est devenu facultatif grâce au tout puissant GPS. Invention ô combien utile pour nous amener à bon port… Enfin, la plupart du temps. N’importe quel propriétaire de l’engin s’est perdu au moins une fois en suivant les indications, pourtant clairement annoncées par une voix suave et sûre d’elle. Mais ces égarements sont presque toujours accidentels. Se perdre volontairement n’est pas si facile, sans l’aide de l’alcool, de la drogue ou d’une âme poétique. Ce n’est pas non plus valorisé, dans une société ou la perte (de temps, d’argent,…) est connotée très péjorativement. Dans un monde pressé et utilitaire, quelle place pour les flâneurs ou les têtes en l’air ?

Alors pour aller au-delà de ces divagations rares et non désirées, Nogo Voyages a eu l’idée d’un logiciel de guidage spécialement conçu pour…se perdre. Ce GPS aléatoire, ou PAO (comprenez Perte Assistée par Ordinateur) permettrait de faciliter la fuite hors des chemins connus, sans destination ni itinéraire. Pour Gwenola et Stéphane, lorsque l’on branche ce guide, on s’en remet à lui, et les barrières psychologiques, qui nous empêchent de dériver, sont dépassées par l’autorité de la machine dont les instructions nous plongent dans un état de transe quasi hypnotique. Actuellement en développement, il pourrait être programmé pour se perdre dans une ville ou dans le monde entier, pour une journée ou une vie.

Musée du terrorisme

Lieu de passage où se concentrent toutes les paranoïas, les suspicions et les fantasmes autour du terrorisme, l’aéroport est l’endroit parfait pour accueillir le Musée de l’imaginaire terroriste pensé par le collectif. Pas question de délimiter un endroit à part pour cette collection, il s’agirait plutôt d’une « couche supplémentaire ajoutée au lieu ». Concrètement, ce «musée furtif » serait une application pour téléphone mobile, qui fonctionnerait par géolocalisation. Muni d’un casque (et peut-être de lunettes avec pico projecteur), le visiteur incognito recevrait, en fonction du lieu où il se trouve, certains sons ou questionnements pertinents à cet endroit. Les techniques utilisées permettraient à la fois de passer d’autorisations improbables, et de transgresser la sacro sainte sécurité.

Vous l’aurez deviné, le but de ce musée ne serait pas de compiler des éléments à charge conte les diverses organisations de la terreur, mais plutôt d’interroger l’idée même de terrorisme à travers les textes de philosophes, d’écrivains, d’hommes politiques ou d’artistes. Ainsi, sous le tableau des vols au départ on se demanderait : « L’Occident vit-il sous la menace de destruction qu’il a lui-même rêvée ?», puis en passant devant les objets trouvés « Le mot terrorisme est-il valide ? Pourquoi est-il employé aussi fréquemment, dans des sens si différents (terreur organisée par un état, violence des opprimés…)? ». De quoi réfléchir pendant les contrôles de sécurité…Mais d’ailleurs, peut-on refuser de s’y plier ?

Ces deux échantillons made in Nogo Voyages vous auront, je l’espère, donné envie d’en découvrir plus ! Ca tombe bien, des projets, ils en ont des dizaines. Pour nous faire aimer les banlieues, imaginer un terrain de jeu fantastique là où on ne voit que des couloirs sans visage, ou mettre en question le territoire et ce qu’il représente, en bref pour nous faire voyager différemment…parfois même sans bouger. Bon voyages !

Jeux vidéo, toute une histoire…

Le 2 septembre dernier avait lieu une conférence sur l’histoire des jeux vidéos. L’amphithéâtre était bien fourni en geeks et geekettes de tous âges. Les deux intervenants, Daniel Ichbiah (auteur de la Saga des Jeux Vidéo) et Florent Gorges (auteur de L’Histoire de Nintendo), ont une heure et demi pour présenter l’histoire des jeux vidéo, du très old-school Pong jusqu’aux technologies surréalistes qui s’ébauchent à l’heure actuelle.

Mario l’anti-héros

Donc Pong d’abord, le jeu plus que basique qui consiste en deux barres verticales blanches qui glissent de chaque côté de l’écran noir pour rattraper une balle qui va de gauche à droite. Un jeu de tennis stylisé. Atari, entreprise américaine fondée par Nolan Bushnell et Ted Dabney, commercialise ce jeu d’arcade. Le succès est immédiat. C’est un peu comme si en 1972, la jeunesse n’attendait que ce nouvel univers pour s’amuser. Pourtant, selon la formule de Nolan Bushnell, Atari n’a pas inventé le jeu vidéo, il l’a commercialisé. En effet, dès les années 50 des ingénieurs, chercheurs ou universitaires ont l’idée de jeux sur les ordinateurs de l’époque (OXO, un jeu de morpion, ou Tennis for two, sorte de proto-pong, sont deux exemples dont l’Histoire gardera une trace). Depuis, l’industrie du jeu vidéo dépasse celle du cinéma en termes économiques, mais son histoire, ses créateurs sont peu connus hors du cercle des aficionados. Bien sûr, tout le monde connaît Nintendo. Mais qui sait que cette entreprise nippone existe depuis 1889 ?? Elle distribuait à l’origine des cartes à jouer japonaises (hanafuda). A partir des années 1970, Nintendo se diversifie dans les jeux d’arcade, puis les Game & watch, jeux électroniques qui tiennent dans la main. Donkey Kong est l’un de ces jeux, qui deviendra Super Mario Bros. Mario, plombier bedonnant, anti-héros par excellence, s’imposera d’ailleurs comme mascotte de Nintendo, qui n’en cherchait pas vraiment.

