Cameroun : 50 ans d’indépendance

Le Cameroun fêtait jeudi le cinquantenaire de son indépendance dans les rues, bloquées pour l’occasion, de la capitale, Yaoundé. Cette année 2010 est l’occasion pour de nombreux pays de marquer un demi siècle d’indépendance vis-à-vis des puissances colonisatrices. A Yaoundé, les célébrations n’ont pas vraiment convaincu les habitants, et pour cause. Le président Paul Biya en a profité pour s’auto congratuler en longueur et dans le faste, laissant de côté des populations désabusées mais pas désespérées. Pas question de remise en question ou de vrai bilan dans ce pays parmi les plus corrompus au monde.

Africa21

Les festivités de jeudi succédaient de près à la conférence Africa21 organisée les 18 et 19 mai par le président camerounais. Durant le sommet, étaient présents les chefs d’états Ali Bongo (Gabon), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Fradique de Menezes (Saom Tomé et Principe), tous très contestés dans leur pays. Ont aussi répondu à l’appel les anciens ministres français Michel Rocard, Alain Juppé et Michel Charasse. En revanche, les présidents congolais, guinéen et nigérian n’ont pas pointé le bout de leur nez. A croire que les invitations étaient délivrées aux seuls flatteurs…Qui n’ont pas failli à la tâche. Jean Ping, gabonais président de la commission de l’Union africaine, a ainsi déclaré que « la paix a permis à ce pays de tirer profit de ses richesses humaines et naturelles. Le peuple camerounais peut être fier de ces réalisations. ». Et s’il est vrai que des conflits récents ont été réglés sans recours à la guerre (comme la bisbille avec le Nigéria au sujet de la presqu’île de Bakassi), l’auto satisfaction de Paul Biya après 28 ans au pouvoir n’est pas partagée par tous ses compatriotes, loin s’en faut.

Démocratie de façade

S’il est vrai que le multipartisme a été instauré au Cameroun, les 350 micro-partis qui existent aujourd’hui ne sont pas vraiment témoins d’une démocratie qui fonctionne. En dehors du RDPC (Rassemblement démocratique du peuple camerounais), le parti présidentiel, les chances de devenir fonctionnaire sont minces, celles d’être promu quasi-nulles. Quand on sait que ce sont lesdits fonctionnaires qui gèrent les élections, on imagine bien l’objectivité dont ils ont intérêt à faire preuve…ou pas. Selon une personnes assistant de loin aux festivités et interrogée par le site camerounlibre, Paul Biya aurait modifié la Constitution afin de pouvoir briguer un nouveau mandat en 2011, « On piétine la démocratie, ici ». Et sur ce sujet, même les invités du président restent prudents, Michel Rocard par exemple aurait déclaré qu’il « réservait son jugement » sur la question. De nombreuses organisations comme Amnesty International ont déjà dénoncé les violations commises par le gouvernement à l’encontre notamment des journalistes.

Corruption et dépendance

Sur le site Afrik.com, Bernard Muna, avocat et leader du mouvement d’opposition AFP (Alliance des forces progressistes), explique les raisons du degré de corruption qui persiste dans son pays, et ce en dépit de l’Opération Epervier menée en 2004 pour l’éradiquer. Selon lui, avec cette opération « l’Etat traite les symptômes, pas la cause du problème ». En effet, des actions concrètes pourraient limiter cette gangrène. Par exemple, retourner à l’obligation de payer les factures de l’Etat en bons au trésor « beaucoup de ministres reçoivent de l’argent en espèces, ce qui facilite la corruption ». Deuxième fléau économique majeur : la dépendance sur le plan alimentaire. Sur le site Afrik53, Adrien Macaire Lemdja rappelle qu’il y a 30 ans, le Cameroun était autosuffisant en produits de première nécessité. La politique du gouvernement tendant à louer des terres aux puissances étrangères (Chine, Inde, Turquie) a fait basculer la balance commerciale. Désormais, le riz, le blé, le sucre ou l’huile sont importés à grand prix. Une situation qui pourrait, selon l’auteur, dégénérer en conflits agraires similaires à ceux du Zimbabwe.

Le bilan du pays est donc loin d’être aussi positif que veut bien le faire croire son président. Si l’on ajoute à cela des tensions entre les 300 ethnies du pays et des manques fréquents en eau potable comme en électricité, on voit qu’il y aura encore du pain sur la planche pour le prochain président du Cameroun.

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