Krach

Le monde des jeux vidéo se divise en plusieurs catégories, en fonction du support utilisé : bornes d’arcade, micro et consoles. Nintendo et Atari se partagent le marché des bornes d’arcades et attisent les appétits. En 1976 Warner Communications rachète Atari. De nombreux acteurs cherchent à tirer parti de ce qui apparaît comme un eldorado et les jeux vidéo se banalisent. On les trouve jusque dans les paquets de céréales. Les éditeurs logiciels et les fabricants de matériel (consoles, bornes…) ne voient pas venir la lassitude du public et en 1983, c’est le krach. Atari en sera la principale victime, la crise touchant plus durement le marché américain. Au Japon, à la même période, Nintendo apprend des erreurs de son concurrent et sort la Family Computer, ou Famicom, commercialisée aux États-Unis et en Europe sous le nom de NES, Nintendo Entertainement System. Une des tactiques commerciales de Nintendo sera de bien différencier jeux d’arcade et jeux sur console. Sega, société fondée au Japon par un américain, tente de concurrencer Nintendo, mais ne réussira à prendre de l’envergure qu’en Europe. Pour les japonais, Sega ne représente qu’un dixième du marché et est synonyme de hardgamers (personnes pour qui le jeu, c’est du sérieux).

Tetris made in URSS

L’histoire des jeux vidéo fourmille d’anecdotes à propos de leurs créateurs, qui montrent à quel point ces démiurges souvent brillants sont maintenus dans l’ombre par les sociétés d’édition de jeux. Une des raisons seraient que lesdites sociétés ont peur de se faire voler leurs créatifs par la concurrence. Dans le cas d’Alexei Pajitnov, c’est plutôt le contexte de la Guerre Froide qui empêchera ce chercheur soviétique de récolter les gains de sa création. En 1984, il crée Tetris, mais l’Union Soviétique n’est pas un terrain propice au système de licence. Par le biais de différents intermédiaires, Pajitnov accorde les droits d’exploitation du jeu par un simple fax à un anglais né en Hongrie, Robert Stein. Le jeu se diffuse largement dans le monde entier, c’est un énorme succès, mais Pajitnov ne touchera pas un rouble sur les ventes. Cependant, Stein trouvera plus malin que lui : Nintendo cherche à récupérer les droits et utilisera un moyen détourné. Il demande à Stein d’ajouter un addendum sur le contrat lui octroyant les droits de Tetris : il s’agit de définir ce qu’est un ordinateur. Selon l’addendum, un ordinateur possède un écran, un clavier et une unité centrale. Stein accepte : Nintendo peut alors installer, sans payer la moindre royalty, Tetris sur son nouveau produit, la Game Boy (pas de clavier, pas vraiment d’unité centrale !). En 40 ans, le jeu vidéo aura révolutionné le monde ludique et contribué à améliorer notre perception du virtuel. De nombreuses innovations ont permis de passer de Pong aux MMORPG, aux jeux sans manette, en immersion de plus en plus prononcée…

Quel futur ?

A la question d’une personne du public souhaitant connaître l’opinion de Daniel Ichbiah et de Florent Gorges quant au futur des jeux vidéo, Daniel Ichbiah parle des robots polymorphes à l’étude dans les laboratoires des chercheurs. Ces robots pourraient remplacer l’écran et se transformer en toute sorte d’objets interagissant avec le joueur. Mais pourra-t-on encore parler de jeu vidéo? La réalité augmentée aura également un rôle à jouer avec les objets virtuels qu’elle immisce entre le joueur et l’écran. Florent Gorges parle du seuil atteint par la technique : la qualité des images ne peut plus vraiment être améliorée, ou alors uniquement à la marge. La nouveauté viendra donc des interfaces. La première interface était le pistolet qui permettait au joueur de NES de tirer directement sur l’écran (mémorable Duck Hunt!). Ses successeurs ont été nombreux, du joystick à la manette. A l’heure actuelle on pense à la Wiimote, mais Microsoft envisage de sortir une console sans aucune manette, Natal…Le jeu vidéo n’a pas fini nous divertir !

G’art aux critiques!

Tout comme moi, petit curieux de l’information, vous avez dû voir ou entendre parler de cette exposition de Takashi Murakami au château de Versailles. Ici et là, la critique s’est déchaînée avant même son ouverture, rappelant la précédente exposition dans les mêmes lieux investis par Jeff Koons.

Avant-garde

Une critique qui se ligue contre une forme d’art contemporain trop commerciale à son goût, trop tape à l’œil, qui n’a sa place nulle part, encore moins à Versailles. Mais sur quel critère peut-on juger ce qui est présentable, à quel endroit et dans quelle circonstance ? L’art n’est-il pas une avant-garde de son époque ? Avant-garde : un terme militaire à l’origine, ceux qui étaient en première ligne pour une mort quasi certaine… Est-ce aussi facile que cela d’exposer dans des lieux chargés d’histoire ? Si la facilité était leur mot d’ordre, Takashi Murakami exposerait dans les salons dédiés uniquement aux mangas, et Jeff Koons dans des parcs d’attractions.

Certes les œuvres de Takashi Murakami ont un effet manufacturé, mais il a bien dû pour cela les imaginer. Sortir ses crayons ou sa planche graphique pour les mettre en image. Lorsque nous voyons des fleurs géantes colorées au milieu des couloirs de Versailles, est-ce aussi horrible ? Les œuvres de Versailles et le lieu lui-même n’est-il pas un excès de décoration moulurée et dorée? L’œuvre n’a pas été créée pour le lieu, mais elle n’est peut-être pas aussi parasite qu’on veut bien le croire.

Beauté universelle ?

De tout temps l’artiste a été là pour donner un regard neuf sur son monde, un regard différent qui, à travers son œuvre, nous rendra évident un détail que nous n’aurions pas vu de nous-même. Ce détail nous inspirera peut-être le dégoût, mais au moins nous l’aurons vu. L’art traduit une idée, pas la beauté. Et, quand bien même ce serait la beauté qui est en jeu dans le monde de l’art, nous ne devons pas oublier que c’est d’une perception esthétique dont il est question.

Esthétique venant du grec aesthetikos signifiant « sentir », « percevoir », « ressentir », donc un sentiment personnel, faisant intervenir la subjectivité, ne pouvant donc pas être considéré comme universel. La beauté n’est pas universelle, et heureusement, cela reviendrait à dire qu’elle répond à des critères précis que chacun de nous serait capable de reproduire. L’art n’est pas une formule mathématique.

L’intérêt de l’art n’est-il pas justement l’expression personnelle ?

Défenseurs de l’art

Les critiques et autres soi-disant défenseurs de l’art (depuis quand l’art a-t-il besoin d’être défendu ?) oublient bien souvent leurs cours d’histoire de l’art. On reproche aux artistes « commerciaux » de faire travailler des assistants, mais les plus grands peintres de la Renaissance (entre autres) travaillaient également sous forme d’ateliers et avec des assistants : préparateurs de pigment, peintres spécialisés dans tel ou tel détail ; avec au final une seule signature.

Le problème de ces « défenseurs » face à l’art contemporain est qu’ils le réfutent lorsqu’on ne voit pas la « patte « , la trace de l’artiste. Car l’idée est là, le concept. On ne peut pas ou plus critiquer notre société avec les mêmes outils que les artistes passés. Certes, les premières formes d’art étaient liées à la trace, mais cela n’était pas pour autant un engagement pour l’éternité. Lorsque Christian Boltanski présente au Grand Palais, en Janvier 2010, des tonnes de vêtements dans une atmosphère frigorifique sur sa demande (cf. l’interview parut dans Le Point en Janvier), quel meilleur moyen de montrer la disparition, la mort, l’effet aurait-il été le même qu’une représentation de cette installation en peinture ?

Subversion

Certains pensent que la subversion est devenue le mot d’ordre de l’art contemporain, mais les artistes que nous allons admirer dans les musées, et dont les œuvres se vendent des millions, sont bien souvent morts dans l’ignorance totale.

La subversion fait partie de la notion d’avant-garde. Montrer autre chose que ce qui est établit est ressenti comme une provocation, comme dérangeant. C’est par la subversion, le déplacement des codes de représentation ou de créations que l’art avance. Si c’est le beau qui est recherché, nous nous retrouvons dans une forme de décoration et non de création. Une décoration qui ferait revenir l’art aux arts mécaniques et non libéraux. L’art (re)deviendrait l’artisanat.

« Un monochrome (ou bichrome/trichrome) pff j’en fais autant quand je repeins les murs chez moi ». Combien de fois a-t-on pu entendre cette réflexion ? Rothko ou un autre : « peintre en bâtiment ». Un peintre en bâtiment qui perdait tout de même son temps à passer des dizaines de couches de peinture à l’huile (une couche mettant des heures, des jours, si ce n’est plus, à sécher…) pour obtenir une luminosité chromatique unique.

Je ne suis pas un fervent défenseur de l’art contemporain, mais un critique de la critique demandant aux publics de ne pas se contenter de l’information qu’on lui donne. Faites vous vos idées par vos propres recherches, non pas en prenant les fragments choisis de journalistes qui, en réalité, ne commentent que leur goût personnel et qui n’est pas forcément le vôtre. La critique est une forme de philosophie ou tout peut être dit, tout est une question d’argument. Tout dépend de la manière dont on présente les choses.

Pour finir, je vous propose d’aller voir les œuvres graphiques d’Andy Warhol, vous verrez que ce n’était pas qu’un commercial de son époque, mais qu’il savait également tenir un crayon.

Larry Clark : instantanés chrysalidiques

C’est l’exposition qui a fait le tour des journaux, des blogs, des émissions de télévision et des ondes radio. Une rétrospective du travail photographique de Larry Clark interdite au moins de 18 ans, sur laquelle tout le monde a un avis, souvent très tranché. J’ai donc voulu voir ces clichés si scandaleux qu’ils doivent être cachés aux mineurs. Je ne suis pas critique d’art, je tenterai donc ici de vous traduire le ressenti qui a été le mien.

La première partie de l’exposition donne à voir les clichés de la mère de Larry Clark, que celui-ci a assistée dès ses 14 ans. Des photos au kitsch assumé, où bambins béats et caniches affublés de déguisements prennent la pose, sagement. Les coloris sont pastels, les noirs et blancs édulcorés et vaporeux. L’intérêt principal de cette ouverture est avant tout de montrer ce qui a poussé Clark à dédaigner les artifices photographiques, les distorsions de la réalité.

La transition est pour le moins brutale vers le second volet de l’œuvre, Tulsa. Cette ville de l’Oklahoma a vu naître Larry Clark vingt ans avant qu’il commence à la photographier, à en capturer des bribes. Ici, on croise des regards et des corps perdus, certains clichés sont d’une extrême noirceur. Comme celui de cette femme enceinte, nimbée de lumière comme une Madonne, qui s’injecte sereinement son poison. Les portraits, glaçants, capturent des jeunes vies déjà perdues, résignées. Pour avoir lu certains critiques dire de cette série qu’elle pouvait constituer une incitation, donner envie d’essayer cette drogue ou d’autres, je suis obligée de protester: cela n’a pas été mon sentiment du tout. Au contraire, c’est presque d’une campagne de prévention qu’il s’agit là.

Ébranlée par cette série très sombre, glauque même, j’arrive alors vers Teenage Lust, la partie de l’exposition qui lui a valu de tomber sous le coup de la censure. J’en ai tellement entendu parler que je m’attends à des images d’une grande violence, choquantes. Et il y en a. Mais il y a aussi des instantanés plus légers, où transparaît l’insouciance de ces adolescents qui fascinent Clark, qui l’obsèdent et l’habitent. On voit par exemple deux corps entremêlés dans une baignoire, un moment de tendresse plus que de sexualité, deux êtres qui semblent fusionner, se raccrocher l’un à l’autre…

Puis, sur un mur, une cinquantaine de clichés du même jeune homme. Dans les années 1990, Larry Clark fait le choix de ne pas sélectionner ses prises de vue. Il tente ainsi d’aller au plus près du réel, et on regarde ce garçon tour à tour sourire, faire la moue, dormir, un pistolet dans la bouche, se mettant en scène devant l’objectif avec parfois un air goguenard. Parfois on croit voir un gamin, innocent et candide, mais l’image suivante montre un homme, sûr de lui, durci, au regard pénétrant. Là encore, j’avais lu « à quoi cela sert-il de montrer un adolescent avec un pistolet dans la bouche ? » et la réponse qui m’est venue instinctivement, c’est : cela sert à montrer une réalité que nous ne voulons pas voir, mais qui n’en existe pas moins pour autant.

La dernière série, la plus récente, nous emmène à la rencontre de Jonathan Velasquez, skateur suivi par Clark pendant sa transition de l’enfance à l’âge adulte (de cette rencontre, Larry Clark tirera le film Wassup Rockers). On observe des corps impudiques, des blagues potaches, des amours et des amitiés qu’on croit inébranlables. Cette partie de l’exposition est certainement la plus optimiste, et il y a de l’espoir dans les yeux de Velasquez, une vitalité, qui, combinée à la vivacité des couleurs, laisse repartir le visiteur rassuré, un peu mais pas tout à fait.

J’ai trouvé l’exposition très belle et très troublante, d’une justesse incroyable. Je n’y ai vu ni exhibitionnisme, ni voyeurisme, et certainement pas de pornographie comme on a pu l’entendre ou le lire. Clark dresse le portrait d’individus, mais surtout d’une époque entre deux. On voit des jeunes qui cherchent les contours de leurs corps et de leurs esprits qui changent. On voit de la crasse et du sublime, des visages beaux et ingrats, du dégueulasse et du poétique. A mon sens, Clark a su capturer l’essence de l’adolescence sur la pellicule, tout en nuances et en exagérations. Parce qu’on n’est jamais aussi désespéré ou aussi heureux qu’à cet âge-là. Les peines sont forcément abyssales et les joies incommensurables.

Ce que nous offre Larry Clark, c’est ce moment fragile d’ouverture de la chrysalide, où l’on n’est plus tout à fait une chenille, mais où nos ailes n’ont pas encore séché…

Basquiat : un sale gosse exalté et engagé

Avant-hier, je ne connaissais de Jean-Michel Basquiat que la légende, celle d’un artiste à la vie brève et fulgurante. Sa mort prématurée a fait de lui un mythe, il est entré au panthéon des artistes disparus avant l’heure. On en oublierait presque son œuvre, et quelle œuvre ! Démiurge compulsif, il laisse derrière lui des milliers de tableaux, d’objets, de dessins. C’est une partie de cette collection que je suis allée découvrir, sans préconception puisqu’ignorant presque tout de son travail. Et je suis tombée amoureuse. L’exposition est colossale, à la (dé)mesure de sa productivité. Elle nous entraîne dans les pas de l’artiste aux pieds nus. Visite guidée dans l’univers des gratte-ciel et des sorciers vaudou, du base-ball et de la poésie…

On arrive à la rencontre du peintre alors qu’il commence tout juste à signer de son nom. Auparavant, avec Al Diaz, un ami, ils écument le sud de Manhattan sous le nom de Samo© (Pour « Same old shit » – qu’on pourrait traduire par « Toujours la même merde »). De leurs bombes de peintures explosent des déclarations de guerre aux conventions. Mais ces énoncés révolutionnaires sont restés sur les murs de la grosse pomme.

Les premiers travaux exposés surprennent par leur taille très modeste. Ce sont des cartes de base-ball retravaillées, aux visages découpés, auxquelles ont été ajoutés des tâches, des codes-barres ou du sang. Intitulées Anti-Product et numérotées, ces icônes de l’american way of life remettent soudain en question la consommation, l’identité aussi. Puis d’autres supports apparaissent, comme The Box, une boîte comme son nom l’indique, dont se dégage une impression morbide diffuse.

On arrive ensuite en 1981, Basquiat peint alors avec des traits simples, rapides, presque enfantins. Mais si les visages semblent élémentaires, les dents sont toujours apparentes et serrées, comme celles de crânes vivants. La mort et les éléments urbains sont omniprésents, on croirait voir l’œuvre d’un gamin dérangé, d’un petit citadin qui nous dessinerait ses cauchemars. Plus loin, j’ai un coup de cœur pour Skull, le portrait d’un homme-ville.

La suite des salles s’enchaîne, avec des moments d’envoûtement ou d’incompréhension. Certains des tableaux sont immenses, très colorés, présentant des motifs naïfs aux accents tribaux (Arroz con Pollo, La Hara). Mais à mesure que l’on avance, les travaux gagnent en complexité.

Basquiat multiplie les techniques utilisées, superposant collages, peinture et pastel, découpant, grattant jusqu’à obtenir ce qu’il cherche. De plus en plus, des symboles et des lettres viennent se mêler aux personnages et décors, conférant un côté cryptique et mystérieux aux canevas ou cagettes dont il se sert comme support. Paradoxalement, malgré l’enchevêtrement des textures et des sujets, certaines créations paraissent inachevées.

Les motifs du copyright, de la couronne et des organes internes reviennent fréquemment. Pour ce dernier, un élément de la biographie de l’artiste l’explique certainement : lorsqu’il a huit ans, il est renversé par une voiture. Il est alors hospitalisé pour qu’on lui enlève sa rate et sa mère lui offre un livre d’anatomie du corps humain.

Au fur et à mesure, on a l’impression de se familiariser avec l’artiste, on se détache de la signification rationnelle pour mieux s’imprégner des perceptions quasi-inconscientes qui émanent des toiles. Au lieu de lire chaque élément séparément, en divisant fond et forme, image et texte, on laisse le tout nous parler : du rêve américain, de rois africains dans la ville de verre, d’esclavage épique et ordinaire, de héros et de déchéance.

Puis, comme un interlude, une salle est consacrée aux dessins. Un en particulier a retenu mon attention, un autoportrait dans lequel on entraperçoit la vision que Basquiat a de lui-même : un visage éparpillé qui ressemble à un épouvantail, des cheveux en forme de cornes. Pour le reste, je dois dire que ce n’est pas la section que j’ai préféré.

On replonge ensuite de plus belle dans les tableaux monumentaux, les hommages aux rois du jazz (notamment un disque géant Now’s the time, dédié à Charlie Parker) pour arriver aux collaborations avec l’emblématique artiste Pop Art Andy Warhol. Des œuvres qui ont reçu une critique très sévère au milieu des années 1980 mais qui m’ont énormément plu. On y trouve un mélange des références des deux hommes sur des canevas démesurés, les couleurs et les mythologies envahissent la pièce toute entière.

Les « Œuvres Ultimes » clôturent notre pérégrination avec un retour aux sources de l’artiste. Quelques tableaux sont très simples, presque épurés. Mais de nouveau, les codes et les paroles chevauchent les personnages, et d’un trop plein de sens on retire l’impression d’un tourment, d’un art exutoire. Le dernier tableau en particulier, où ne figurent que des lettres, des symboles mathématiques ou ethniques, aurait pu être l’équation de la vie elle-même, vue par Basquiat.

Mon net à moi, il me parle d’aventure…

Ces derniers temps, les lecteurs les plus assidus l’auront remarqué, je poste moins que d’habitude, par manque d’inspiration, un peu, et par distraction, beaucoup. Mais est-ce ma faute si le net regorge de tant de choses à lire et à découvrir ? Une question que je vais laisser en suspens, le temps de partager avec vous mes coups de cœurs du net : des blogs et sites où ma souris s’égare plusieurs fois par semaine. Ils ne sont pas classés par ordre de préférence, et la liste n’est pas exhaustive mais j’espère que vous y trouverez votre bonheur virtuel.

Pour s’informer différemment

Abstrait ≠ Concret :

Autoproclamé blog d’« actualité originale. Mais pas seulement… », il n’y a pas de tromperie sur la marchandise. Les sujets abordés sont souvent farfelus, mais traités avec beaucoup de brio. On sent que l’auteur, Loïc H. Rechi, s’est armé de recherches suffisamment poussées pour écrire avec un ton parfois léger. Du journalisme gonzo bien gaulé, pas toujours drôle mais presque systématiquement surprenant. Pour vous donner une idée, parmi les derniers sujets il y a : les extraterrestres, les camps de la mort au japon, et facebook !

Sur mon écran radar :

Passionnés de nouvelles technologies, et des évolutions sociétales qui les entourent, ce blog est fait pour vous ! On retrouve aussi des interrogations sur le métier de journaliste ou des billets musicaux, le tout extrêmement bien écrit et assaisonné de liens juste ce qu’il faut. Le taulier, Jean-Christophe Feraud, aime bien provoquer le débat avec ses textes, les commentaires sont donc souvent passionnants à lire aussi.

Piratage(s) :

Partisans du compromis et adhérents inébranlables aux grands partis républicains, passez votre chemin ! Ici, on reste à gauche, toute ! Mais c’est surtout un endroit où l’actualité politique est mise en perspective, resituée dans un contexte historique trop souvent oublié. Une analyse vraiment différente, qui, si elle n’a pas vocation à être prise comme parole d’évangile, a le mérite de poser certaines questions et de souligner quand il le faut les outrances de notre belle res-publica.

L’œil de l’exilé :

Si ce site me semble mériter mon attention, et peut-être la votre, c’est qu’il est l’organe de presse attaché à la Maison des journalistes. Cette association accueille en son sein des confrères réfugiés politiques. Elle leur offre un nouveau départ, loin des cauchemars endurés, mais aussi un endroit où continuer de faire leur métier. On trouve donc à cette adresse des actualités vues différemment, puisque les auteurs viennent du Congo, d’Irak, de Russie ou de Chine…

Pour rire plus ou moins bêtement

Le Beulogue :

Si vous ne connaissez pas encore, vous allez adorer ! Moi en tout cas, ça a été le coup de foudre. Découvert à travers la pieuvre Facebook, ce site tenue par la charmante Pétronille (ou impératrice galactique) m’a fait rire aux éclats devant mon écran, vraiment. Avec un style complètement bizarroïde, cette diva un peu zinzin nous ouvre les portes de son quotidien, qui ressemble un peu au nôtre mais en beaucoup plus marrant.

Les histoires de Poupi :

Sur son profil ‘Adopte un mec’, elle a écrit « Je suis une garce exigeante lunatique feignante psychorigide vénale sans humour. ». Preuve que les hommes ne sont pas tous lâches, ou que ses beaux yeux leur tourne la tête, ils sont nombreux à la contacter malgré tout. Et c’est avec un malin plaisir que la demoiselle démonte leurs techniques de drague un peu bidon, leurs phrases toutes faites et leurs fautes d’orthographe. Vraiment drôle.

Girls and geeks :

Le dernier billet, sobrement intitulé « le top 10 des endroits qui poussent au suicide » ne laisse pas forcément deviner l’ampleur de la rigolitude qui se cache dans ce blog. Et pourtant…Truffés de références de geeks (memes et compagnie) et de vidéos hallucinantes, les articles de Titiou Lecoq sont aussi très bien écrits. On pourrait résumer ce site comme ça : beaucoup de bêtises, mais mâtinées d’allusions à Kant !

Bouletcorp :

Celui-ci, c’est un blog BD, aussi beau à voir que drôle à lire, mais à choisir, c’est quand même son humour qui m’a séduite. L’auteur a choisi Boulet comme pseudo, ce n’est peut-être pas anodin, parce que sa vie, telle qu’il nous la donne à voir, a tout de l’existence du anti-héros…Quoique…Au détour d’un weekend tranquille, il croise parfois des dinosaures, alors restez quand même sur vos gardes, le T-Rex est dans le salon, à côté du canapé.

Pour les yeux, mais pas que

De l’autre côté des cailloux :

J’ai découvert ce joli blog il y a deux ans, et je ne m’en suis pas lassée. Cali Rezo, la patronne, est graphiste dans la vraie vie. Sur internet, elle expose ses peintures numériques, où les humains ont souvent les yeux trop grands pour leur tête. Des compositions belles ou troublantes, on en redemande ! Mais l’artiste à d’autres cordes à son arc, et on trouve aussi sur son site des bric-à-brac très amusants, des coups de cœur et des coups de gueule.

Lobbiaz :

Photographe semi professionnel, amoureux des femmes, surtout nues, Lobbiaz propose sur son blog une sélection de photos envoûtantes. Phobique de l’épiderme, s’abstenir. Si les clichés ne sont pas toujours de lui, les textes qui les accompagnent sont bien issus de sa plume, des mots simples ou élaborés, mais toujours justes et très souvent poétiques. Un peu d’esthétique dans ce monde de brutes.

Lazy Heart :

Autant pour le fond que pour la forme, un site superbe qui rassemble motion graphic, photographie, webdesign et plein d’autres disciplines du beau et de la créativité. La mise en page est magnifique, les billets excellents et instructifs, une petite perle qui m’a été suggérée par un contact sur Twitter, et que je vous fais passer avec moult recommandations.

Fantasybox :

Cliquez et entrez dans la boîte de Pandore concoctée par Axl. Du digital art qui explose dans tous les sens, léché et exubérant. Un mélange de culture geek et urbaine qui compose un monde virtuel un peu fou, où on se perd sans paniquer, pour mieux se retrouver au point de départ, mais changé. Que les amateurs de photos se rassurent, il y en a aussi ici !

Annie Sprinkle ou le féminisme clitoridien

Il va te prendre

Je reste toujours ébahie face aux clichés qui se rapportent aux femmes. Quand on me dit, avant un entretien pour du boulot : «Allez, ne t’en fais pas, fais leur ton plus grand sourire et ils vont te prendre, forcément.» Sous-entendu : ton recruteur est forcément un mâle, et tes compétences intellectuelles n’ont que peu d’intérêt. Par contre, sois jolie, aimable et la balance penchera dans ton sens. Et je ne fais pas de commentaire sur l’utilisation du verbe «Prendre»… non, une jeune fille se doit d’avoir un esprit pur, vierge de toute blague graveleuse.

Célibataire ?

Idem quand j’entends : «Mais comment une jolie fille comme elle peut-elle être encore célibataire ?» Ah bon, jolie, c’est la seule qualité recherchée par les mecs ? Zut… moi qui pensais que l’apparence était un critère beaucoup trop superficiel pour fonder un couple… Quand on me dit : «Oh tu vas faire de la boxe ? Mais tu n’as pas peur d’abîmer ton visage ?» Mon visage je sais pas, mais je suis très proche d’écorcher le tien là… Dans mon cours, il y a des jolis garçons, je ne pense pas qu’on leur ait fait ce genre de remarques… Quand on me dit : «Naaannn, mais t’es une fille, tu peux pas coucher sans avoir des sentiments…» Ou : «Naaannn, mais t’es une fille, tu peux pas comprendre qu’un mec aille voir une prostituée…»

Nous sommes des petites fleurs innocentes

Bien sûr, pour nous les filles, la Pulsion Sexuelle est du domaine du Grand Inconnu, celui qui fait peur, pas celui qui est excitant. Nous n’avons pas besoin de baiser (oups, un gros mot ! Pas très beau dans la bouche d’une fille… http://cestlagene.com/2010/06/18/caca/). Ni d’avoir d’orgasme d’ailleurs, c’est accessoire. Nous, on attend le Prince Charmant pour «faire l’amour». De préférence avec comme objectif : l’Enfant. Mais alors, comme dirait Sophia Aram, qu’est-ce qu’il avait dans la tête, Dieu, quand il a créé le clitoris ?? Nan parce que je vous rappelle que cet organe n’a aucune, mais alors vraiment aucune fonction… L’estomac c’est fait pour digérer, les yeux pour voir, la vessie pour évacuer l’urine, etc… Mais le clitoris ? Je répète la question de Sophia Aram parce qu’il y a encore pas mal de personnes persuadées que le sexe, ce n’est pas vraiment pour les femmes… Les femmes seraient des êtres éthérés, dépourvus de tout besoin sexuel ou presque. Certains vont même jusqu’à utiliser la « nouvelle » mode des sex-toys comme la preuve que nous, les femmes, sommes manipulées par le Grand Méchant Capital qui peut tout nous vendre, même quelque chose d’aussi inutile qu’un objet destiné à nous fournir des orgasmes.

La Femme

Et je ne parle pas de la misogynie encore très présente dans les esprits. Celle qui incite certains à penser que La Femme (comme s’il n’y avait qu’une femme, tirée en 3 milliards et quelques de copies) n’est pas faite pour tel métier, tel sport, telle place dans la société. Celle qui s’immisce si bien dans les têtes que les femmes s’auto-censurent et ne s’orientent pas dans les filières vues comme masculines. Alors même que leurs parcours scolaires sont meilleurs que ceux de leurs homologues masculins. Cette vision dévalorisée les maintient à une place de domestique dans leur foyer et de petites mains dans les bureaux. Je caricature, d’autres articles, d’autres statistiques sont là pour affiner le trait.

Les féministes, c’est rien que des lesbiennes poilues et frigides

Quand je cherche une figure féminine positive, valorisante, mes contemporaines me semblent souvent bien ternes. Il y a bien eu Beauvoir (http://www.babelio.com/livres/Beauvoir-Lettres-a-Nelson-Algren/43457), mais qui a repris le flambeau pour remettre en cause le modèle dominant avec autant d’éclat dans ses oeuvres et dans sa vie privée ? Les féministes passent le plus souvent pour des hystériques rabat-joie. Des femelles frigides, moches et qui détestent les hommes. Donc lesbiennes. D’ailleurs, si quelqu’un pouvait éclairer ma lanterne : pourquoi, parce que je veux les mêmes droits qu’un homme (même accès à l’éducation, même accès aux postes intéressants et bien rémunérés, par exemple, mais aussi droit de sortir quand ça me chante, de faire du jogging à 5h du mat’ si je veux, etc.), je serais forcément moche, frigide et lesbienne ?

Pro sexe !

Parmi les différents courants féministes (oui, surprise ! il en existe plusieurs, parfois en opposition de manière radicale) existe le féminisme pro-sexe. Une de ses représentantes la plus flamboyante est Annie Sprinkle. Le genre qui explose les clichés sus-mentionnés. Née en 1954, cette américaine commence très tôt à explorer sa sexualité. L’époque est propice. Elle commence à se prostituer à 18 ans, rencontre Gerard Damiano, le réalisateur de Deep Throat, devient sa maîtresse et commence une carrière d’actrice-réalisatrice dans le monde du porno, très expérimental dans les années 70. Ce qui différencie Annie Sprinkle des autres femmes dans le monde du porno, en plus de son approche décomplexée du sexe (contrairement à Linda Lovelace ou Betty Page qui renieront leur carrière par la suite), c’est la réflexion qu’elle développe sur la sexualité et la place des femmes dans un monde d’hommes. Cette réflexion qu’elle commence il y a 35 ans dans le porno, elle l’étendra rapidement à toute la société, en posant des questions de prime abord naïves : pourquoi donc une femme nue fait si peur (« Why do ‘citizens have to be protected’ from dancing nude women ? »).

Whore heroes

Au départ, Annie Sprinkle ne se sent pas concernée par le féminisme qu’elle trouve peu réjouissant. Elle n’a rejoint le combat des féministes que pour mieux défendre la cause des prostitué-e-s. (http://anniesprinkle.org/writings/whores_heroes.html). Son combat serait plutôt celui qui permettrait aux femmes d’accepter leur corps au-delà des normes et des tabous qui s’y sont rattachés, siècle après siècle, toutes sociétés confondues, de leur apprendre à connaître ce corps et à ne plus le considérer avec dégoût ou distance. Le travail d’Annie Sprinkle consiste à expérimenter et à diffuser toutes les connaissances liées au plaisir sexuel. Et pour ce faire, elle se met en scène lors de performances, par exemple Public Cervix Announcement : sur scène, à l’aide d’un spéculum, elle permet aux spectateurs d’observer son col de l’utérus. Evidemment ce spectacle crée la polémique. Mais le message est clair : sortir le corps de la femme, et en particulier son sexe, du mystère où on le garde depuis des siècles. L’origine de ce mystère change, auparavant il était lié à la crainte de Dieu, de nos jours, le mystère est encore favorisé par trop de science qui font du corps une sorte de machine, par trop de jargon médical qui éloigne le quidam d’un savoir qui est pourtant accessible

Actrice porno et doctorante

Son site le prouve, son œuvre n’est pas (que) pornographique. Annie Sprinkle possède un humour foudroyant. Ses images sont parfois à la limite du kitsch, mais il faudrait avoir une sacrée dose de mauvaise foi pour y trouver du dégradant (http://anniesprinkle.org/past/ppm-bobsart/script.html). Son travail est reconnu par les universitaires : elle est la première actrice porno à avoir obtenu un doctorat en Sexualité Humaine à l’Institute for Advanced Study of Human Sexuality (San Francisco). Elle est l’objet de thèses de doctorats et d’études se penchant sur la performance artistique. Il ne s’agit pas d’une spécialiste du sexe comme on en voit fleurir dans les magazines féminins (entre autres). Le genre de spécialiste qui donnerait des conseils normés et par là même angoissants pour qui ne se retrouverait pas dans ladite norme. Au contraire, Annie Sprinkle cherche à apporter à chacune et chacun des clés, à ouvrir des pistes. Elle explore les différentes facettes de la sexualité humaine et nous autorise à aller voir au-delà des clichés de plus en plus restreints de la pornographie. De la même façon que chaque personne est unique, sa sexualité l’est également. Donc pas de méthode universelle. Au contraire, son site, reflet de son travail, foisonne de toutes sortes de documents. Photos, vidéos, agenda de ses diverses performances et ateliers, textes. Et tout ça en accès libre!!

Annie Sprinkle ne nous fait pas la morale, ne juge jamais, elle fait ce qu’elle aime (encore une de ses particularités, l’amour n’est pas évacué de son discours, bien au contraire) et nous le raconte avec humour souvent. Elle ne nous dit pas de la prendre comme modèle à suivre. Elle s’amuse, elle prend son pied et envoie par-dessus les moulins toutes les crispations qui peuvent éclore dès qu’on parle sexualité ou place des femmes. Comme elle le dit très bien, son corps, son cœur et son âme sont un laboratoire destiné à la recherche sur l’orgasme féminin. Voilà une femme puissante et entière, bien loin de cette conception de la femme uniquement victime qui a tendance à envahir notre quotidien.

Un thriller nommé désir

Puisqu’il n’est jamais trop tard pour découvrir les bonnes choses, surtout quand elles relèvent du domaine de la littérature, il est encore temps pour les retardataires de se plonger dans les pages d’ Out, de Natsuo Kirino, sorti en 2006. Récompensé par le grand prix du roman policier au Japon, ce thriller manufacturé au millimètre près par une plume précise et férocement réaliste nous entraîne dans les méandres de l’âme humaine…

4 femmes 1 homme 1000 possibilités

Masako, Yoshie, Kuniko et Yayoi travaillent la nuit dans une usine de confection alimentaire de Tokyo. De minuit à cinq heures du matin, elles empaquettent des repas à la chaîne, pour un salaire légèrement plus avantageux que les emplois de jour.

On les rencontre par une chaude nuit de juillet, un peu avant l’heure de pointer. Très vite, leurs caractères apparaissent dans une première esquisse trompeuse. Quoi de plus ordinaire qu’un groupe de collègues qui discutent autour d’un thé, de leurs soucis, de leurs maris, de la vie ? Une vie aux horaires décalés mais au ronronnement routinier.

Et puis il y a Sataké, maquereau à Kabukicho, le quartier des bars et des filles, des jeux et des embrouilles. Cet ancien gros bras des Yakuza jongle assez prudemment entre son bordel, le Mika, et son rade de Baccara, l’Amusement Parco, poursuivi par un fantôme de son passé.

Les quatre ménagères presque banales de l’usine et le mystérieux homme d’affaire vont bientôt s’enliser ensemble dans une mare de sang sombre et collante dont aucun ne sortira indemne.

Réalisme mystique de la psyché décortiquée

Au début du roman, Natsuo Kirino met patiemment en place ses protagonistes tout en laissant déjà s’insinuer des failles dans leur quotidien. Ainsi, la rumeur court qu’un obsédé sexuel rôde dans les parages de l’usine, s’en prenant aux ouvrières… Mais ce n’est pas de l’extérieur que le danger va arriver pour les quatre femmes.

Un soir, Yayoi, jeune mère de deux enfants, tue son mari ivre et violent qui a dilapidé leurs économies. Désemparée après son geste, elle appelle Masako qui décide l’aider. Avec l’aide de Kuniko et Yoshie, elle fait disparaitre le corps. Un plan presque parfait. Presque.

Au fil des pages, on se laisse entraîner toujours plus loin derrière les apparences et les convenances, au-delà de toute morale et du point de non-retour. Les masques tombent, et chaque femme révèle des motivations plus ou moins inavouables. Et c’est là que réside le talent de l’auteure, dans la finesse psychologique qui anime ses personnages.

L’avidité, la jalousie, la vengeance et la folie côtoient dans leurs esprits la nostalgie, le manque d’assurance, la dignité et la résignation. On se reconnait à contre cœur dans certaines de ces bassesses. Au détour d’une phrase inadmissible, on se surprend à se demander si on ne l’a pas déjà pensé, au fond. Nul manichéisme dans l’écriture de Kirino bien que le mal et l’enfer y soient omniprésents.

Ce livre glauque et voluptueux saura vous envoûter et vous faire douter, peut-être même de vous…